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Art versus Société : l'art doit changer le monde / Sous la direction d'Hervé Fischer / Vol.18 N.3 2020

Une jeune fille de 19 ans de la caste des Intouchables a été brutalement violée : sa langue a été coupée *

Nalini Malani

magma@analisiqualitativa.com

Née à Karachi en 1946, Nalini Malani vit et travaille à Mumbai. A l’aide d’icônes féminines de la mythologie indienne (Radha, Sita) ou occidentale (Medée, Cassandre) ou bien de personnages comme Alice au pays des merveilles, elle explore la condition féminine d’hier et d’aujourd’hui. En 2007, elle est choisie par Robert Storr pour faire partie de la 52ème Biennale de Venise et réalise un ensemble de « reverse paintings », une technique issue de la tradition indienne de la peinture sous verre. Ce même été, l’IMMA à Dublin, lui consacre une rétrospective, accompagnée d’un catalogue, présentant peintures, dessins, vidéos et projections. Elle a également été exposée au Stedelijk Museum à Amsterdam, au Centre Pompidou à Paris et au Castello de Rivoli à Turin. En 2013, elle est récompensée par le prix de la culture asiatique de Fukuoka pour les Arts et la Culture. En mai 2019, elle remporte la septième édition du prix Joan Miró, décerné par la Fondation Joan Miro et La Caixa, pour l'ensemble de son œuvre.

 

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Animation disponible sur Instagram @nalinimalani « From the notebook series 2020 » ©℗Nalini Malani.

Après le viol, Tereus dans sa rage a coupé la langue de Philomela et l’a abandonnée dans la cabane.

 

Qu’est-ce qui a changé depuis ?

 

Dans les Métamorphoses d’Ovide, voici le discours de défi de Philomela.

Mais cette fille de la caste des Intouchables pourra-t-elle un jour avoir la chance de parler ?

Sa langue coupée n’arrêtera pas de parler. Le subalterne doit parler.

 

Pourtant ma vengeance prendra son temps,

et conviendra à la bassesse de votre crime infernal.

Mon moi, abandonné et dépourvu de honte,

dans le vaste monde que vos actions proclameront;

ou bien que je sois prisonnier dans cette tanière solitaire,

obscurci, et enseveli à la vue des hommes,

ma voix triste les rochers apitoyés bougeront,

et mes plaintes résonnent à travers le bosquet.

Écoute-moi, mon Dieu! et, si un Dieu est là,

qu’il me regarde et accepte ma prière[1].

 

* Traduit de l’anglais par Hervé Fischer.

 

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Notes

 

[1] Nalini Malani dans son texte en anglais adopte une traduction d’Ovide en anglais datant du XVIIIe siècle, dont nous avons repris la traduction en français ancien sur le site web: fr.qaz.wiki/wiki/Philomela.