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L’identité : discours, mémoires et métamorphoses / Sous la direction de Ala Eddine Bakhouch / Vol.24 N.1 2026

Tensions identitaires et fabrique numérique de l’altérité en Tunisie : l’exemple du discours haineux anti-subsaharien en ligne

DOI: 10.17613/y510j-pmg16

Mohamed Msalmi

magma@analisiqualitativa.com

Enseignant-chercheur à l’Université de Sfax et membre du Laboratoire Approches du Discours (LAD). Ses domaines de compétence couvrent la didactique du français, l’analyse des discours spécialisés et la communication professionnelle. Ses publications récentes portent sur le discours médiatique et la didactique du français en contexte tunisien.

 

Abstract

Cette contribution propose une analyse discursive des tensions identitaires exacerbées par les discours de haine en ligne, en se focalisant sur le cas des migrants subsahariens en Tunisie. Alors que le pays connaît un bouleversement de son statut migratoire, la présence accrue des migrants subsahariens est devenue plus visible et a fait émerger des défis socio-économiques et culturels. Ces facteurs ont créé un terreau propice à la montée des tensions identitaires au sein de la société tunisienne au point que la Toile est devenue un espace privilégié pour la fabrique numérique de l’altérité, transformant les inquiétudes diffuses en discours de haine structurés et virulents.

L’objectif de la recherche est d’examiner comment les publications sur les plateformes numériques (essentiellement Facebook et X, anciennement Twitter) sont utilisées pour construire, diffuser et amplifier des représentations stéréotypées et dégradantes des migrants subsahariens. L’analyse se concentrera sur l’identification des stratégies discursives employées (lexique, figures, arguments). Nous étudierons également les procédés rhétoriques qui contribuent à l’altérisation des migrants et l’intertextualité entre ce discours politique et les contenus générés par certains internautes.

L’étude s’intéressera aussi à la propagation de la désinformation, où les algorithmes des réseaux sociaux ont joué un rôle dans l’amplification de ces discours stigmatisants et polarisants et enfin aux dynamiques des contre-discours portées par les activistes et les acteurs de la société civile tunisienne, cherchant à identifier les stratégies de résistance, de solidarité et de déconstruction du racisme en ligne.

 

 

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Maria Sibilla Merian (1647-1717), Metamorphosis Insectorum Surinamensium (Amsterdam, 1705).

Introduction

La Tunisie, longtemps perçue comme un pays d’émigration vers l’Europe, connaît depuis une décennie une transformation notable de son paysage migratoire. De plus en plus, elle se positionne comme un territoire non seulement de transit, mais aussi, et de manière croissante, de destination, pour des populations migrantes venues principalement d’Afrique subsaharienne (Boubakri, 2013). Cette mutation complexe, conjuguée à une crise socio-économique persistante (NU, 2020) et à des tensions identitaires latentes (Chouikha, 2018), a favorisé l’émergence de discours polarisants, notamment dans les espaces numériques. Les réseaux sociaux, en particulier X et Facebook, se sont imposés comme des lieux privilégiés de cristallisation de ces tensions, où l’altérité est construite, essentialisée et, trop souvent, stigmatisée.

Dans ce contexte spécifique, les migrants subsahariens, se trouvant fréquemment en situation administrative irrégulière et souvent relégués aux emplois les moins valorisés, deviennent des cibles particulièrement vulnérables face aux discours haineux diffusés en ligne. Ces discours, alimentés par des stéréotypes raciaux persistants, des inquiétudes liées à l’identité culturelle et des représentations dégradantes, contribuent activement à la construction numérique de l’altérité. Il est important de noter que ces expressions ne se limitent pas à la simple manifestation individuelle de préjugés ; elles s’intègrent à une dynamique discursive plus vaste, où les algorithmes qui déterminent la visibilité des contenus, les mécanismes favorisant la viralité et les prises de position politiques officielles exercent une influence amplificatrice significative.

L’objectif de cette contribution est d’analyser, dans une perspective sociolinguistique et discursive, les mécanismes par lesquels les discours numériques construisent et diffusent une image stigmatisante des migrants subsahariens en Tunisie. À travers l’étude du lexique utilisé, des figures employées et des stratégies rhétoriques et argumentatives mises en œuvre, il s’agira de montrer comment l’altérisation numérique participe à la légitimation de la haine, à la normalisation de la xénophobie et à la fragilisation du vivre-ensemble. Cette analyse sera également attentive aux formes de résistance et de contre-discours portées par les acteurs de la société civile, qui tentent de déconstruire ces narratifs discriminants et de promouvoir une culture de solidarité et de respect des droits humains.

1. Cadre théorique et méthodologique

1. 1. Fondements théoriques

L’analyse du discours haineux en ligne à l’égard des migrants subsahariens en Tunisie s’inscrit dans une approche interdisciplinaire mobilisant essentiellement les apports de l’analyse critique du discours (ACD) et des études sur les médias numériques. Le concept d’altérité, central dans cette étude, renvoie à la construction de l’« Autre » comme figure étrangère, souvent menaçante, dans les représentations sociales. Hall (1996) et Maalouf (1998) ont montré comment les identités se construisent en tension avec l’altérité, dans des processus de différenciation et de hiérarchisation. Goffman (1963), quant à lui, a éclairé les mécanismes de stigmatisation qui affectent les groupes minoritaires, en particulier lorsqu’ils sont perçus comme déviants ou illégitimes.

Dans le champ de l’analyse du discours, les travaux de Reisigl & Wodak (2001), de Wodak (2015) et de Fairclough (1995) permettent de décrypter les stratégies linguistiques et rhétoriques qui sous-tendent les discours discriminants. L’ACD offre un cadre pertinent pour identifier les formes de naturalisation du racisme, les procédés d’essentialisation et les logiques d’exclusion symbolique. Elle permet également de mettre en lumière les rapports de pouvoir et les idéologies véhiculées par les discours sur le Toile.

La fabrique numérique de l’altérité ne peut être dissociée des dynamiques propres aux médias sociaux. Les travaux de Cardon (2013) et ceux de Pariser (2011) sur les algorithmes de personnalisation et les bulles de filtre (voir infra 4.1) montrent comment les plateformes numériques favorisent la polarisation des opinions et la circulation de contenus émotionnels, souvent au détriment de la nuance et du débat rationnel. Dans ce contexte, les discours de haine bénéficient d’une visibilité grandissante, renforcée par les logiques de viralité et d’engagement algorithmique.

Enfin, les études sur la désinformation et les infox (Dubois, 2020 ; Fouad & Ouis, 2021) éclairent les mécanismes de manipulation de l’information, notamment par l’usage d’images hors contexte, de récits complotistes et de généralisations abusives. Ces pratiques participent à la construction d’un imaginaire menaçant autour des migrants, alimentant par ricochet la peur et la xénophobie.

1. 2. Démarche méthodologique

La présente étude repose sur une analyse qualitative d’un corpus de publications numériques extraites principalement de X et Facebook, entre janvier et décembre 2023, période marquée par une intensification des discours haineux à la suite des déclarations politiques sur la « modification démographique » de la Tunisie. Le corpus étudié est constitué de contenus numériques extraits principalement des réseaux sociaux, incluant des posts [PnX/PnFb], des commentaires [CnX/CnFb] et des vidéos [VnX/VnFb] [1] largement partagés autour de la thématique migratoire en Tunisie. Ces éléments ont été sélectionnés en fonction de leur viralité, de leur portée discursive et de leur pertinence par rapport aux représentations négatives des Africains subsahariens. La collecte a été guidée par l’identification de hashtags fréquemment associés à ce sujet, en français et en arabe, tels que #migrants, #africains, #envahisseurs, #[2] عبيد[3] #أفارقة , #[4]إجصي , etc. Cette diversité de formats permet une approche multimodale du discours haineux, en tenant compte non seulement du contenu verbal, mais aussi des dimensions visuelles et audiovisuelles qui renforcent les stéréotypes et les affects. Le corpus a été constitué sur la période ciblée, en lien avec des événements politiques ou médiatiques ayant suscité une intensification des discours hostiles.

Le choix des hashtags utilisés pour la collecte du corpus repose sur leur fréquence d’usage et leur capacité à cristalliser les discours autour de la thématique migratoire en Tunisie. Ceux en français ont été sélectionnés pour leur récurrence dans les publications exprimant des opinions attentatoires ou stigmatisantes. En parallèle, des hashtags en arabe dialectal et standard ont été intégrés afin de capter les spécificités linguistiques et culturelles du discours haineux dans le contexte tunisien. Cette sélection permet de couvrir une diversité de registres et de tonalités, allant du discours explicite à des formes plus implicites de rejet ou de déshumanisation, tout en assurant une représentativité sociolinguistique du phénomène. Dans le cadre de cette étude, le choix des outils méthodologiques s’est orienté vers des solutions capables de traiter des données multilingues, en français et en arabe (standard et dialectal). La collecte des données s’est appuyée sur l’API Twitter[5] et l’outil Twint[6], permettant d’extraire des publications et des commentaires publics contenant des mots-clés et des expressions typiques du discours haineux. Pour Facebook, largement utilisé en Tunisie mais où l’accès aux données est plus restreint, la collecte s’est effectuée à partir de contenus publics largement partagés, identifiés via des groupes et pages thématiques, en combinant une veille manuelle avec l’utilisation de l’outil CrowdTangle[7], ainsi que des captures et des archivages systématiques des publications pertinentes. Pour l’analyse automatique, des modèles de traitement du langage naturel ont été mobilisés, notamment AraBERT[8] pour l’arabe et CamemBERT[9] pour le français, en raison de leur capacité à détecter les nuances sémantiques et les implicites propres aux discours discriminatoires. Ce choix technique répond à la nécessité de croiser les approches quantitatives (détection automatique) et qualitatives (analyse discursive) afin de mieux cerner les formes, les cibles et les dynamiques de la haine en ligne.

L’analyse s’est concentrée particulièrement sur plusieurs axes d’investigation. Premièrement, elle a impliqué l’identification de la nature du lexique et des termes employés pour désigner les migrants subsahariens. Deuxièmement, elle a examiné les métaphores mobilisées, telles que celles d’invasion, de menace ou de complot. Ensuite, elle s’est attachée à la typologie des arguments développés, en mettant en lumière les généralisations relatives à la criminalité, à la concurrence économique ou à la transformation identitaire. Enfin, elle a scruté l’intertextualité entre les discours politiques officiels et les discours numériques, afin de saisir comment les premiers légitiment et amplifient les seconds.

Une attention particulière a été portée aux procédés rhétoriques d’altérisation, qui visent à présenter les migrants comme une entité homogène, étrangère et dangereuse. Cette approche s’est inscrite dans un cadre plus large d’analyse des discours, où l’on a examiné comment ces procédés ont contribué à façonner les perceptions publiques. L’analyse a inclus également les dynamiques de désinformation, en repérant les contenus manipulés ou sortis de leur contexte, et en évaluant leur impact sur les représentations sociales. Ces éléments ont été cruciaux pour comprendre les mécanismes par lesquels les stéréotypes et les préjugés se sont propagés au sein de la société.

Enfin, l’étude a intégré une dimension de contre-discours, en analysant les publications d’acteurs de la société civile tunisienne, de représentants d’organisations non gouvernementales ou d’activistes numériques qui ont cherché à déconstruire les stéréotypes raciaux et à promouvoir une culture de solidarité. Ces voix alternatives ont permis d’envisager des pistes de régulation face à la montée des discours haineux en ligne.

2. Contexte sociopolitique et catalyseurs du discours haineux

2. 1. Mutation du paysage migratoire tunisien

La Tunisie, historiquement considérée comme un pays d’émigration vers l’Europe, connaît depuis les années 2010 une transformation significative de son rôle dans les dynamiques migratoires régionales. Elle devient progressivement un « carrefour migratoire », à la fois de transit et de destination, pour des populations venues principalement d’Afrique subsaharienne. Cette évolution s’explique par la fermeture progressive des routes migratoires vers l’Europe, la proximité géographique, et la relative stabilité institutionnelle du pays comparée à d’autres régions du continent (Boubakri, 2015).

La présence accrue des migrants subsahariens, souvent en situation irrégulière, se manifeste particulièrement dans les secteurs informels de l’économie tunisienne : travaux domestiques, chantiers, restauration, gardiennage. Cette visibilité nouvelle, dans un contexte de fragilités économiques et sociales internes (MDICI, 2017), suscite des tensions croissantes. Les migrants sont perçus comme des concurrents sur le marché de l’emploi, comme des intrus culturels, voire comme des menaces à l’identité nationale. Ces perceptions, nourries par des « stéréotypes raciaux latents » (Mrad Dali, 2015), constituent un terreau fertile pour l’émergence de discours haineux.

2. 2. Le rôle catalyseur du discours politique

Un tournant majeur dans la cristallisation des tensions identitaires s’est produit en février 2023, lorsque des déclarations politiques officielles ont accusé les migrants subsahariens d’être les instruments d’un complot visant à « affaiblir l’identité arabo-islamique » et à « modifier la composition démographique du pays » (Le Monde, 22 février 2023). Ces propos « anti-migrants et négrophobes » font écho à la théorie du grand remplacement, popularisée dans certains milieux d’extrême droite en Europe (Geisser, 2023). En reprenant cette rhétorique, le discours politique tunisien a non seulement légitimé les peurs identitaires, mais aussi décomplexé l’expression publique de la haine raciale.

En effet, ce discours officiel a agi comme un puissant catalyseur, amplifiant les tensions existantes et déclenchant une vague de publications haineuses sur les réseaux sociaux. L’intertextualité entre les propos politiques et les contenus numériques est frappante : les termes utilisés dans les déclarations sont repris, détournés, amplifiés, et intégrés dans des narratifs complotistes. Les migrants sont ainsi présentés comme des agents d’une stratégie de subversion identitaire, alimentant une vision paranoïaque de l’altérité (soupçons constants, interprétation négative, manque de confiance, etc.).

2. 3. La Toile comme espace de cristallisation identitaire

Dans ce climat tendu, les réseaux sociaux deviennent des espaces privilégiés pour la fabrique numérique de l’altérité. X et Facebook, en particulier, permettent la diffusion rapide et massive de contenus stigmatisants, souvent accompagnés d’images ou de vidéos hors contexte. Les algorithmes de ces plateformes, qui favorisent les contenus à forte charge émotionnelle, jouent un rôle central dans l’amplification des discours polarisants. Les utilisateurs sont enfermés dans des bulles de filtre[10], où les opinions similaires se renforcent mutuellement, excluant toute contradiction ou nuance.

Dans un climat généralisé de xénophobie, le discours numérique devient ainsi un vecteur de violence réelle, affectant profondément les conditions de vie et la dignité des personnes ciblées. En Tunisie, la haine en ligne n’est pas restée confinée au virtuel : elle s’est traduite par des agressions physiques, des expulsions arbitraires de logements, des licenciements massifs et des campagnes d’interpellations, relayées par les médias étrangers et dénoncées par les associations de défense des droits de l’homme.

3. Stratégies discursives de l’altérisation en ligne

L’altérisation des migrants subsahariens dans les discours numériques repose sur un ensemble de stratégies discursives visant à les présenter comme fondamentalement étrangers, menaçants et indésirables. Ces stratégies s’appuient sur des procédés linguistiques et rhétoriques qui construisent une image homogène, déshumanisée et dangereuse de l’« autre ». L’analyse du corpus révèle plusieurs mécanismes récurrents.

3. 1. Lexique péjoratif et déshumanisant

Le choix des mots constitue un indicateur puissant et révélateur de la manière dont les migrants sont perçus, catégorisés et représentés dans le discours public. Les publications en ligne, en particulier, utilisent fréquemment un lexique péjoratif et déshumanisant, qui réduit les individus à des entités anonymes, menaçantes et interchangeables. Au lieu de reconnaître la complexité de leurs histoires et de leurs motivations, ces publications privilégient des termes stigmatisants et alarmistes. Des termes comme « intrus », « essaims », « hordes », « occupants », « envahisseurs », « clandestins », « pillards » ou encore l’utilisation essentialisante du terme « noirs », traduisent une volonté manifeste de dépersonnalisation et de réduction identitaire, effaçant l’individualité et la dignité des personnes concernées.

Par exemple, la phrase « Les hordes de noirs envahissent nos rues, nos immeubles » [P6X] associe de manière flagrante la présence migrante à une invasion, suggérant une perte de contrôle, une submersion et une menace collective pour l’identité et la sécurité de la société d’accueil. Cette formulation, chargée d’anxiété et de préjugés raciaux, contribue à alimenter la peur et la xénophobie. De même, l’expression réductrice « Les clandestins coûtent trop cher à la société, ils profitent de nos richesses » [C6fb] réduit les migrants à une simple charge financière, ignorant délibérément leur contribution potentielle à l’économie, les raisons complexes de leur situation irrégulière, et les souffrances qu’ils ont pu endurer pour atteindre un lieu qu’ils considèrent comme un refuge. Ces raccourcis rhétoriques simplistes et injustes empêchent toute discussion nuancée et objective sur les enjeux migratoires.

3. 2. Métaphores de la menace et du complot

Les métaphores jouent un rôle central et insidieux dans la construction de l’altérité, opérant une déshumanisation progressive et pernicieuse. Bien plus que de simples figures de style, elles agissent comme des instruments de manipulation, permettant de naturaliser la peur et de justifier la haine envers les groupes marginalisés. En essentialisant des caractéristiques perçues comme négatives, elles facilitent la stigmatisation et l’exclusion.

Dans le corpus analysé, les migrants subsahariens sont fréquemment dépeints à travers des métaphores alarmantes et dégradantes, qui visent à susciter un sentiment de panique et de répulsion. Ils sont souvent décrits à travers des métaphores de la contamination (propagation d’une maladie, souillure), de l’invasion (déferlement, submersion), ou du complot (machination occulte, plan diabolique). Ces métaphores, loin d’être innocentes, s’étendent parfois à la sphère animale, comparant les migrants à des nuisibles (rats, cafards), à des essaims d’insectes (envahissants, incontrôlables), ou à des prédateurs menaçants. On retrouve ainsi des expressions telles que : « C’est un virus qui se propage » [C5fb] ; « C’est un plan bien orchestré pour nous remplacer » [P9X] ; « Ils sont comme des rats, ils se multiplient partout » [V1fb].

Ces métaphores activent des imaginaires collectifs de danger imminent et de perte identitaire, en lien direct avec la théorie conspirationniste du « grand remplacement », qui a trouvé un écho dans certains discours politiques de février 2023. Elles transforment des individus en symboles d’une menace globale et abstraite, facilitant ainsi leur rejet, leur discrimination, voire leur persécution. En réduisant l’autre à une image monstrueuse et menaçante, ces métaphores ont ouvert la voie à la violence verbale et physique, et ont contribué à la détérioration de la paix sociale.

3. 3. Arguments fallacieux et généralisations abusives

Les discours haineux s’appuient trop souvent sur des arguments fallacieux, des raisonnements biaisés et des sophismes grossiers. Ils prospèrent sur un terreau fertile d’ignorance et de préjugés, déformant la réalité pour attiser la peur. Ces arguments reposent invariablement sur des généralisations hâtives, des corrélations non fondées et des amalgames dangereux, réduisant des populations entières à des stéréotypes simplistes et déshumanisants.

Les migrants subsahariens, en particulier, sont fréquemment la cible de ces attaques abusives. Ils sont ainsi accusés de criminalité, de dégradation urbaine, ou de pression économique, sans la moindre preuve tangible, sans aucune nuance, et en totale contradiction avec les études et les données disponibles. Par exemple, des affirmations péremptoires telles que : « Depuis qu’ils sont là, les vols ont augmenté » [V3fb], impliquant une causalité directe et simpliste, sans analyse rigoureuse des statistiques réelles, des facteurs socio-économiques complexes pouvant influencer la criminalité, ou même de l’évolution des taux de criminalité avant l’arrivée des migrants. Une telle affirmation élude volontairement la complexité du phénomène criminel et désigne un bouc émissaire facile.

De même, l’accusation récurrente « Ils prennent nos emplois et ne respectent rien » [C2fb] généralise un comportement individuel à l’ensemble d’une population, ignorant sciemment les contributions positives des migrants à l’économie, leur diversité de compétences et de professions, ainsi que les difficultés d’intégration qu’ils peuvent rencontrer, notamment en raison des discriminations systémiques auxquelles ils sont confrontés. Cette rhétorique fallacieuse omet de mentionner que de nombreux migrants occupent des emplois que les nationaux refusent ou ne peuvent plus occuper, et qu’ils contribuent par leurs impôts et leurs cotisations à la richesse collective.

On pourrait également entendre, en écho à ces accusations infondées : « Les quartiers se sont dégradés depuis leur arrivée » [V2X], sans considérer la réalité des politiques d’urbanisme, le manque d’investissement public chronique dans ces zones, la ségrégation spatiale, ou d’autres dynamiques sociales complexes en jeu. Cette affirmation détourne l’attention des responsabilités politiques et économiques et blâme injustement une communauté déjà marginalisée.

Ces affirmations, répétées et partagées massivement sur X et surtout sur Facebook, créent une vérité sociale construite, une réalité alternative basée sur la peur et la haine, qui se substitue à la vérité factuelle. Elles ignorent délibérément la diversité des parcours migratoires, les motivations complexes qui incitent les individus à quitter leur pays, et les réalités socio-économiques complexes qui façonnent leur existence.

3. 4. Altérisation et essentialisation identitaire

L’altérisation se manifeste également par une essentialisation, une démarche consistant à réduire les migrants à une identité figée, immuable et fondamentalement incompatible avec la société tunisienne. Cette essentialisation les présente comme intrinsèquement incapables de s’intégrer, invariablement porteurs de valeurs étrangères, voire ouvertement hostiles aux normes et coutumes locales.

Par exemple, des affirmations telles que : « Ils ne sont pas comme nous, ils ne veulent pas s’adapter à notre culture et à nos traditions » [P5X] ou encore : « Ils viennent ici avec leurs propres valeurs et essaient de nous les imposer » [P4fb]. Ces discours peuvent également prendre la forme d’accusations plus spécifiques : « Ils ne respectent pas nos lois et nos coutumes » [V3X] ou « Ils ne parlent pas notre langue et ne font aucun effort pour l’apprendre » [V5fb]. On peut même observer des généralisations plus larges : « Ils sont tous pareils, ils viennent ici pour profiter de nos hôpitaux et bientôt de nos écoles » [C7X].

Ce type de discours essentialisant nie toute possibilité de dialogue interculturel constructif ou de coexistence pacifique, en enfermant les individus dans une altérité radicale et infranchissable. Il contribue activement à la construction d’un « nous » tunisien artificiellement homogène, un « nous » idéalisé et unifié par opposition à un « eux » perçu comme une menace à l’identité nationale, à la sécurité et à la stabilité sociale. Cette opposition binaire simplifie à l’extrême la complexité des identités individuelles et des dynamiques sociales, alimentant ainsi la discrimination et le racisme.

3. 5. Intertextualité avec le discours politique

Enfin, une dimension essentielle de ces stratégies réside dans leur intertextualité manifeste avec les discours politiques dominants. Les propos officiels, notamment ceux concernant un supposé « complot démographique », sont systématiquement repris, reformulés et amplifiés au sein des publications en ligne. Cette appropriation se manifeste de diverses manières, allant de la citation directe à l’interprétation biaisée et à l’extrapolation alarmiste. Par exemple, on peut repérer des affirmations telles que : « Même le président l’a dit : ils veulent changer notre identité » [P7fb], ou encore « Le ministre (…) l’a confirmé, l’immigration est une menace pour notre culture » [C9fb], ou même « Ils ont un taux de natalité très élevé. C’est un vrai danger pour notre société » (C3X).

La réutilisation des discours politiques, qu’ils émanent de figures d’autorité ou soient diffusés par des médias officiels, confère une légitimité inappropriée aux discours empreints de haine, leur offrant ainsi une validation institutionnelle et facilitant leur propagation à grande échelle. Ce phénomène illustre de manière saisissante la manière dont le champ politique peut, de manière involontaire ou parfois délibérée, servir de matrice idéologique pour la diffusion de la haine numérique, en créant un environnement propice à la désinformation et à la manipulation de l’opinion publique. L’interaction entre le discours politique et la haine en ligne constitue un élément fondamental pour appréhender les mécanismes de radicalisation et de polarisation au sein de la société.

4. Amplification numérique et effets concrets

4. 1. Rôle des algorithmes et des bulles de filtre

Les réseaux sociaux ne sont pas de simples outils de communication : ils constituent des dispositifs techniques complexes qui orientent activement la visibilité des contenus selon des logiques algorithmiques souvent opaques. Les plateformes dominantes, comme X et Facebook, privilégient systématiquement les publications à forte charge émotionnelle, celles qui suscitent des réactions immédiates et viscérales (indignation, peur, colère, joie intense) et donc, mécaniquement, davantage d’interactions (likes, partages, commentaires). Cette dynamique, intrinsèque au fonctionnement de ces plateformes, favorise de facto la viralisation des discours haineux, souvent formulés de manière provocante, sensationnaliste, ou en utilisant des techniques de désinformation. Par exemple, un tweet contenant une fausse information sur un groupe minoritaire, agrémenté d’images choquantes, peut se propager à une vitesse fulgurante grâce à l’algorithme qui le met en avant en raison du fort engagement qu’il génère.

Le phénomène des bulles de filtre, conceptualisé par Pariser (2011), accentue considérablement ce processus de polarisation. Les utilisateurs sont progressivement exposés à des contenus qui confirment et renforcent leurs opinions préexistantes, renforçant ainsi les « biais cognitifs » et excluant activement les points de vue divergents et les informations contradictoires. Ainsi, un internaute ayant interagi avec des publications hostiles aux migrants, par exemple en likant des articles alarmistes ou en commentant des posts anti-immigration, verra son fil d’actualité saturé de contenus similaires, créant une « chambre d’écho » où la haine se normalise et se radicalise. Cette chambre d’écho peut enfermer l’utilisateur dans un cercle vicieux de contenus racistes anti-subsahariens.

Une publication Facebook datant de mars 2023 et affirmant de manière catégorique et sans preuve que « les migrants subsahariens sont responsables de la montée de la criminalité » a été partagée plus de 3 000 fois au cours de la période étudiée, accompagnée de commentaires virulents tels que « Il faut les renvoyer chez eux immédiatement » [C11fb], « On n’est plus en sécurité dans notre propre pays, c’est leur faute » [C10fb], ou encore « Il faut que le gouvernement agisse, ils nous envahissent » [C13fb].

4. 2. Désinformation et manipulation visuelle

La désinformation joue un rôle central dans l’amplification des discours haineux, notamment en exploitant des images et vidéos hors contexte pour illustrer des propos alarmistes. Par exemple, une vidéo d’une simple altercation dans un quartier populaire à Sfax au mois de mai 2023 a été présentée comme une « attaque organisée par des migrants », alors qu’elle relève d’un conflit local sans lien avec la migration. D’autres exemples incluent la diffusion d’une photo d’un groupe de jeunes subsahariens marchant dans une rue, accompagnée du commentaire : « Voilà les envahisseurs, bientôt ils seront plus nombreux que nous » [C12X].

De même, une vidéo [V4fb] d’un vol à l’arraché peut être attribuée à des migrants sans preuve, avec des légendes telles que « Voilà ce qu’ils nous apportent » [C19fb]. Ces contenus, souvent manipulés ou détournés de leur contexte originel, renforcent les stéréotypes négatifs et attisent la peur au sein de la population. Ils sont fréquemment diffusés dans des groupes privés ou sur des pages publiques, souvent accompagnés de hashtags tels que #StopInvasion ou #TunisiePourLesTunisiens, contribuant ainsi à structurer et à amplifier la haine en ligne.

4. 3. Effets concrets dans la sphère sociale

La haine numérique envers les migrants subsahariens en Tunisie ne reste pas confinée au virtuel, mais se traduit par des répercussions tangibles et alarmantes sur leur vie quotidienne. Plusieurs témoignages et rapports d’ONG font état d’une escalade de violences physiques, d’expulsions arbitraires de logements, de licenciements abusifs et même de refus d’accès aux soins médicaux. Par exemple, à Sfax, des familles subsahariennes ont été chassées de leurs appartements au mois de juin 2023 suite à des campagnes de dénonciation orchestrées sur Facebook. De même, des travailleurs journaliers se sont retrouvés licenciés sans préavis, leurs employeurs justifiant ces décisions par la « pression sociale » ou la « peur des représailles ». Des agressions verbales et physiques ont également été signalées dans les transports publics, souvent précédées ou suivies de publications incitatives à la haine sur les réseaux sociaux. Ces manifestations concrètes traduisent un transfert direct de la violence symbolique véhiculée en ligne vers la violence physique, où le discours numérique devient un instrument de légitimation de la discrimination et de l’exclusion. Elles illustrent la manière dont les tensions identitaires, exacerbées et amplifiées sur les plateformes numériques, dégradent significativement les conditions de vie et portent atteinte à la dignité des personnes ciblées.

5. Contre-discours et résistances citoyennes

Face à la montée des discours haineux en ligne visant les migrants subsahariens, des voix dissidentes émergent pour déconstruire les stéréotypes, dénoncer les violences, et promouvoir une culture de solidarité. Ces contre-discours, portés par des activistes, des organisations de la société civile et des citoyens engagés, constituent une forme de résistance discursive et politique à la fabrique numérique de l’altérité.

5. 1. Mobilisation des acteurs de la société civile

Des organisations tunisiennes de la société civile, telles que le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) et la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH), jouent un rôle central et indispensable dans la documentation rigoureuse des abus et la sensibilisation du public face à la montée des discours haineux. Fortes de leur expertise et de leur engagement de longue date, ces organisations œuvrent à mettre en lumière les conséquences concrètes et souvent dramatiques de ces discours : agressions physiques et verbales, expulsions forcées et illégales, discriminations systémiques dans l’accès à l’emploi, au logement et aux services de santé, et violations flagrantes des droits fondamentaux garantis par la Constitution tunisienne et les conventions internationales.

Le FTDES, par exemple, a publié en mars 2023 un rapport alarmant dénonçant les expulsions massives et inhumaines de migrants subsahariens dans la région de Sfax. Ce rapport, fruit d’une enquête approfondie, mettait en évidence la corrélation directe entre ces expulsions et les campagnes de haine orchestrées sur les réseaux sociaux, alimentées par des discours xénophobes et racistes. L’impact de ce rapport a été significatif, étant largement relayé par des médias indépendants soucieux de la vérité et des pages militantes engagées dans la lutte contre le racisme et la discrimination.

Conscientes du pouvoir des réseaux sociaux, ces organisations les utilisent également de manière proactive pour diffuser des récits alternatifs, valoriser les parcours migratoires souvent complexes et difficiles, et rappeler les principes fondamentaux de la loi organique n° 2018-50 relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Elles s’efforcent ainsi de contrer la désinformation et de promouvoir une culture de tolérance, d’inclusion et de respect des droits de l’homme pour tous, indépendamment de leur origine ou de leur statut. Leur action est cruciale pour préserver les valeurs humaines et lutter contre les dérives qui menacent la société tunisienne.

5. 2. Stratégies de déconstruction du racisme en ligne

Les contre-discours, cherchant à contrer les récits dominants souvent négatifs, déploient diverses stratégies discursives. On observe d’abord une réappropriation du langage, où certains activistes retournent les termes péjoratifs utilisés à l’encontre de groupes marginalisés. Cette stratégie peut prendre la forme d’une utilisation ironique, de la mise entre guillemets pour souligner la connotation négative, ou d’une déconstruction argumentée du terme. Ensuite, la narration empathique joue un rôle crucial, notamment à travers la publication de témoignages de migrants, visant à humaniser leur expérience et à contrer les généralisations déshumanisantes. Enfin, le fact-checking, ou vérification des faits, est une autre approche importante. Des initiatives citoyennes s’emploient à démonter les fausses nouvelles, en recontextualisant les images et en apportant des données vérifiées. Par exemple, une vidéo virale accusant des migrants de vol a été démontée par une page militante, qui a prouvé que la scène provenait d’un autre pays et n’avait aucun lien avec la Tunisie. Cette démarche a permis de freiner la propagation du contenu et de sensibiliser les internautes à la désinformation. Ces différentes stratégies contribuent à remettre en question les discours dominants et à promouvoir une vision plus nuancée et informée.

5. 3. Espaces de solidarité et initiatives citoyennes

Au-delà des discours, des actions concrètes de solidarité se mettent en place, telles que l’hébergement temporaire, l’aide alimentaire et le soutien juridique. Ces initiatives sont paradoxalement organisées par des groupes privés sur des plateformes numériques comme Facebook, où des citoyens s’unissent pour venir en aide aux personnes ciblées par les discours haineux. À titre d’exemple, à Tunis, un collectif informel a mis en place un réseau d’hébergement pour les migrants subsahariens expulsés en juillet 2019, en réaction à une vague de violences déclenchées par des publications racistes sur les réseaux sociaux.

D’autres groupes coordonnent la distribution de repas ou l’accompagnement juridique, notamment dans les quartiers périphériques où la présence migrante est plus visible. Ces formes de résistance montrent que le numérique peut également servir de plateforme pour une mobilisation positive, capable de contrer la haine par des actions de solidarité, de justice sociale, de défense des droits humains.

Conclusion

L’analyse des discours haineux en ligne à l’égard des migrants subsahariens en Tunisie révèle une dynamique complexe où se croisent tensions identitaires, logiques numériques et influences politiques. La fabrique numérique de l’altérité ne se limite pas à une simple expression de préjugés : elle constitue un véritable système discursif, structuré par des stratégies de stigmatisation, des métaphores de la menace, et des récits fallacieux qui essentialisent l’« autre » et légitiment son exclusion. Les réseaux sociaux, par leurs algorithmes et leurs logiques de viralité, jouent un rôle central dans l’amplification de ces discours, transformant des peurs diffuses en narratifs puissants et mobilisateurs. La désinformation, les bulles de filtre et la résonance avec les discours politiques contribuent à la normalisation de la haine, avec des effets concrets sur la vie des personnes ciblées.

Cependant, cette montée de la haine numérique suscite également des formes de résistance. Les contre-discours portés par les acteurs de la société civile, les activistes et les citoyens engagés montrent qu’il est possible de déconstruire les stéréotypes, de rétablir la vérité, et de promouvoir une culture de solidarité. Ces initiatives rappellent que le numérique peut être un espace de lutte pour les droits humains, à condition d’être investi avec responsabilité et éthique. Face à l’urgence de la situation, exacerbée par la prolifération rapide des discours de haine en ligne et leurs conséquences délétères sur le tissu social, il apparaît désormais impératif de développer des stratégies multidimensionnelles et coordonnées.

Ces stratégies doivent englober non seulement la régulation des contenus préjudiciables sur les plateformes numériques, mais aussi une sensibilisation accrue du public aux mécanismes de manipulation et de désinformation. Plus fondamentalement, il est crucial d’investir davantage dans la formation à la citoyenneté numérique, en dotant les individus, et particulièrement les jeunes générations, des compétences critiques nécessaires pour naviguer avec discernement dans l’espace numérique, identifier et dénoncer les discours haineux, et promouvoir un dialogue respectueux et constructif. L’enjeu dépasse largement la question migratoire, souvent instrumentalisée pour attiser les tensions et nourrir les préjugés. Il concerne, en réalité, la capacité même de la société tunisienne à construire un vivre-ensemble harmonieux et durable, fondé sur le respect inconditionnel de la dignité humaine, la reconnaissance de l’altérité comme une richesse et non une menace, et la promotion active des valeurs de tolérance, d’inclusion et de solidarité.

Bibliographie

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Notes 

[1] Annotations du corpus : P=Post, C=Commentaire, n=numéro, X=la plateforme X anciennement Twitter, fb=Facebook.

[2] Africains.

[3] Esclaves.

[4] Subsaharien.

[5] L’API (Interface de Programmation d’Applications) permet aux développeurs et aux applications externes d’interagir avec les données et les fonctionnalités de la plateforme de manière automatisée. Elle autorise l’accès à des informations telles que les tweets, les profils utilisateurs et les tendances pour développer des logiciels, des analyses et des services.

[6] Outil de collecte de données sur X écrit en Python qui permet de récupérer des tweets.

[7] C’est un outil de veille et d’analyse des médias sociaux, géré par Facebook, qui permettait aux utilisateurs, avant sa suppression en août 2024, de suivre l’engagement et la popularité du contenu sur les plateformes de Meta.

[8] C’est un modèle de traitement automatique du langage naturel (TALN), conçu spécifiquement pour la langue arabe basé sur l’architecture BERT (Bidirectional Encoder Representations from Transformers), développée par Google.

[9] C’est un modèle de traitement automatique du langage naturel (TALN) conçu pour la langue française, basé sur l’architecture BERT, développée également par Google.

[10] Les filter bubbles (ou « bulles de filtre ») se forment lorsque des algorithmes, utilisant nos habitudes de navigation, nos clics, nos recherches, nos likes et notre localisation, personnalisent le contenu qui nous est proposé en ligne.

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