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L’identité : quand les frontières se redessinent / Sous la direction de Ala Eddine Bakhouch / Vol.23 N.3 2025

L’identité personnelle, une épreuve dès la conception : réalités et difficultés sociales d’éprouver une identité

DOI: 10.17613/vj70d-16p20

Bernard Troude

magma@analisiqualitativa.com

Artiste, ingénieur et docteur en Sciences de l’art et philosophie (Panthéon-Sorbonne, 2008) dont la pratique et la recherche se situent à la croisée de l’art, de l’architecture et des sciences humaines. Formé également en sociologie (Université Paris Descartes), il est chercheur associé au CEAQ et collaborateur scientifique à l’Observatoire des Processus de Communication. Ses travaux portent sur la fin de vie, la plasticité cérébrale, l’éthique médicale et les représentations sociales, et s’appuient sur un réseau de collaborations internationales (Paris, Chicago, New York). Il est membre du comité de rédaction de la revue M@GM@.

 

Abstract

Dans cet article, j’explore la complexité de l’identité personnelle comme un processus initié dès la conception fœtale et marqué par des épreuves sociales tout au long de la vie. Adoptant une approche interdisciplinaire (philosophie, neurosciences, psychologie et anthropologie), je soutiens que l’identité n’est pas uniquement biologique, mais résulte d’une interaction dynamique entre facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Ce travail met en lumière le rôle central des émotions, des mécanismes de récompense et de la métacognition émotionnelle dans la construction d’un sentiment permanent de soi, en m’appuyant notamment sur la théorie des construits personnels de G. A. Kelly. L’identité sociale repose sur la prévisibilité du monde et l’appartenance à des groupes, tout en étant influencée par des représentations corporelles (corps-objet et corps-sujet) et par l’expérience subjective du corps. J’insiste sur la nécessité d’une identité recherchée et choisie plutôt qu’imposée, en tenant compte des avancées biotechnologiques contemporaines et des influences culturelles ou religieuses qui attribuent dès le stade fœtal des qualités à l’être en gestation. Je distingue enfin l’identité humaine – fluide, pluridimensionnelle et évolutive – de l’identité animale, strictement raciale, pour esquisser une hypothèse selon laquelle l’unité et la permanence de l’humain intègrent des aspects cognitifs, psychiques et socioculturels, ouvrant une réflexion sur les interventions positives en psychologie et les défis éthiques posés par les modifications de l’humain.

 

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Lorenz Stoer (1530-1621), Geometria et Perspectiva (Augsburg: Michael Manger, 1567), University of Tübingen.

« Quand ensemble la femme et l’homme mélangent les semences de Vénus / Issues des veines, la puissance formatrice, à partir de sangs opposés, / Si elle respecte la proportion, fabrique un corps bien bâti, / Car si les puissances se combattent dans le mélange de la semence, / Alors elles ne font pas qu’un dans le mélange qu’est le corps, funeste / Elles tourmentent de leur double semence le sexe naissant. » (Parménide, Sur la nature ou sur l’étant, La langue de l’être, Fragment XVIII – Traduction et commentaires Barbara Cassin)

Introduction

Conscience et compréhension

La présente réflexion de synthèse vise à rendre compte de la complexité d’un processus de socialisation. Pour et par l’identité personnelle de l’étant dans et par lequel chacun et chacune se construit, s’aperçoit et se comprend dans sa dite identité, en concevant cette diversité réelle fille ou garçon, mâle ou femelle ; ou l’inverse par rapport à la génération ou les deux sans appropriation imposée par une continuité sociale exprimée. Sans être intégral, c’est viser à formuler dans ce texte quelques marques récurrentes de la vie sociale dès l’amorce de vie qu’est un fœtus, et non ‘‘le fœtus’’. Il faut ébaucher cette idée, par des récentes études anthropologiques voire historiques (Bonnet et Cahen, 2021) qu’en signalant l’intérêt à mieux reconnaître cet embryon de vie, afin de mieux concevoir et interpréter la société actuelle dans laquelle un fœtus, cet humain futur visible qui est avec ses choix censé prendre part à la vie sociale par son identité de personne.

En ce quart de XXIème siècle, nous sommes concernés par la recherche techno-scientifique suscitant nos interrogations les plus attrayantes, en même temps qu’une augmentation inquiétante sur les frontières auxquelles l’humain est en train de s’intéresser. Cela concerne essentiellement le développement de nos consciences et des réflexions intuitives sur les biotechnologies et leurs technologies informatives, en direction d’une définition de l’être humain en modifiant et convertissant les points très intimes du futur homme biologiquement et cybernétiquement modifié appelant à un titre catégorique la qualification de terminal (Schmoll, 2003). Malgré cela, encore à ce jour, toute vie commence bien à un certain instant dans le ventre maternel quand corps et cerveau se mettent en cohabitation. En fait, il faut aussi savoir que l’existence d’une identité non dévoilée est une prémonition indispensable à toute identité visible. L’éthique de l’embryon se développe à cet instant suivant des critères scientifiques mais avec une incidence très souvent religieuse qui fait poser les questions parallèles sur l’identité humaine. L’état embryonnaire serait-il déjà compris dans l’espèce humaine ? Mais alors : qu’entend-on par le mot espèce ? Ce ne sont pas les I.A qui peuvent apporter une réponse neuve à ce sujet pratiquement philosophique pour le moins idéologique. En sciences humaines, un groupe d’individus interféconds – pour groupe cela comprend plusieurs identités dénombrables- fait admettre des caractères morphologiques et neurologiques communs. Les I.A peuvent séquencer, inventorier et recenser les caractéristiques consultables d’un groupe d’individus, mais pas les inventer. Pour le moment (Croteau, 1989).

Prévisibilité

Comment définir l’identité sociale ?

L’identité sociale transcendant l’étant va contenir tout ce qui permet à chacun de s’auto-identifier en tant qu’individu, selon des dispositions pertinentes face à ses environnements. Il s’agit de percevoir les statuts, les codes, les attributs qui seront partagés avec les autres membres des groupes auxquels il y a désir d’appartenir sans contrainte ou souhaiter appartenir, attrait ambitionné générant les accoutumances. Une recherche des plaisirs quels qu’ils puissent être, obtenir ceux-ci, est une récompense favorisant l’obtention de la vision d’une identité : savoir ce que nous voulons ou ne voulons pas. Cette phase de neuroscience permet d’annoncer que tout ce que nous avalons – réalité ou fiction – est pour notre identité au travers de nos plaisirs. Au cours de la vie de tout individu depuis son apparition fœtale à son troisième mois, se manifeste cette recherche par un développement du cerveau jouant ce rôle crucial dans toutes les compréhensions des compétences, ces mécanismes qui sous-tendent la perception, les mémoires engendrant les émotions et la fonctionnalité des plaisirs humains recherchés. Donc pas d’identité, sauf pour les races animales, sans volonté de plaisir-récompense.

Il faut déjà avoir cette présence corporelle et physiquement visible, quelle que soit la manière de voir, afin d’être confronté à l’autre comme Moi, sujet singulier tout en étant repérable parmi tous les autres. Ce qui peut être démonstratif qu’outre une nature physiologique certaine et avérée, l’expérience d’un espace-corps comme celle d’un espace-image du corps ajoutée à la reproduction imagière que l’on peut se faire d’un corps spécifique approprié. C’est dans cette harmonie presque collégiale qu’il faut aussi apporter la jouissance d’un corps, au-delà̀ de toute objectivité dimensionnelle et organique, comme d’une réalité́ subjective et psychique engendrant des diagrammes par lesquelles tout sujet-humain doit se déterminer et se concevoir. C’est alors que pourront se développer les référents identitaires.

Il est reconnu que tout individu a besoin de cette prévisibilité. Les gens se font des images, images-modèles de représentation du monde humain, sur la base desquelles seront anticipés les événements nécessaires, s’engagent dans des prédictions et essayent de contrôler leur vie. Ils se font une représentation d’eux-mêmes comme partie intégrale du monde. L’ensemble de ces images est nommé “système de constructions (constructs)” par G. A Kelly (1955 :105). C’est un système hiérarchisé de représentations mises en rapport entre elles. Certaines constructions sont plus importantes que d’autres ; c’est pourquoi l’auteur émet quelques distinctions entre les centrales (core) et les subordonnées. Sa définition de constructions de l’étant nous rappelle les notions mentionnées plus haut : « Sans un tel système, tous les événements dans la vie paraîtraient un produit du hasard, et le chaos et l’imprévisibilité domineraient. »

Les constructions illustrent une manière de ranger le monde en catégories et impliquent un processus consistant à mettre des étiquettes. Les constructions ne sont pas permanentes plutôt évolutives : elles peuvent être redessinées, repensées. De nouvelles étiquettes peuvent remplacer les anciennes. L’apport d’éléments nouveaux par le biais de l’expérience et de la connaissance dont les facteurs avec les I.A peut améliorer la prévisibilité et nous contraindre à changer.

Définition d’un sentiment permanent de soi

Un milieu sûr nous permet d’élargir notre expérience et de refigurer nos constructions individuelles particulières. Dans des circonstances défavorables, il devient plus difficile de changer et de redessiner celles-ci. Quand quelqu’un se sent offensé ou attaqué, la réaction typique est de se mobiliser radicalement toutes les ressources connues en vue de sauvegarder l’identité existante. En ce sens, T.A.Northrup élabore les recherches de G. A Kelly de la façon suivante : Dans notre perspective interculturelle, il est important d’élargir le modèle pour y inclure les sentiments, les émotions lumineuses, les mœurs et les projets de même que certaines adhérences à des croyances. Pour sûr, la théorie de Kelly s’avère également intéressante pour l’étude des préjugés :

« L’identité est définie comme un sentiment permanent de soi et de sa relation avec le monde. Le système de croyances qui constitue le soi et le soi en relation rend la vie relativement prévisible plutôt que désorganisée et aléatoire. Cette notion de soi n’implique cependant pas que l’identité soit statique. L’identité peut être, dans une certaine mesure, fluide et modifiable afin de faire face aux changements de circonstances et aux nouvelles informations. Un système trop fluide n’offrirait pas suffisamment de prévisibilité pour pouvoir fonctionner, tandis qu’un système trop rigide ne permettrait pas l’adaptation et la croissance. » (Kelly, 2008)

Y-a-t-il une théorie de l’identité passant par les émotions, récompense obtenue (Kelly, 1955). Au dualisme s’oppose une théorie de l’identité qui, au contraire, considère les processus mentaux comme identiques aux processus cérébraux, et la conscience comme rien d’autre qu’un épiphénomène émergent découlant de l’interaction collective de l’activité neuronale. Il faut comprendre l’autre phénoménologie du pouvoir des émotions attractives parfois addictives.

Par exemple, la lutte antiraciste se présentait surtout comme une lutte contre les préjugés via la couleur de la peau, la religion et les effets tant sociaux que vestimentaires obligés qu’il est presque impossible à chacun et chacune de vivre sans aucun préjugé, puisque cela fait partie intégrante des constructions sociales édifiées avec des choix. Sans ces dernières constructions, l’expérience de notre monde se rapprocherait d’une psychose continue (Northrup, 1992). Les identités se dénouent alors par une préhension de certains mécanismes neuronaux sous-tendant les actions comportementales humaines tant en situation sur le moment qu’aux avenirs par les transformations. Les adaptations positives via ces comportements prosociaux se permettent par la compréhension attachée aux émotions et aux conditions d’une neuroplasticité particulière à l’individu. Cela pose intrinsèquement la componction d’une sécurité perçue et de tous les corrélats neurophysiologiques quant à procurer une correspondance en métacognition émotionnelle bienfaitrice [1].

Justement pour être en bon état psychique, cette métacognition associée à une progressivité renouvelée de toutes émotions – récompenses positives ou négatives – va souscrire à une déambulation optimale dans le cerveau afin d’accroitre une incorporation sociale. Notamment, des réseaux neurofonctionnels objectifs et des corrélats neurobiologiques vont se mettre en évidence permettant une évaluation naturellement et correctement pour une efficience des interventions déployées en compréhension de psychologie positive. Finalement, cela mettra en évidence des paradigmes ajustant des caractéristiques pour les interactions interpersonnelles positives. Ainsi, la route vers les interventions positives évolutives va s’ajuster au groupe social recherché, à la communauté en point de mire favorisant un essai ou une prise d’identité. Par ces ensembles de champs de repères répondant à tout questionnement en psychologie positive, sera impliqué dans le cadre mécanistique neurofonctionnel et neurobiologique de compréhension et d’évaluation des processus, une ouverture constante pour un fonctionnement optimal du choix d’identité de chaque individu (Le Gall, 2009).

Une vie sociale préconçue

Pour toute identité, recherchée voulue ou obligée, la question de ces liaisons relationnelles entre les deux pondérations de toute existence entre corps/cerveau, se notifie une complexification : cette jonction entre les espaces corps-objet et corps-sujet, les deux dispositions d’un même fond dont il s’agit d’en saisir la disposition avec laquelle vont s’articuler les espace-corps, l’un à l’autre, une détermination afin de savoir si cette articulation dispositive va concéder à une hiérarchie selon laquelle un espace-corps va se subordonner à l’autre, celui de l’espace-cerveau. Aussi, affirmons que tout espace-corps ne doit pas être, pour une identité propre, seulement conçu comme un sujet exprimé d’un corps biologique extérieur, étant considéré dans sa naturelle matérialité́, parce qu’immédiatement, cela renvoie à l’espace-cerveau de la vie psychologique du corps-sujet dont il est difficilement possible de s’affranchir, au moins psychiquement, mais dont il ne saurait être question d’une mise à distance réelle. La connexion de conscience dans cette impuissance pour cette mise à l’écart patente est ce qui, dans une prudence contemporaine, va contraindre à penser à l’espace-corps particulier loin de l’autre conception qui veut que le corps ne soit qu’un navire piloté par un espace-cerveau incorporel.

Ce retour au corps identifié à son identité, un espace-corps subjectif, comme étincelle des expériences identitaires pose aussi la question d’une nature psychique/psychologique et la disposition avec laquelle cet espace va pouvoir se montrer puisqu’à partir de l’instant où se défait le statut de médiation entre cet espace-corps et une essence incorporelle visible au monde, nécessité, il y a la réintégration de l’idée d’espace duo corps/cerveau. C’est en enclosant une vie sociale que vont s’imprimer et s’exprimer ces expériences identitaires. Diverses caractéristiques composent des facteurs d’identité sociale et catégorisent chaque individu, telles que le sexe – l’apparence sexuée – l’âge enfin la langue maternelle impliquant très tôt un langage et un accent écouté avec le son de la propre voix. Ils comprennent les divers aspects de chacune des identités qui font que chaque humain, membre obligé d’une communauté, existe en un être premier et varié.

Alors que les sciences n’ont pas cessé de révéler le « génie fœtal », notamment sur des capacités sensorielles et perceptives (Lecanuett et al., 2004), de nombreuses communautés sociales (en premier religieuses et/ou sectaires) lui octroient d’emblée une « vie riche en qualités et expériences » découlant d’un monde antérieur ou d’un monde autre que celui qualifié visible des humains. Ailleurs, comme dans les sociétés occidentales d’autrefois et celles d’aujourd’hui, les enfants ne naissent pas ex-nihilo à partir de la seule union sexuelle entre un homme et une femme, y participent toujours des vigueurs invisibles divinités ou génies conversant différemment et annonçant que tout Être Humain ne peut être en aucun cas issu du rapprochement de la seule chair, et qu’avant de se destiner à la société, il est en conséquence un résultat de la nature dû à une proximité sexuée de deux êtres complémentaires. Il ne suffit point de l’esprit d’un ancêtre ou d’un aïeul prêt à revenir parmi les siens, toutefois d’autres invocations nécessaires non tangibles concourent pour que ce ‘‘trajet’’ puisse se concevoir et apporter un sens à l’identité d’un nouvel humain, espace-corps apparu, prêt à naitre vers son identité.

Il se sait que seule ce qui sera nommée expérience du corps extérieur va générer des stimuli issus du corps biologique générant la perception des affects, allant des plaisirs aux souffrances, contacts aux communautés présentes. Un peu plus tard ces expériences des corps seront aussi celles des représentations de ces intériorisations d’affect avec ce rapport du corps à l’espace externe, pas seulement, toutefois déjà avec une socialité annoncée. C’est à cet instant que va s’énoncer l’intériorité psychique, celui d’un espace-corps, sujet d’une identité qui ne peut s’extraire de son propre point de vue.

Identité recherchée, voulue, imposée : faire valoir une identité recherchée et non imposée

L’allégation d’un corps, corps-sujet intelligent, est aussi celle d’un corps qui puisse se penser. Parlons ici de la matérialité́ de ce corps rendant chacun et chacune, participant au monde dans lequel il y a eu et aura évolution, le pouvoir à engendrer et/ou à avoir recours à des représentations va permettre l’établissement d’une sensible connexion avec autrui, promouvoir l’intégration vers une communauté, cette dernière presqu’imposée au début puis choisie avec une certaine évolution propre. La matérialité du corps, un espace-image deleuzien, a pu être pensée tel un corps-objet. Pourtant, cette espace-image se répercute vers une présence physique autre que celle d’un espace-objet, vers une manifestation innée de quiconque qui n’est plus celle de la substance espace-physique mais celle d’un espace-corps-image. L’étant de chaque humain est là présent grâce à son identité, même si elle est encore mouvante et pas spécialement reconnue.

L’infinité́ des représentations dont les imaginaires de tout le monde sont constitués trouvent autant de réflecteurs à travers lesquels les espace-corps identifiés se réfléchissent. Cette image-miroir peut être aussi bien physique puisque c’est grâce à elle que peut se faire l’idée presque précise des différentes morphologies et comment il peut être social car c’est à travers ce regard d’autrui qu’une certaine image de l’image corps-objet peut être comprise par l’individu. L’analogie faite entre corps-sujet et corps-image est sérieusement conséquente car elle permet une compréhension telle que si dimension psychique du corps il y a, c’est parce que ce dernier puise dans un imaginaire afin de se rendre disponible à autrui, dans la représentation. C’est en tant que cet espace corps-image que peut se concevoir l’identité de l’étant comme subjectivité́ charnelle, physiologique mais aussi sexuelle et psychologique.

Développement de l’hypothèse et caractéristiques principales

Pour le développement de l’hypothèse, sont caractérisées les principales controverses théoriques et épistémologiques relatives aux différents facteurs invoqués dont les biologiques, sociaux et psychologiques. Ceci afin d’expliquer les différences entre les corps humains présentés dont les aspects physiques et les sexes visibles et sexualités affichées, jusqu’à une forme d’intelligence sensible et avouée qui se prononcera afin de faire valoir une identité recherchée et non imposée. Sur la base de revoir un historique actualisé, une troisième partie fait état des résultats de la recherche menée en sciences humaines et sociales quant à appréhender, d’une part, les multiples dimensions de la socialisation de l’étant au sein de différentes instances socio-éducatives et, d’autre part, le point de vue du sujet (enfant, adolescent, adulte) et la façon dont celui-ci se construit un rapport singulier à son identité.

Facteurs sociaux, psychologiques et biologiques physiques

Pour l’identité humaine, le sujet se complexifie. Seront considérées que toute unité et la permanence de l’humain ne concernent pas seulement la biologie humaine, mais aussi les aspects cognitifs, psychiques et socioculturels des individus. En différence fondamentale, les animaux, quels qu’ils soient, sont toujours dans l’identité de leur race. La race humaine comporte des identités corporelles avant les identités du cerveau.

Cependant en conséquence, comment se construit l’identité sociale ? Cela nécessite l’acquisition et l’intériorisation de pratiques, de plusieurs normes sociales, de règles de conduite et des valeurs de la société transmises déjà par les ‘‘autorités parentales’’ puis la communauté adjacente aux parents dans laquelle, à priori, devra se développer l’individu. Les contraintes imposées par la société et les interactions avec l’environnement proche de l’individu vont construire une identité sociale repérable. La fonction ‘‘identité sociale’’ propre restera aux choix prioritaire de chaque individu.

Une vie animée et prédiquée hors contemporanéité

Se situant dans l’entre-deux, une majorité de groupe sociétale ne reconnaît ni le fœtus, ni le nourrisson comme des sujets autonomes, des personnes humaines déjà dignes de ce nom. À la venue au monde, il est soutenu qu’aucun souvenir d’expérience fœtale ne se traduit en souvenir récent exprimable ou racontable car l’être arrivé aura perdu dans l’immédiat ou dans le futur proche toute expérience sensitive. Dans certaines autres sociétés, en opposé, les majeurs accomplis sauvegardent et conservent des souvenances précises de leur vie prénatale. De nombreuses sciences humaines disposent de ce pressentiment alternatif d’un temps précédent d’une forme d’existence et reconnaissent en l’enfant à naître un ancêtre en voie de réincarnation (Erny, 1988). Avant d’être conçu, l’embryon préexiste dans un univers des possibles, une vie en réserve qui demande à retourner. Les modalités de ce retour sont variables et complexes, suivant la cosmologie et les principes vitaux qui font l’humain. Ce qui peut expliquer l’apparition d’humains géniaux dès la préadolescence comme certains artistes musiciens, compositeurs et exécutant ayant dans leurs cerveaux, chacun, d’innombrables pages de musiques écrites mais aussi les sonorités obligées accompagnant la lecture.

Pour première conclusion, après avoir signalé les principaux axes de développement de la recherche dans ces domaines en naissance de l’identité, vont se dégager, les apports de tous ces travaux au regard des dispositifs actuels de lutte contre les stéréotypes des identités apparues, de genre sexué et de sexualité dont les discriminations qui y sont induites.

Facteurs sociaux : recherche de l’identité sociale

Un vrai enjeu à résultat nul  ? Quand il est pensé résultat nul voulu, c’est à une solution de l’identité acceptée ne générant aucune inimitié, hostilité ou aversion depuis la communauté en face dans laquelle la personne en recherche s’introduit ou est introduite. Par les déterminations des composantes de l’identité sociale, l’identité personnelle va être le résultat de l’association de trois grandes constituantes de l’étant : l’identité fondamentale, l’identité attribuée, l’identité choisie.

Se donner une apparence physique est la première des tentatives d’une vision d’identité personnelle, première image de l’être pour son identité sociale.  Même si elle ne peut correspondre tout à fait à l’idée individuelle propre très mouvante au fil des âges sur ces sujets. C’est à cet instant que vont se manifester des choix et les non-choix face aux affiliations et à un groupement environnant et co-existant. De manière surprenante, les jeunes générations adoptent plus facilement une vision à résultat nul que leurs aînés plus astreints à l’addiction de la rentabilité en tout : exemple de l’apparence première en rendez-vous commercial. Le résultat nul étant la non incidence des choix sur les comportements sociaux. La raison à résultat nul est plus répandue parmi les personnes issues de milieux sociaux en zones urbaines et celles ayant un niveau de connaissance assez moyen ou une capacité moyenne de revenu salariale ou capitalistique. Cela veut dire qu’en société raccourcie – tel village ou communauté répartie sur des surfaces éloignées, en des sociétés où le patriarcat domine encore – les considérations populaires seront conservées et aucune entorse ne pourra être admise d’emblée. Quelle que soit la région du Monde.

Recherche de l’identité personnelle

En ce qui concerne l’identité, celles des genres et des transgenres comprises, les répondants conservateurs, plus ancrés vers les philosophies antérieures – disons à droite et souvent réactionnaires – sont nettement plus susceptibles d’adopter une vision à résultat nul, visible cependant pas omniprésent ni conséquent. Cette perception influence directement les attitudes envers les communautés – ethniques, politiques, religieuses, régionales – recherchant une réduction des inégalités en la façon de vivre leur personnalité et de genre y compris celui non agréé au-delà des stéréotypes actuellement défendus. Des groupes masculins estiment souvent que les insistances féminines soutenues se font à leur préjudice présentant des équivoques à soutenir des déterminations favorisant les gentes féminines sur les espaces tel celui des espaces de travail, de commandement, de pouvoir en général. La crainte est d’en pâtir eux-mêmes. L’attitude inverse – femme/homme – est tout aussi valable et déterminant. Mais qu’en est-il réellement ? L’égalité réclamée en fait ne peut être appliquée et pourquoi ne pas se réserver des communautés ayant choisi de ‘‘jouer ensemble’’ sans rejet et/ou sans veto catégorique.

Certains contextes sont-ils vraiment à résultat nul voulu ?

Cette perception dans ce contexte des identités recherchées peut-elle limiter notre façon de penser ? Si une façon de penser ne fait pas l’unanimité, il y a contrainte de reporter les discussions et les prises de position. Convenir alors qu’une façon de penser est une manière personnelle – ou issue de la collectivité – d’envisager les choses selon un certain point de vue souvent qui se veut personnel.

Certaines situations peuvent sembler l’être, surtout lorsqu’on adopte un point de vue restreint. Prenons l’exemple d’une promotion de situation dans le travail quotidien : si un seul poste est ouvert à candidature, le succès d’un seul candidat signifie inévitablement l’échec d’un ou plusieurs autres. De même, toute admission à l’université ou pour des études dites supérieures – source de stress pour de nombreux postulants – peut paraître comme un jeu à résultat nul. Avec un nombre limité de places, comme tout numérus clausus, la réussite acceptée d’un candidat peut donner l’impression d’une réduction directe des chances des candidats autres. Cependant, un regard plus large avec l’actualité des déserts médicaux – exemple d’une solution voulue mais non appréciée pour son résultat à long terme par les professionnels – devrait permettre de modifier cette perspective en ayant des nouvelles identités sur des postes à pourvoir. Les postulants ne seront plus indépendants mais astreint à l’éligibilité par les communes ou les sociétés financières gouvernantes, privatisation plus ou moins obscure de la santé et des enseignements pour cause de rentabilité addictive. Une attribution de poste peut être unique. Toutefois, en incitant une culture de collaboration et d’échanges productifs, la pensée à résultat nul peut devenir une prédiction favorisant la promotion vers une unanimité et la spécification d’une réelle identité. Convaincu d’une situation de préférence pour l’une des identités au détriment de certaines autres, une collaboration amicale ou plus prosaïque professionnelle sera difficile à poursuivre ou même à obtenir.

Prendre conscience du potentiel

Une communauté peut créer et encourager de nouvelles opportunités pour d’autres en recherche de leur identité professionnelle complétant la leur très individuelle, intime. Ainsi, une situation apparemment à somme nulle peut se transformer en une à somme positive. Il en va de même pour l’économie en général. Prendre conscience de ce potentiel nécessite de dépasser la logique de la concurrence immédiate ou du résultat répondant à l’addiction vers une rentabilité intrinsèque afin d’adopter une vision d’ensemble ; dont la vision par les I.A et tout leur territoire d’investigation par le concept d’Intelligence Artificielle. Poser le concept d’I.A pour les identités, c’est avant tout s’interroger sur le pouvoir des mathématiques et des résolutions machiniques face aux capacités naturelles d’engendrer l’humain et la définition de ses progénitures. L’approche des concepts d’I.A se comprend multipliée en plusieurs domaines [2].

À la place, des postures d’adversaires se manifestent en faisant considérer les interactions de chacun comme des rivalités de personne à personne à faire valoir plutôt que comme les opportunités des avantages en rapports mutualisés de personne à personne. Ce mode de pensée peut transformer des situations potentiellement positives en véritables jeux à somme nulle, simplement parce que la coopération n’a jamais été envisagée. Une telle approche est nuisible dans les relations personnelles aussi bien que professionnelles. Croire que les avancées des femmes se font au détriment des hommes (ou vice versa) sape la confiance, les objectifs communs et la connexion émotionnelle, créant des tensions dommageables pour l’harmonie familiale ou amoureuse. Sortir d’une mentalité à somme nulle en matière de genre exige un effort collectif des parents, éducateurs, décideurs et médias. En opposant systématiquement les sexes, nous limitons les perspectives de coopération et de progrès commun. À l’inverse, mettre en avant les bénéfices partagés ouvre la voie vers des solutions innovantes. Toutes les situations ne seront pas en domaine gagnant-gagnant, mais nous pouvons transformer le progrès en un projet collectif plutôt qu’en un combat.

Identité et implication des techniques numériques : missions, résultats des systèmes avec I.A

À ces stades concernant le souhait pour se définir une identité, l’ère contemporaine suggère l’implication neurale avec les I.A. dans les exposés, les questions-réponses. Etc [3]. Cette partie d’étude permet de signaler la mission et les résultats des systèmes comprenant les I.A comme moteur de recherche affirmant avec certification le potentiel d’initiatives et des facultés réelles par exemple au sujet de la promotion des égalités, évidences du sujet, dans l’identité assimilant autant l’égalité de genre que les risques se trouvant être transportés en matière des définitions d’identité, acceptant ainsi une participation à la non-discrimination de certains étants [4]. La détermination voulue d’une possible identité envisagée reste une difficulté décisive que les I.A, malgré leur diversité et leur complexité, peuvent résoudre en soutenant une ou des solutions. À signaler qu’en éthique de santé, plusieurs voies et depuis les années 2010, la vie de chacun et chacune est répertoriée, gouvernée et enregistrée par tout un complexe d’algorithmes et de projet déterminant la façon de vivre sa santé, sa vie publique, sa vie professionnelle et sa vie intime. Plus rien n’est réellement dans le secret intime.

Philosophie, éthique, champ de recherche scientifique

Concevons que les I.A sont à la fois une source de réflexion philosophique et éthique complétée du champ de recherche scientifique, notamment les sources en ce qui concerne l’identité dès la création du génome humain et de la fécondation donnant naissance au fœtus. Depuis quelques années, l’espace-temps d’une vie se détermine en fonction de l’état global de santé et la génétique d’un individu, homme/femme/adulte, adolescent/ jeune enfant avec l’historique de la génétique familiale de chacun des individus. Cette étendue de recherche soulève des questions profondes sur la nature de l’intelligence, de la conscience, de la créativité, de la morale et de la relation entre l’homme et la machine.

Ajoutons les concepts d’apprentissage aux études de l’identité face aux colonies des humains mais aussi à toutes les formes d’I.A s’y rapportant. Elles – les intelligences artificielles – sont à la fois une source de réflexion philosophique et éthique étendant leurs pouvoirs au champ de recherche scientifique. Ce qui met en fonction toutes les sensibilités de l’humain et ce que lui, l’humain, peut et doit apporter comme solution tangible à toute machine. À contrario, comprendre dans les états d’âme ce que les machines numérisées peuvent produire aux humains – dont par exemple l’identité médicale – ce que serait un être complété d’élément artificiel doté d’humanité, de conscience [5]. Sur l’impact de telles évolutions, très souvent insoupçonnés pour la communauté sociale et pour nos mondes, cet espace étendu d’étude et d’information de l’identité prévue avec les I.A soulève dès le début des interrogations importantes sur la nature même de l’intelligence humaine, de sa conscience, de sa créativité, de sa morale enfin et surtout de la relation entre l’humain identifié et sa propre vie, ses avenirs personnels possibles et ses aboutissements au-delà d’un machinisme.

Identité sociale et sociologie

En sciences sociales, l’identité se comprend comme étant une notion avec plusieurs cognitions issues d’expérience se définissant selon le sujet : individuel ou collectif. La notion d’identité est au croisement de la sociologie et de la psychologie, mais intéresse aussi la biologie et les différentes périodes des âges, la philosophie et la géographie. Écrite par H. Tajfel en 1981, une interprétation explicative de toute identité sociale se rapporte comme suit : « cette partie du concept de soi qui provient de la conscience qu’a l’individu d’appartenir à un groupe social (ou à des groupes sociaux), ainsi que la valeur et la signification émotionnelle qu’il attache à cette appartenance » (Tajfel, 1981) se rencontre lors de la problématisation de l’identité : mêmeté (elle-même) et différence.

L’unité expressive de l’identité individuelle incarne par la réflexion le fait de trouver ce que l’on est ou ce que nous sommes. L’étant ramène à la question de notre identité trouvée ou en cours de recherche. Cependant toute identité, par elle-même, comporte un double aspect : cela nous renvoie à la mêmeté, ce semblable, celle ou celui figurant sur la « carte d’identité » et se rapportant à tous les documents officiels. C’est un exemple ; d’autre part, elle signifie le « soi-même », le propre, l’unique que je suis par rapport à un autre que je suis par rapport à lui. Cette interrogation sur le même – idem – et le propre – ipse – renouvelle l’ancienne dialectique du Même et de l’Autre, puisque l’autre se dit de multiples façons et que le soi peut aussi être considéré en tant qu’autre. Soi-même comme un autre.

Question subsidiaire, ipséité, invariant de l’identité

« … La tâche d’être une personne n’est donc pas la tâche infinie d’accomplir son essence ou la tâche infinie d’accomplir une qualité particulière, mais la tâche finie d’exister à l’impossible, ‘’au péril du rien’’ … » (Maldiney, 1991 : 340)

Question subsidiaire. Sachant que l’ipséité est impossible sans l’invariant de l’identité, alors l’identité prend-elle son sens par la singularité affirmée par cette ipséité ? Nous référant au texte d’Emmanuel Housset sur la possibilité d’être soi qui ne peut pas être naturellement le pouvoir de concevoir une disposition résolue hors soi par la place désirée dans les Mondes. Cependant, c’est la possibilité de la possibilité alors que le soi ou l’étant ne serait en rien un état ou même le caractère d’une chose devant être compris comme un avenir pur, un combat réel. Toutefois, c’est cette ipséité se comprenant comme un verbe et non comme un substantif se perçoit au cœur de la fiction d’un concept de personne, puisque dès le commencement de cette fiction il apparait que nous sommes déjà une personne et qu’en devenant celle-ci, c’est dans la prescription impérative de le devenir (Housset, 2007). En contrepoint, il faut incorporer des espaces face au propos trop uniforme qu’en a fait Marcel Mauss dans l’histoire du terme de « personne », « la personne » depuis les Étrusques jusqu’à Fichte en soulignant que la continuité de cette légende tient au fait que toute « personne » est instinctivement comprise comme un moi, soit l’étant. Dès lors, la compréhension moderne, c’est-à-dire cartésienne, de « la personne » comme un ego devient la mesure de toute l’histoire du terme de « personne » (Mauss, 1997).

Donc pour ce faire, il faut s’ajuster à la problématique exposée par Paul Ricoeur ayant conduit cette idée vers la distinction entre les deux aspects du concept d’unité et celle de l’identité individuelle : « la “mêmeté”, basée sur des idées, des rapports et des rapports de rapports, présupposant une continuité dans le temps, et “ipséité”, ensemble des identifications reconnues par une personne et qui tolère le changement et l’évolution » (Ricoeur, 2005& 2015).  Cet auteur annonce que dès les premiers instants, est à considérer la base de toute action : sans théorie de la reconnaissance, point de théorie de l’agir. Ceci étant une question première et caractéristique de l’époque d’aujourd’hui (2025) en signalant : est-ce qu’une I.A peut-elle être considérée comme étant autonome en façon de penser une identité qui lui serait propre ? La réponse est formellement négative car pour le moment, toutes les formes d’empathie et de reconnaissance neurale d’identité demeurent hors d’atteinte des actuelles I.A, tant il s’agit d’un problème sujet d’innovation, les systèmes robotisés autonomes sont encore loin de remplacer une relation humaine en bonne et due forme. L’humain et les I.A fonctionnent – pour l’instant – cote à cote complémentairement. Le cerveau humain ne pourra que se faire ‘‘conseiller’’ par la question posée aux I.A, celles-ci mettant en un temps record à disposition des solutions adaptées ou relativement adaptées à la recherche d’identité ouvrant des voies insoupçonnées initialement.

E- L’identité est d’une importance sociale étendue

Dans le paragraphe qui suit sera remplacé par le mot identité le vocable visage écrit dans le texte de recherche. Dans une thèse soutenue, il se comprend que l’étude menée ici n’est pas si éloignée de la démonstration prononcée (Laurent, 2024).

Les identités au sein des environnements sont une fonction cognitive essentielle reconnue pour les humains et d’autres espèces animales sociales. En réalité courante, l’être humain évolue dans des sociétés récentes où son exposition est constante à toutes formes d’identité, représentant des stimuli complexes et riches en informations depuis la naissance – voire depuis le fœtus – et tout au long d’un développement de vie personnelle. Plus ordinairement, chez tous les hominiens, l’identité est d’une importance sociale étendue, promenant à la fois des indices changeants comme les émotions à partir des expressions, la direction de l’attention à partir de l’orientation de la tête et du regard ainsi que des informations invariantes comme l’identité d’un faciès, d’un corps entier. Considérant toutes les études de lésions cérébrales, la neuro-imagerie fonctionnelle (IRMf) ainsi que les enregistrements intracérébraux chez l’humain, les résultats montrent un large réseau cortical occipito-temporal ventral, avec une dominance hémisphérique droite, étant sélectivement impliqué dans cette reconnaissance des identités.

Au gré des premières constatations, les études initiales neurophysiologiques ont confirmé l’existence de neurones, preuve sélective aux visages dans le cortex temporal. Néanmoins, les capacités à reconnaître les identités – faciales – chez les humains peut être discutable et cette homologie entre les régions sélectives présentes précisément aux visages – chez tous les primates – est spécialement négociée, discutée. L’objectif central de ce travail spécifique est donc de pouvoir examiner toutes capacités de reconnaissance de toutes les identités chez l’humain en faisant progresser de manière significative les connaissances des bases neuronales. Territoires possibles d’accompagnement par les I.A. Ces aspects, scientifiques, sont nécessaires et établissent une relation dialectique entre eux : « Le problème de l’identité personnelle constitue aux yeux de tous, le lieu privilégié de la confrontation entre les deux usages majeurs du concept d’identité que j’ai (P. Ricoeur) maintes fois évoqué sans jamais le thématiser véritablement. Je rappelle les termes de la confrontation : d’un côté, l’identité comme mêmeté (latin : idem, anglais : sameness, allemand : Gleichheit), de l’autre, l’identité comme ipséité (latin : ipse, anglais : selfhood, allemand : Selbstheit). L’ipséité, ai-je maintes fois affirmé, n’est pas la mêmeté. Et c’est parce que cette distinction majeure est méconnue (…) que les solutions apportées au problème de l’identité personnelle ignorant la dimension narrative échouent » (Ricoeur, 1990 : 140). Il est clair que ce concept d’identité ne se réfère pas à homogénéité ou permanence. Au contraire, c’est le champ de tension entre rester le même à travers le temps et changer au cours du temps qui constitue le sens de l’identité d’une personne.

Tous ces développements narratifs précédents parachèvent les pondérations biologiques, neurologiques et sociales explorées préalablement. Dans ces énoncés, il faut rappeler le comment de la mise en place de tout espace-cerveau qui reste un jaillissement pour tout processus évolutif de l’être vivant depuis un fœtus et surtout comment tout développement cérébral sera lui-même additionnel et complément de son milieu, un espace-global créant l’identité. Faut-il, ici, s’attarder sur la notion de plasticité cérébrale sans laquelle il ne peut être compris une mémorisation amenant une initiation, un modèle de souvenance, en tout cas aucune possibilité de macrocosme culturel, donc une socialité. Dès lors, comment une logique mathématique comme la fourniture par les I.A ne se déroule qu’en se bornant sur et avec des souvenirs perceptifs cryptés et codifiés sous une forme potentielle dans notre « espace- connectique » neuronale innée et acquise selon des imageries mentales individuelles, celles-là non apprises mais venues par instinct. À ne pas confondre avec une identité numérique, produit de synthèse numérisée pour toute personne vivante… les animaux domestiques et familiers plus les sauvages visités par l’homme pour étude et recensement y sont maintenant contraints.

Dans ce sens, autrui est quotité intégrante de Moi, l’étant avoué

Il ne s’agit pas d’une analyse inaccoutumée ou indirecte ou éloignée. Néanmoins en situation occidentale, un jugement très fréquent dans les crises de relation particulière est justement que lesdits partenaires – homme ou femme et parents/enfants - sont accusés de s’être modifié : « il n’est plus le même que lors de notre première rencontre » ou « ce n’est plus la même femme/le même homme que j’ai épousé(e) jadis » ou « nous ne nous reconnaissons plus entre parents/enfants ». La perception d’une forme de trahison se conçoit très souvent en termes évoquant les changements intervenus très souvent choisis. Dans l’approche, ici définie, nous affirmons de manière plus systématique que chaque notion d’identité scientifiquement valable implique certainement changement ou dynamique. Les hypothèses psycho et socio-dynamiques peuvent contribuer à saisir tous ces sens (ex. Erikson, Piaget, Campbell).

Ces déductions font nécessairement diverger d’une génération statique et obligée voire vitale de l’identité. Pour P. Ricoeur, la compréhension de soi-même et de l’autre fait partie d’un mode d’expression, d’un discours narratif, ce qui se présente souvent – toujours – sous la forme d’une interprétation. Le discours narratif exploité par le recherchant en son identité parcourt des sujets en des domaines venant de la réalité factuelle, pas souvent virtuelle, mais aussi de la fiction vue ou rapportée, telles les idées issues du cinéma, de la chanson, par les visions d’un vedettariat artistique voire politique etc. Le prétendant à une identité ne peut concevoir sa personne qu’en étant un personnage dans une histoire vue ou perçue mentalement : son personnage reste attaché et cramponné aux expériences de la vie en communauté, si faible soit-elle, mais l’histoire peut être à chaque instant réorganisée. À la limite, l’identité de l’intrigue personnelle s’investit dans l’identité du personnage deviné. Le discours narratif identitaire fait la liaison entre le recherché et le voulu, accepté puis fixer les épisodes en se recréant une fiction qui va permettre l’intégration de ce qui s’instruit comme antinomique au point de vue de l’identité-mêmeté.

L’instabilité neuronale amenant la discontinuité peut être expliquée raisonnablement par tous les liens entre les événements en ayant imposé en conséquence la diversité et les variabilités. Non seulement des données ou des actes réels, mais aussi la fiction ou la fantaisie, celles-ci apprises ou vues ou devinées font partie de l’entreprise d’acceptation d’une identité. Les processus d’intégration sont complexes et créatifs. Dans ses propos Frank J.M Verstraete fait une comparaison faciale entre humain et animal pour la recherche d’identité : « Que notre passé est constituant pour la manière dont nous nous voyons aujourd’hui est bien connu et accepté. Des frustrations du passé peuvent donc influencer négativement nos capacités de nous réaliser aujourd’hui. Mais notre passé n’est pas égal à frustrations ; il comporte également des éléments satisfaisants. Dans le passé, nous trouvons une abondance de matériaux qui donnent du sens. (...) Pour éviter de vivre notre vie comme une série d’événements disparates, il est important que nous sachions intégrer les événements passés dans notre présent et les rendre utiles pour le futur. Cette démarche d’intégration est déjà une expression de créativité et libère l’énergie bloquée » (Verstraete, 2019 : 9). Sur le sujet développé, cela est une conclusion en généralité compréhensive.

Bibliographie

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Notes

[1] La métacognition émotionnelle ? La métacognition des émotions, également connue sous le nom de méta-émotion, est la capacité de surveiller et d’évaluer nos expériences émotionnelles afin de réduire les émotions négatives tout en renforçant les émotions positives.

[2] Éclaircissement : scientifique, philosophique, métaphysique, cognitive, comportementales, éthique ou sociétale. Ces différentes approches se complètent pour former une compréhension complète de l’IA en tant que domaine d’étude et de développement.

[3] Définition entre autres des trois formes de l’Intelligence Artificielle ou I.A. Plusieurs définitions, plusieurs approches, plusieurs courants de pensée, plusieurs disciplines, plusieurs sous-domaines… Types d’IA. Il existe trois grands types d’I.A, notamment l’I.A faible (ANI) spécialisée dans des activités spécifiques, et l’I.A forte (AGI) possède une intelligence générale similaire à celle des humains. Pour terminer, l’I.A super-intelligente (ASI) est une forme hypothétique d’I.A extrêmement avancée.

[4] L’I.A et ses Applications. L’I.A intervient dans divers domaines, notamment la vision numérique par ordinateur, l’écoute et le transfert du langage naturel puis la robotique, la santé et encore les transports, la finance, la cybersécurité, la gestion de la chaîne d’approvisionnement, et bien d’autres, encore insoupçonnés en matière de santé, d’éthique de santé et de comportements sociétaux.

[5] Pour le moment présent, partout dans le monde malgré quelques solutions apportées, les I.A sont déjà dans l’accomplissement des tâches complexes simulant des comportements conscients. Toutefois, elle ne possède pas encore, et très certainement pas tout de suite car il ne faut jamais dire jamais, la réelle conscience humaine avec ce cerveau le meilleur outil d’intelligence encore jamais égalé.

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