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L’identité : quand les frontières se redessinent / Sous la direction de Ala Eddine Bakhouch / Vol.23 N.3 2025

L’identité : quand les frontières se redessinent

DOI: 10.17613/6fmgb-0jq59

Ala Eddine Bakhouch

magma@analisiqualitativa.com

Collaborateur Scientifique Observatoire Processus Communications, il fait partie du Comité de Rédaction de la revue M@GM@. Enseignant-chercheur en Sciences du Langage à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Tataouine (Université de Gabès, Tunisie), juri-linguiste et analyste du discours. Titulaire d’un doctorat en sciences du langage, ses travaux interdisciplinaires croisent pragmatique post-gricéenne, analyse du discours, rhétorique argumentative et sociolinguistique critique pour explorer la normativité, l’implicite et la modalité dans les discours juridiques, législatifs et institutionnels. Ses recherches, publiées dans des revues de référence (Classiques Garnier, Sémiotiques, M@GM@, Revue algérienne des lettres, etc.), portent sur les tensions entre autorité normative et polyphonie interprétative dans les corpus plurilingues.

 

Bernard Troude

magma@analisiqualitativa.com

Artiste, ingénieur et docteur en Sciences de l’art et philosophie (Panthéon-Sorbonne, 2008) dont la pratique et la recherche se situent à la croisée de l’art, de l’architecture et des sciences humaines. Formé également en sociologie (Université Paris Descartes), il est chercheur associé au CEAQ et collaborateur scientifique à l’Observatoire des Processus de Communication. Ses travaux portent sur la fin de vie, la plasticité cérébrale, l’éthique médicale et les représentations sociales, et s’appuient sur un réseau de collaborations internationales (Paris, Chicago, New York). Il est membre du comité de rédaction de la revue M@GM@.

 

Abstract

Dans l’horizon mouvant des subjectivités contemporaines, où les repères traditionnels s’effritent sous l’effet conjugué des flux migratoires, des révolutions technologiques et des recompositions sociopolitiques, la question de l’identité se pose avec une urgence renouvelée. Loin de constituer une essence immobile ou un héritage monolithique, elle se révèle comme un processus inlassablement dialectique, traversé par les tensions entre ancrage et déracinement, singularité et hybridation, affirmation souveraine et négociation permanente avec l’altérité. C’est à cette dynamique protéiforme que ce premier volume du numéro monographique de la revue M@GM@ consacre ses réflexions, sous le signe évocateur du redessinement des frontières.

 

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Lorenz Stoer (1530-1621), Geometria et Perspectiva (Augsburg: Michael Manger, 1567), University of Tübingen.

Dans l’horizon mouvant des subjectivités contemporaines, où les repères traditionnels s’effritent sous l’effet conjugué des flux migratoires, des révolutions technologiques et des recompositions sociopolitiques, la question de l’identité se pose avec une urgence renouvelée. Loin de constituer une essence immobile ou un héritage monolithique, elle se révèle comme un processus inlassablement dialectique, traversé par les tensions entre ancrage et déracinement, singularité et hybridation, affirmation souveraine et négociation permanente avec l’altérité. C’est à cette dynamique protéiforme que ce premier volume du numéro monographique de la revue M@GM@ consacre ses réflexions, sous le signe évocateur du redessinement des frontières.

Inspiré par l’appel à publication qui en a tracé les contours, ce recueil réunit onze contributions qui, par leur diversité épistémologique et leur ancrage empirique, dessinent une cartographie subtile des mutations identitaires à l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. Des désordres cognitifs et affectifs inhérents à la racialisation (Julien Quesne) aux épreuves ontologiques de l’identité personnelle dès la conception (Bernard Troude), de la tension féconde entre ipséité et altérité (Yasmine Ben Mahfoudh) à la matérialité chorégraphiée des limes contemporains (Ala Eddine Bakhouch), ces textes explorent les substrats multiples du soi. Ils s’étendent ensuite aux expériences de l’exil et de la mobilité : reconstruction subjective des étudiants réfugiés dans les dispositifs universitaires français (Anne Prunet et Clémence Jensen), repli identitaire face à la mondialisation migratoire au Gabon (Pierre Romuald Bapia Ba Ndja), impasses symboliques des frontières matérielles (Denis Fleurdorge), réappropriation créative de la mémoire carthaginoise en Tunisie (Mariem Bedbabis), ancrages précaires des trans-migrants subsahariens au Maroc (Zineb Jorfaoui et Mohamed Haytoumi), modélisation systémique des processus chaotiques (Rocco Morelli), et enfin, effets identitaires de la fermeture frontalière sur les acteurs de l’économie informelle (Fatima Zahra Meskali).

À travers ces voix plurielles, issues de contextes géographiques et disciplinaires contrastés – Amérique du Nord, Europe, Maghreb, Afrique subsaharienne –, émerge une conviction partagée : les frontières, qu’elles soient géographiques, symboliques, corporelles ou discursives, ne sont jamais de simples lignes de démarcation, mais des espaces vivants de négociation, de résistance et de réinvention. Elles configurent le sujet en le confrontant sans cesse à l’entre-deux : entre héritage et innovation, exclusion et inclusion, fixation et fluidité.

Ce volume, premier d’une série en deux tomes, ambitionne ainsi non seulement de documenter ces recompositions, mais de convier le lecteur à une méditation profonde sur la condition humaine contemporaine. Qu’est-ce qu’être soi, lorsqu’autour de soi les limes se déplacent, se brouillent ou se durcissent ? Comment le sujet, pris dans ces turbulences, parvient-il à tisser une continuité subjective au milieu des fragmentations ? En articulant approches phénoménologiques, sociologiques, anthropologiques, politiques et sémiotiques, les contributions ici rassemblées esquissent des éléments de réponse, tout en soulignant la richesse inachevée de cette interrogation.

Puisse ce recueil, par la rigueur de ses analyses et la sensibilité de ses regards, contribuer à éclairer les chemins sinueux de l’identité dans un monde en perpétuelle mutation, et convier chacun à une réflexion renouvelée sur les frontières qui, en nous délimitant, nous ouvrent paradoxalement à l’altérité.

Ala Eddine Bakhouch

Directeur du numéro monographique

Les territoires de l’identité, incessamment remodelés par les aléas de l’histoire, les recompositions sociales et les flux migratoires contemporains, interrogent avec une acuité renouvelée la permanence et la mutabilité des limes qui délimitent les appartenances individuelles et collectives. Loin d’être une essence immuable ou une substance ontologique figée, l’identité s’inscrit dans une dialectique perpétuelle entre continuité et rupture, héritage et métamorphose, affirmation souveraine et hybridation exogène. Dans un monde marqué par l’accélération des transformations technologiques, la pluralisation des affiliations et la porosité accrue des frontières – qu’elles soient géographiques, symboliques ou corporelles –, elle se révèle comme un champ de forces en constante recomposition, où se nouent aspirations, résistances et négociations.

Ce premier volume du numéro monographique de la revue M@GM@, consacré à ces mutations identitaires sous le signe du redessinement des frontières, réunit onze contributions qui, par leur diversité épistémologique et leur richesse empirique, éclairent les multiples facettes de cette dynamique. Issues d’horizons géographiques et disciplinaires variés – de l’Amérique du Nord à l’Afrique subsaharienne, en passant par le Maghreb, l’Europe et les contextes exiliques –, ces études convergent vers une interrogation commune : comment le sujet contemporain, pris dans l’entre-deux de l’ancrage et de la fluidité, négocie-t-il son être-au-monde ?

Julien Quesne ouvre le volume par une analyse ontologico-politique rigoureuse de la race comme « identité impossible », révélant les désordres cognitifs et affectifs qui sous-tendent la déshumanisation noire et les limites des approches constructivistes de la blanchité. Bernard Troude, quant à lui, remonte aux origines biologiques et sociales de l’identité personnelle, en explorant ses épreuves dès la conception fœtale et les tensions entre déterminismes et choix subjectifs. Yasmine Ben Mahfoudh propose une réflexion philosophique sur l’identité plurielle, articulée autour de la tension féconde entre ipséité intime et altérité éthique. Ala Eddine Bakhouch, dans une approche phénoménologique et matérielle, examine les « chorégraphies de la présence » à travers lesquelles espaces, objets et corps performent et fragmentent les limes identitaires.

Les contributions suivantes s’ancrent dans des contextes de mobilité et d’exil. Anne Prunet et Clémence Jensen analysent la reconstruction identitaire des étudiants réfugiés dans les DU Passerelle français, où langue et écriture deviennent des actes performatifs de subjectivation. Pierre Romuald Bapia Ba Ndja éclaire le repli identitaire en Afrique subsaharienne à travers l’expérience gabonaise, où mondialisation migratoire et néolibéralisme exacerbent les tensions xénophobes. Denis Fleurdorge, par l’étude du pont sur l’Oyapock, met en lumière les impasses symboliques et politiques des frontières matérielles. Mariem Bedbabis explore la réappropriation créative de l’héritage carthaginois en Tunisie comme résistance douce à l’effacement mémoriel. Zineb Jorfaoui et Mohamed Haytoumi interrogent l’ancrage identitaire des trans-migrants subsahariens dans les non-lieux de transit marocains. Rocco Morelli propose un modèle systémique et chaotique des processus identitaires, tandis que Fatima Zahra Meskali clôt le volume en analysant les effets de la fermeture frontalière Maroc-Ceuta sur l’identité hybride des bragdī.

Ensemble, ces textes dessinent une cartographie nuancée des mutations identitaires contemporaines : de la racialisation à la matérialité corporelle, de l’exil universitaire au campement migratoire, de la mémoire patrimoniale aux recompositions territoriales induites par la pandémie. Ils soulignent, avec une profondeur interdisciplinaire, que les frontières ne sont jamais de simples lignes de démarcation, mais des espaces vivants de négociation, d’exclusion et de réinvention. En interrogeant la performativité du discours, la plasticité des catégories, les affects collectifs et les substrats matériels du soi, ce volume contribue à penser l’identité non comme un donné, mais comme un processus inachevé, toujours en tension entre fixation et ouverture.

Que ces onze voix, convergentes dans leur diversité, invitent le lecteur à méditer cette question lancinante : qu’est-ce qu’être soi, lorsqu’autour de soi les frontières – visibles ou invisibles – ne cessent de se redessiner ?

Pr. Bernard Troude

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