Artiste peintre et docteure en esthétiques et pratiques des arts, diplômée de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse sous la direction du Professeur Fetah Ben Ameur (depuis 2024). Elle enseigne actuellement en tant que contractuelle à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Mahdia. Elle a participé à plusieurs expositions collectives. Elle prend également part à des colloques nationaux et internationaux autour des questions du corps, de la trace, de l’art contemporain et de l’identité.
Abstract
L’identité est un concept complexe et multidimensionnel qui demeure au centre des réflexions philosophiques, sociologiques et artistiques. Elle se construit à travers la perception de soi, les interactions avec autrui et le rapport au monde, façonnant ainsi la manière dont l’individu se définit et existe. Depuis toujours, l’être humain s’interroge sur son existence à travers des questions fondamentales telles que « Qui suis-je ? », « D’où viens-je ? » et « Où vais-je ? ». Ces interrogations, comme le souligne Jacky Arlettaz, constituent le socle de la problématique identitaire. La recherche de soi ne se limite pas à une introspection individuelle, elle implique également le regard de l’autre. L’identité se forme dans une dynamique relationnelle, entre l’image que l’on a de soi, celle que l’on projette et celle que les autres nous renvoient. Elle n’est jamais fixe ni définitivement constituée, mais évolue en fonction des contextes, des expériences et des relations sociales. Chaque individu se distingue par une identité singulière, tout en étant inscrit dans des cadres collectifs. En tant qu’être social, l’individu oscille constamment entre affirmation de son individualité et appartenance à des groupes. Edgar Morin introduit ainsi la notion d’êtres poly-identitaires pour souligner la pluralité des appartenances et la complexité de l’identité humaine, toujours en construction et en transformation. Cette multiplicité oblige l’individu à chercher un équilibre entre stabilité et mouvement. Par ailleurs, la notion d’ipséité renvoie à la dimension intime et subjective du soi, tandis que la pensée d’Emmanuel Levinas met l’accent sur l’altérité, affirmant que l’identité se construit à travers la relation éthique à l’autre. Ainsi, l’identité ne se réduit pas à des données factuelles ou administratives, mais se déploie dans le temps, nourrie par les expériences, les choix et les relations. La tension entre ipséité et altérité apparaît alors comme un moteur fondamental dans la construction d’une identité multiple, évolutive et toujours en devenir.
Lorenz Stoer (1530-1621), Geometria et Perspectiva (Augsburg: Michael Manger, 1567), University of Tübingen.
Introduction
L’identité, concept à la fois complexe et pluriel, demeure au cœur des réflexions menées par les chercheurs, les artistes et les penseurs. Elle se forge dans le regard que nous portons sur nous-mêmes, dans la relation à l’autre et dans notre manière d’habiter le monde, participant ainsi à la construction de notre existence. Toute personne cherche à donner un sens à son existence en se posant des questions telles que : « Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? ». Jacky Arlettaz souligne que ces interrogations philosophiques constituent le cœur même de la réflexion sur l’identité. La quête de soi commence souvent par la question « Qui suis-je ? », laquelle renvoie à la fois à l’image que l’on a de soi, à celle que l’on pense projeter et à celle que les autres perçoivent. L’identité se construit ainsi dans le regard de l’autre. Elle demeure mouvante, jamais figée, et évolue selon les contextes et les interactions.
En tant qu’être social, chaque individu se situe à la croisée de l’individualité et de l’appartenance collective. Il cherche à préserver sa singularité tout en s’intégrant au sein d’un groupe. En ce sens, l’identité est définie comme « ce qui fait qu’une personne est elle-même et non une autre ; par extension, ce qui permet de la reconnaître et de la distinguer des autres. » (Hurpy, 2015, p.8) Edgar Morin a introduit le concept d’êtres poly-identitaires afin de mettre en évidence la complexité de l’identité humaine. Selon lui, l’individu ne peut être réduit à une identité unique et stable, car il évolue continuellement au sein d’une pluralité de contextes et de groupes avec lesquels il interagit.
Les individus cherchent souvent à trouver un certain équilibre au sein de la pluralité de leurs appartenances. Ainsi, nous sommes des êtres poly-identitaires, en quête permanente de nous-mêmes et de notre place dans le monde. Notre identité se construit à l’intersection de notre parcours personnel et de nos interactions sociales, résultant d’un processus complexe et dynamique. Ainsi, la relation entre soi et l’autre joue un rôle central dans la construction de l’identité, tant individuelle que collective, et dans la manière dont nous nous positionnons au sein des groupes auxquels nous appartenons. Dans cette interaction avec autrui, nous alternons entre l’affirmation de notre singularité et l’ouverture à l’autre, en cherchant un équilibre entre ce que nous sommes et ce que l’autre nous reflète. L’art, en tant que forme d’expression créative, dépasse la simple dimension esthétique pour devenir un outil d’exploration de soi et du monde. Il permet de questionner la complexité identitaire en donnant forme à des expériences, des émotions et des mémoires souvent difficiles à exprimer par les mots seuls. À travers divers médiums, l’art offre un espace de réflexion sur l’ipséité tout en engageant le spectateur dans un dialogue sur l’altérité et les interactions sociales. Dans ce sens, l’art contemporain ne se contente pas de refléter l’identité mais il participe à sa construction et à sa transformation, en abordant les tensions entre le personnel et le collectif. Alors, la problématique qui se pose ici est :
Dans quelle mesure l’identité peut-elle se construire entre affirmation de soi (ipséité) et reconnaissance de l’autre (altérité), et comment cette tension produit-elle une identité multiple, en perpétuelle évolution ? Et comment l’art contemporain explore-t-il la construction de l’identité à l’intersection de l’affirmation de soi (ipséité) et de la relation à l’autre (altérité) ?
1 L’identité : entre ipséité et altérité
L’identité désigne l’ensemble des caractéristiques, des expériences et des relations qui permettent à un individu de se reconnaître lui-même et d’être reconnu par les autres. Elle inclut les dimensions personnelles, sociales et culturelles, et se forge au fil du temps à travers les interactions avec les autres.
En effet, l’identité ne se réduit pas à des informations telles que le nom, la date ou le lieu de naissance. Bien que ces données reflètent une appartenance sociale ou administrative, elles ne sauraient rendre compte de la complexité de ce que nous sommes. En réalité, l’identité est en perpétuelle construction, à travers le parcours de vie, les expériences et les relations qui forgent notre singularité. Elle est à la fois personnelle et développée par nos interactions avec autrui. En outre, chaque individu possède une identité qui le distingue :
L’identité oppose et articule donc, dans une même dynamique, le personnel et le social, l’image que l’on a de soi et celle qu’on offre à autrui, le dedans et le dehors. Une frontière, fondatrice de l’individualité, sépare et fait communiquer en même temps l’intérieur et l’extérieur, la personne intime et le personnage social. (Marc, 2005)
L’ipséité renvoie à la dimension subjective de l’individu, mettant en lumière une identité à la fois ouverte et mystérieuse. À l’inverse, Emmanuel Levinas, dans Totalité et Infini, conçoit l’identité comme une totalité construite par la relation à autrui, où l’éthique envers l’autre constitue le fondement du ‘soi’. Confronté à cette altérité, l’individu se définit dans et par sa rencontre avec autrui, faisant de l’interaction sociale un élément central de sa construction identitaire.
Par le biais de nos interactions avec autrui, nous enrichissons notre compréhension de nous-mêmes et du monde. L’altérité nous pousse à remettre en question nos certitudes et à envisager de nouvelles perspectives de pensée et d’action. Dans ce rapport à l’autre, nous cherchons à concilier notre ipséité avec l’ouverture à la différence, équilibrant notre identité personnelle et notre réceptivité à la diversité.
Donc, en reconnaissant la valeur de chaque individu et en accueillant la diversité, nous enrichissons notre identité tout en consolidant les liens au sein de notre communauté. Cette démarche nous incite à dépasser les limites de l’individualisme pour adopter une perspective davantage interconnectée. En prenant conscience de notre ipséité et de notre altérité, nous favorisons des relations constructives avec autrui, contribuant ainsi à l’élaboration d’une identité collective.
L’identité est certes influencée par nos origines, notre environnement et nos expériences de vie. Cependant, à certaines étapes de notre développement, nous cherchons à nous définir et à nous distinguer des autres. Nous sommes en quête de construire notre propre identité et d’affirmer notre singularité. Au fil de notre vie, nous nous engageons dans un processus de construction identitaire, impliquant une prise de conscience de nos valeurs, de nos croyances et de nos intérêts. Nous aspirons à définir qui nous sommes en tant qu’individus distincts et à nous affirmer de manière authentique. Ce processus est influencé par de nombreux facteurs, tels que notre entourage, nos interactions sociales, nos choix personnels et nos aspirations.
Chaque individu possède une singularité qui lui est propre, et il est difficile d’imaginer un monde où sa place ne serait pas reconnue ou centrale. Chaque personne apparaît ainsi comme un élément indispensable au sein d’un ensemble, un maillon constitutif d’une chaîne sociale ou humaine. Autrement dit, l’absence d’un seul individu modifierait le fonctionnement et la perception du monde. Dès lors, la notion d’identité se révèle complexe et ne peut se réduire à une définition simple, justifiant une interrogation approfondie.
Il convient également de souligner que le sentiment d’identité se construit chez l’individu en relation avec son environnement social. Il repose sur la conscience de sa continuité dans le temps et dans l’espace, ainsi que sur la perception de son unicité. Au-delà de la différenciation entre soi et autrui, qui contribue à la formation de l’image de soi, les traits que l’individu reconnaît en lui-même renforcent ce sentiment de singularité et participent au développement de sa propre identité.
Erick Erickson dit :
En termes de psychologie, la formation de l’identité met en jeu un processus de réflexion et d’observations simultanées, processus actif à tous les niveaux de fonctionnement mental, par lequel l’individu se juge lui-même à la lumière de ce qu’il découvre être la façon dont les autres le jugent par comparaison avec eux-mêmes et par l’intermédiaire d’une typologie, à leurs yeux significative ; en même temps, il juge leur façon de le juger, lui, à la lumière de sa façon personnelle de se percevoir lui-même, par comparaison avec eux et avec les types qui, à ses yeux, sont revêtus de prestige. Heureusement et nécessairement, ce processus est en majeure partie inconscient, à l’exception des cas où des conditions internes et des circonstances externes se combinent pour renforcer une conscience d’identité douloureuse ou exaltée. (Marc, 2005).
Selon Erickson, l’individu ne se construit pas de manière isolée, il se définit en partie à travers le regard d’autrui, en confrontant sa propre perception de soi à l’image qu’il suppose que les autres ont de lui.
2 Les dynamiques de la construction identitaire dans l’art contemporain
L’art contemporain est désormais un espace de dialogue autour des enjeux identitaires. En effet, les artistes contemporains interrogent la complexité de l’identité, le rapport entre le soi et l’autre, l’individuel et le collectif, ainsi que les processus par lesquels l’identité et la conscience de soi se construisent dans l’interaction avec autrui. Aouatef Khadhraoui déclare :
Mais qui est l’autre ? Mon regard se porte toujours sur l’autre, mais l’autre est vu toujours comme étranger, parce qu’il est autre ? Parce que qu’il n’est pas comme moi, il est autre ? Nous sommes tous l’autre, l’un et l’autre, nous sommes tous l’étranger de quelqu’un. (Khadhraoui, 2008, p.108)
En outre, les œuvres d’art demeurent un lien entre le personnel et le collectif, où l’artiste oscille entre une identité individuelle et une identité partagée. Toute œuvre exposée devient un espace de partage, ouverte au regard de l’autre, différent de soi. Autrement dit, l’identité ne se construit pas uniquement dans l’introspection de l’artiste, mais également dans sa relation au spectateur. Les œuvres contemporaines créent un espace de rencontre et de dialogue, où le public participe à l’analyse et à l’interprétation, influençant ainsi la manière dont l’identité est perçue et vécue. Cette interaction met en lumière une identité non figée, mais au contraire relationnelle et dynamique.
De ce propos, le travail d’Ayache (2024) offre une lecture particulièrement révélatrice et aborde la notion d’identité en tant que construction dynamique et plurielle. Artiste franco-marocain, Ayache (2024) travaille sur la mémoire, l’hybridation culturelle ainsi que la projection identitaire à travers une esthétique futuriste où se rencontrent héritages arabes et technologies contemporaines. Il dit : « Donc je me suis dit qu’il y avait suffisamment d’artistes dénonçant ce qui n’allait pas ; moi, j’avais envie que cette culture se projette dans l’avenir en se disant que ça irait mieux plus tard. » (Rejbi, 2024)
À travers ses installations et vidéos, il déconstruit les représentations figées de l’identité pour en proposer une vision ouverte. En outre, ses œuvres mettent en lumière les tensions entre l’ipséité et l’altérité, entre l’origine et la fiction. En revisitant la tradition par le biais de dispositifs numériques, Ayache (2024) révèle que l’identité se construit dans le dialogue entre mémoire collective et imaginaire, entre passé et avenir, invitant ainsi le spectateur à réfléchir sur sa propre identité et à repenser sa place dans un monde en constante mutation.
Fig. 1 : Mounir Ayache, Una linea storta tesa, vue d’exposition, 2023. Photographie de Daniele Molajoli.
En outre, l’exemple des œuvres de Nicène Kossentini illustre parfaitement la manière dont l’art contemporain interroge la construction identitaire. Artiste visuelle tunisienne, ses créations, qui incluent vidéo, photographie, sculpture et peinture, questionnent la mémoire, l’identité et la disparition. Son travail s’articule autour de son héritage culturel et littéraire arabe. À travers son art, elle revisite l’identité et met en lumière les tensions entre expérience personnelle et interaction avec l’autre. Par exemple, son exposition Memorising évoque la mémoire et l’identité, invitant le spectateur à réfléchir sur sa propre perception du soi et du collectif. Cette exposition présente des œuvres inspirées de textes de philosophes et poètes arabes, tels qu’Ibn Khaldoun et Khalil Gibran.
Fig. 2 : Installation de Memorising de Nicène Kossentini chez Sabrina Amrani.
Dans la série Leçons d’histoire, Nicène Kossentini transforme les textes calligraphiés en motifs visuels flous, où l’encre coule et se mêle, évoquant la fluidité de l’histoire et de la culture. Ses œuvres abordent les souvenirs culturels et leur signification, tout en faisant du langage un paysage artistique abstrait. Par ailleurs, Kossentini révèle que l’identité se construit également dans l’interaction avec autrui. C’est-à-dire l’artiste construit aussi son identité à travers le regard du public, des critiques, ou encore à travers le dialogue culturel avec d’autres artistes et sociétés.
Fig. 3 : Leçons d’histoire 1 et 2, 2020, Nicène Kossentini, Encre sur papier. 51 x 36 cm. chacune. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de Sabrina Amrani.
S’ouvrir à autrui signifie accepter et interagir avec des personnes, des idées et des cultures différentes des siennes, en restant réceptif à des perspectives, expériences et valeurs variées. Cette ouverture favorise la compréhension mutuelle, la coopération et le développement personnel. Cependant, elle implique également de préserver sa propre identité tout en dialoguant avec la diversité du monde.
Donc, dans l’art contemporain, la construction de l’identité ne se limite pas à une expression personnelle mais elle se révèle multiple, en constante évolution et résulte d’un équilibre entre l’ipséité et l’altérité.
3 Vers une identité plurielle : l’artiste et la conscience de soi
Notre identité est à la fois complexe et multidimensionnelle, façonnée par une multitude de facteurs tels que nos valeurs, nos croyances, nos expériences sociales, notre culture et notre environnement. Autrement dit, bien que l’interaction avec autrui joue un rôle essentiel dans la construction identitaire, d’autres facteurs y contribuent également. Le corps, les souvenirs, la mémoire, la culture ainsi que l’expérience personnelle et collective demeurent des éléments fondamentaux dans la formation de l’identité.
Donc, l’identité plurielle est une identité multiple qui se forge à travers les expériences, la culture et les influences sociales. Elle ne peut être définie par un seul facteur, mais par diverses facettes qui coexistent et s’enrichissent mutuellement. Ainsi, l’art contemporain devient un moyen de redéfinir le rapport entre le soi et l’autre.
On note alors que l’identité résulte de l’interaction entre l’identité personnelle, l’identité de l’ego et l’identité collective. Ces trois dimensions s’articulent et se complètent pour former la construction globale de l’identité d’un individu.
L’identité de l’ego renvoie à la manière dont nous nous percevons par rapport aux autres et à notre besoin de reconnaissance sociale. Elle se construit à travers nos interactions avec l’environnement, notre appartenance à des groupes sociaux spécifiques, notre rôle dans la société et les attentes qui y sont associées. Cette dimension inclut des éléments tels que le statut social, la profession, l’image publique et le positionnement dans la hiérarchie sociale. Elle reflète l’évolution de la synthèse du ‘moi’, offrant à l’individu un sentiment de continuité de sa personnalité et de cohérence dans son caractère. L’identité de l’ego englobe également les premières croyances personnelles, souvent inconscientes, qui peuvent parfois générer des conflits intérieurs dès l’enfance.
Cependant, l’identité personnelle correspond à l’ensemble des croyances, traits de caractère et objectifs que l’individu souhaite que les autres perçoivent. Elle constitue ce qui le distingue de son environnement social ; autrement dit, l’expression de ce qui nous sommes en tant qu’individu et ce qui nous différencie des autres. Selon Erikson, l’ipséité consiste à être fidèle à soi-même et repose sur la continuité de l’individu dans le temps et dans l’espace. L’identité personnelle s’appuie également sur la manière dont autrui perçoit cette continuité. Les différents ‘soi’ de l’individu se construisent à partir de la contemplation de son corps, de sa personnalité et de ses rôles dans la vie. La comparaison de ces divers ‘soi’ avec ceux des autres donne naissance à l’identité sociale, qui se forme par l’adhésion aux normes, valeurs, traditions et croyances partagées au sein d’un groupe.
En sociologie, l’identité personnelle est perçue comme une construction sociale issue de l’interaction entre l’individu et son environnement. Elle ne constitue pas une essence permanente définissant l’être, mais un produit des contextes sociaux dans lesquels il évolue. Chaque individu possède ainsi une identité singulière et complexe, qui dépasse la simple dimension corporelle. Cette identité se façonne également à travers les normes, les attentes et les croyances de la société, lesquelles influencent profondément la manière dont nous nous percevons et percevons autrui.
Quant à l’identité sociale, elle se manifeste comme un sentiment profond lié aux groupes sociaux auxquels l’individu appartient, tels que la nationalité, la religion, la langue ou la race. L’appartenance à un groupe spécifique peut renforcer le sentiment de valorisation par rapport aux autres groupes auxquels l’individu ne fait pas partie. La combinaison de la différence et de l’intégration de l’individu dans la société favorise l’émergence de cette identité.
Ces différentes dimensions de l’identité ne sont pas indépendantes les unes des autres mais elles sont interconnectées, en interaction constante, et se construisent mutuellement dans un contexte social et culturel donné.
Donc, l’identité résulte d’un ensemble complexe de facteurs à la fois sociaux et personnels. Les sociologues la considèrent comme une construction essentiellement sociale, façonnée par les interactions avec autrui et les institutions telles que la famille, l’école, le travail ou encore les médias. Cependant, ces interactions sont largement créées par les choix, les orientations et les aspirations propres à chaque individu. Ainsi, l’identité peut être envisagée comme un processus dynamique, à la croisée des influences sociales et personnelles. Chacun peut choisir de s’identifier à certaines communautés, causes ou valeurs, tout en étant marqué par ses expériences passées et les normes sociales qui l’entourent.
Dans l’art contemporain, les artistes développent un langage singulier pour exprimer leurs expériences intimes. À travers divers médiums, ils traduisent leur perception du monde et leur compréhension de leur propre identité. Leurs œuvres révèlent des aspects de leur intériorité. Ainsi, l’art agit comme un miroir de la conscience de soi, reflétant pensées, émotions et vécus. Les thématiques choisies, les mediums et les techniques employées sont souvent étroitement liées à la quête personnelle de l’artiste, qui puise parfois dans des éléments autobiographiques pour donner sens à son parcours et à son expérience.
Il convient de souligner que la construction de la conscience de soi à travers l’art contemporain est un processus complexe impliquant à la fois l’artiste et le spectateur. En effet, l’artiste utilise sa créativité pour interroger et parfois redéfinir sa propre conscience de soi, tandis que le spectateur, face à l’œuvre, est invité à une mise en relation avec sa propre expérience intérieure. Autrement dit, la construction de la conscience de soi dans les œuvres d’art ne concerne pas uniquement les artistes, les spectateurs y participent également. En entrant en relation avec une œuvre, ils sont amenés à se confronter à leurs propres émotions et à leurs expériences personnelles. Cette interaction les incite à repenser leur identité et leur rapport au monde.
En résumé, l’identité n’est pas figée, mais évolue au fil du temps en fonction des expériences vécues et des choix personnels. Elle résulte d’une interaction constante entre les héritages sociaux et les décisions individuelles, se transformant au gré des influences extérieures et des aspirations propres à chacun.
Conclusion
On peut ainsi conclure que la quête identitaire se présente comme un processus dynamique et multidimensionnel, articulant à la fois la continuité et la transformation de soi. L’identité se construit à partir d’un ensemble d’héritages (culturels, familiaux, éducatifs et sociaux) qui fondent nos repères symboliques et nos modes d’appartenance. Cependant, elle ne saurait être envisagée comme une entité stable. Elle se reconfigure sans cesse à travers l’expérience vécue, les choix individuels et les interactions avec autrui, témoignant ainsi de son caractère évolutif et relationnel. La construction de l’identité ne se réduit pas à la seule interaction entre l’ipséité et l’altérité. Elle englobe également une connaissance de soi plus intime, intégrant nos pensées, nos émotions, nos souvenirs, nos valeurs, notre mémoire, nos traits de caractère, nos croyances, notre héritage génétique ainsi que l’ensemble de nos expériences vécues. Bergson dit : « Pour savoir de science certaine qu’un être est conscient, il faudrait pénétrer en lui, coïncider avec lui, être lui. Je vous défie de prouver, par expérience ou par raisonnement, que moi, qui vous parle en ce moment, je sois un être conscient. » (Bergson, 1922)
En philosophie, la conscience de soi renvoie à la réflexion sur notre existence, notre identité et notre rapport au monde, incluant pensée, perception, expérience subjective et interactions sociales. Son étude permet de mieux comprendre la nature de la conscience humaine et la manière dont nous nous percevons en tant qu’individus. Hegel soutenait que la conscience de soi se développe à travers les interactions avec autrui, où les individus se reconnaissent mutuellement comme sujets conscients. Pour lui, cette reconnaissance réciproque est fondamentale pour la construction de l’identité et le développement de l’estime de soi. Dans l’art contemporain, la conscience de soi offre aux artistes la possibilité de refléter leur identité et leur vécu à travers des œuvres qui interrogent à la fois leur expérience personnelle et leur relation au monde. La conscience de soi se traduit aussi par les décisions artistiques, où thèmes, sujets et styles expriment l’expérience personnelle et la vision du monde de l’artiste. Ainsi, l’art devient un moyen d’interroger et de représenter la complexité de l’identité. L’acte de création constitue un moyen pour interroger, exprimer et saisir les différentes dimensions de soi.
En prenant en compte l’interaction entre ces différentes composantes de l’identité, nous parvenons à mieux nous comprendre et à saisir plus profondément ce qui fonde notre singularité en tant qu’individu. En résumé, bien que l’interaction entre l’ipséité et l’altérité soit importante dans la construction identitaire, la question de l’identité ne peut pas être réduite à un seul élément. Notre identité est une construction dynamique qui se transforme tout au long de la vie, façonnée par nos expériences, nos interactions sociales, notre culture, nos valeurs et nos choix personnels. Elle résulte d’une interaction complexe entre des facteurs internes et externes qui se nourrissent mutuellement.
Bibliographie
Ayache, M. (2024). Dans N. Rejbi, Réinventer les identités arabes : Paroles d’artistes. Peintres, photographes, tatoueur•euse•s… Une nouvelle génération exprime une identité multiple à travers la création.
Bergson, H. (1922). L’énergie spirituelle : essais et conférences (Vol. 384). F. Alcan.
Hurpy, H. (2015). L’identité et le corps. La Revue des droits de l’homme. Revue du Centre de recherches et d’études sur les droits fondamentaux, (8). URL : doi.org.
Khadhraoui, A. (2008). L’autre et moi. Dans Catalogue de l’exposition de l’Union des Artistes Plasticiens Tunisiens (p. 108).
Marc, E. (2005). Psychologie de l’identité : Soi et le groupe. Dunod.
Rejbi, N. (2024). Réinventer les identités arabes : Paroles d’artistes. Peintres, photographes, tatoueur•euse•s… Une nouvelle génération exprime une identité multiple à travers la création.