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  • L'observation participante
    Orazio Maria Valastro (sous la direction de)
    M@gm@ vol.1 n.1 Janvier-Mars 2003

    LE PARTICIPANT-OBSERVATEUR DANS L'INTERVENTION HUMAINE


    Hervé Drouard

    HDRO101688@aol.com
    Praticien-chercheur-formateur; Docteur en Sociologie; titulaire du DECEP (diplôme d'Etat de Conseiller d'Education Populaire); Président-fondateur de l'IRASS (laboratoire de recherche mixte: praticiens et universitaires); Fondateur de l'Affûts (Association française pour des formations doctorales en travail social qui regroupe des praticiens-chercheurs du social); co-concepteur de "l'Université de pays Sèvre et Logne", région du vignoble nantais; Rédacteur en chef de la revue FORUM, revue francophone de la recherche en travail social; responsable de la commission recherche à l'AFORTS (Association Française des organismes de Formation et de Recherche en travail social).

    INTRODUCTION: PRATICIEN/EXPERT/MILITANT
    Le paradoxe de l'Education émancipatrice: vers la praticienneté

    " ... L'héritage paradoxal des Lumières pourrait se formuler ainsi: il revient de droit aux praticiens de quelque chose de s'ériger en théoricien de cette pratique, aux militants de rendre raison de leur adhésion ... ".

    "Mais d'autre part, ce discours de la générosité émancipatrice dont la révolution française va prendre, au long des siècles, l'allure de plus en plus assurée d'une entreprise multiforme au sein de laquelle, sortis des rangs des émancipateurs, rivalisent des chargés d'affaire, véritables connaisseurs et bientôt dépositaires exclusifs du savoir sur l'émancipation. Leur point commun au sein même de l'irréductibilité de leurs propos est d'ériger en véritable paradigme de la connaissance sur les choses humaines qu'elles sont bien des choses, que l'action des acteurs n'est saisissable que par sa réduction méthodique à l'agencement des agents, que les intéressés sont les derniers à pouvoir être qualifiés pour parler de ce qui les intéresse, que le lieu de l'homme est radicalement autre mais qu'il est, sous certaines conditions, explorable par qui en a reçu qualité. Emanciper devient l'apanage professionnel des sociologues, psychanalystes, socianalystes, sociolinguistes, etc.".

    HAMELINE Daniel, 1985, in DU DISCOURS A L'ACTION les sciences sociales s'interrogent sur elles-mêmes (sous la direction de BOUTINET J.P., Paris, l'Harmattan, Logiques Sociales).

    Je partirais de ce texte de Daniel HAMELINE, Professeur honoraire de l'université de Genève, grand pédagogue et "pédologue", s'il en fût, on me pardonnera ce néologisme qui m'évite d'employer le terme toujours tabou en France de "praxéologue".

    Les sciences humaines ont été obligées d'inventer récemment le terme et la technique "d'observateur-participant" parce qu'on avait mis l'observateur hors du monde et créé le chercheur professionnel alors que depuis le début des choses le participant s'est fait observateur (sans quoi nous ne serions pas là) et chaque petit d'homme refait consciencieusement le parcours sinon personne pour écrire et lire aujourd'hui quoi que ce soit!

    Adam et Eve que font-ils au jardin d'Eden? Les petits d'homme que font-ils au début de leur vie? Ils observent (au deux sens du terme: observance et observation) leur corps et son environnement et la loi fondatrice de l'humain, l'interdit de la toute-puissance et de la toute-jouissance. Jusqu'à ce qu'un tiers vienne aiguiser leur curiosité, pousser aux limites, à la transgression "vous serez comme des dieux, vous connaîtrez tout et vous pourrez tout" [1]. Comment résister à un tel appel? La curiosité-aiguillon apporte en effet et pour toujours la connaissance, la conscience du vrai et du faux, du bien et du mal, de l'évident et du caché, du transparent et du secret. Elle découvre et décachette indissociablement ce qui m'est utile et ce qui me fait mal, ce qui trompe et fait souffrir l'autre. Elle s'inquiète du mystère des origines monstrueusement aléatoires.

    Tout homme est donc participant et observateur de sa vie et du monde pour exister, survivre, grandir. Dans le même mouvement, il observe les faits et les apprécie (là encore le mot a gardé sa double signification avec ses connotations morales et plutôt négatives: on n'aime guère recevoir des "observations"). Mais il y a des degrés, des modalités, des orientations, des inclinations, des choix. La société valorise aujourd'hui, soi-disant pour l'efficacité! la curiosité productive, super-orientée, le savant ignare et sans conscience morale. Je prétends qu'il est temps de rétablir chaque homme dans sa dignité de praticien-chercheur-enseignant dans tous les domaines de sa vie et particulièrement dans cette partie essentielle qu'est le métier, la profession. Nous développerons donc successivement: 1) Pourquoi la participation d'abord? 2) Pourquoi et comment une "observation scientifique"? 3) Pourquoi et comment des praticiens-chercheurs?

    1) TOUS PARTICIPANTS ET TOUS OBSERVATEURS

    Pourquoi la participation d'abord et au début de tout? Mais impossible à détacher de l'observation au point qu'il vaudrait mieux parler de "participation-observation" ou de "participation par l'observation"? Parce que c'est la vie même, condition de la survie, de notre développement physique, intellectuel, moral. Dès notre premier instant, notre corps "observe" la loi de ses gènes et le bain de son environnement physico-chimique et affectivo-culturel qui vont le constituer individu unique, fort ou faible, curieux de ceci ou de cela, plus chercheur ou plus cherché.

    J'estime avoir eu la chance (mais combien d'autres encore plus que moi!) d'avoir pratiqué plusieurs métiers, d'avoir vécu dans des lieux très variés, d'avoir réalisé ou dirigé des recherches très nombreuses et sur des objets très divers. Je ne peux énumérer cet inventaire à la Prévert mais je crois important de donner quelques indications pour montrer l'importance de l'implication, la productivité du couple "participant-observateur". Dans l'ordre chronologique et pour les métiers d'abord: enfant-vacher, moniteur de colonie de vacances ou de patronage, travailleur à la chaîne en usine, "gardien de foyer nord-africain", matelot-secrétaire dans la Royale (Marine Nationale), Directeur d'une école primaire à classe unique, animateur socio-culturel d'enfants ou de jeunes ou d'adultes de divers milieux, navigant au Commerce (aide-cuistot), peseur et compteur sur le port, gardien de bateaux, chercheur sur le terrain, chercheur en laboratoire, enseignant-chercheur à la faculté de sociologie d'Alger, formateur-chercheur dans un centre de formation au travail social, en même temps que chargé de cours dans plusieurs universités, formateur en formation continue pour plusieurs métiers et à des niveaux différents, concepteur d'un dispositif d'initiation et de formation par la recherche, Rédacteur en chef de Forum, revue de la recherche en travail social.

    Pour les lieux de vie: villages et bourgs très ruraux, quartiers de grandes villes portuaires ou non, centres ville ou banlieues, ex-village colonial collé à une cité mixte (coopérants de plusieurs pays et travailleurs algériens).

    Chaque ensemble professionnel ou chaque installation nouvelle oblige à une adaptation, une remise en cause et en distance qui aiguise la sensibilité et l'observation du nouvel environnement. Tous les sens sont aux aguets, toutes les informations ont besoin d'être décodées, classées, traitées pour élaborer des réponses correctes et satisfaisantes pour les uns et les autres. Nul besoin de techniques d'observation, de méthodes formalisées, d'hypothèses formulées: tout fonctionne dans l'inchoatif et, selon les personnalités, le temps est plus ou moins long pour se retrouver comme un poisson dans l'eau et se faire admettre comme un pair.

    2) POURQUOI ET COMMENT UNE OBSERVATION "SCIENTIFIQUE"?

    On aura compris que nous avons parlé jusqu'ici de l'observation spontanée, vitale, fondamentale, partagée, commune. Comment s'est imposée l'idée qu'il y avait de meilleurs observateurs, qu'on pouvait apprendre à mieux observer, que la curiosité naturelle pouvait s'aiguiser plus encore et se concentrer sur des questions particulières et amener ou pas à des actions nouvelles. Toutes les civilisations connues se sont construites sur le partage des arts et des techniques que certains ont initiés, enseignés, commandités et le plus grand nombre mis en oeuvre anonymement.

    Le démon de la curiosité a poussé Prométhée à s'emparer du feu du ciel, Noé à faire du vin et un bateau-monde, Imothep à concevoir des pyramides et Ptolémée à placer les astres dans le ciel. L'observation, l'expérimentation, la notation - dès que l'écrit a été inventé - ont mis à distance, en doute les certitudes admises, les rites transmis et renouvelé et généralisé des pratiques nouvelles. Des noms, des personnalités de légende ou d'histoire émergent donc qui vont inciter d'autres hommes à poursuivre, à parfaire le travail: des lignées de savants se lèveront à chaque génération.

    Les classes des savants-inventeurs, des artisans-réalisateurs, des apprentis et apprenants en tous genres, des simples exécutants vont s'en donner à cœur joie, se classant, se surclassant, se déclassant; classant leurs savoirs, l'accumulant comme un trésor, le cachant aux non-initiés. Car le savoir donne pouvoir, honneur, argent, prestige à la mesure de son origine qu'on a intérêt à tenir pour divine, secrète, réservée, non communicable au commun des mortels. Qui croit détenir les lois du monde domine les autres humains.

    L'idée que ce savoir accumulé par quelques-uns doit être partagé à tous a mis beaucoup de temps à germer. Hormis un type de savoir, soi-disant essentiel et utile aux ignorants: celui qui permet à chacun d'accepter sa condition, de rester à sa place, d'obéir aux puissants qui savent; le savoir religieux minimum qui enracine dans le sacré et l'insondable, le vrai à croire et le bon à faire pour les autres ici et maintenant (et pour un salut personnel hypothétique dans un au-delà incertain!).

    Quand les conditions de la circulation ont été créées, l'aspiration à apprendre autre chose que l'imposé ou le directement utile s'est répandue et les possibilités d'acquérir se sont multipliées; il n'y a pas si longtemps et pas encore pour chacun, loin s'en faut! Que s'est-il passé aussitôt? De nouveaux "clercs" ont décidé ce qui pouvait être enseigné, à qui et selon quelles modalités. Ils ont édicté comment on construisait les savoirs, on les formalisait et faisait reconnaître; qui étaient légitimes pour cela et pouvaient parler et ceux qui n'avaient rien à dire.

    Et c'est ainsi que d'autres monopoles ont surgi, d'autres chiens de garde, d'autres classements: des types de savoirs fondamentaux, supérieurs, ou des inférieurs; des valorisés ou des méprisés, des nobles ou des roturiers. Des hiérarchies subtiles entre des formations, des métiers, des écoles; et à l'intérieur, des niveaux et des degrés à l'infinie.

    Bien sûr que la recherche et l'enseignement méritent d'être des vrais métiers! Que des techniques se sont affinées; des procédures, des méthodes ont peu à peu démontré leur efficacité pour expliquer et comprendre; que des disciplines doivent s'installer garantissant rigueur, accumulation, progression!

    Mais en durcissant certaines positions, par exemple, la rupture épistémologique, ou l'obligation du découpage de l'objet, de son isolation, de la distance maximum, on a oublié, surtout dans les sciences humaines et sociales que le sujet est toujours impliqué, que le chercheur fait partie du monde dans lequel il cherche, qu'il a toujours un rapport, plus ou moins secret, un intérêt ou un compte à régler, un enjeu personnel. L'objectivité annoncée, promise, se révèle souvent un leurre, une illusion; la subjectivité déniée, refoulée, un atout.

    A quelles conditions la proximité, la connivence, l'expérience de l'objet peuvent apporter des compréhensions, des harmoniques, des complexités nécessaires avant toute tentative d'intervention contrôlée sur l'objet et son environnement? A contrario, de quoi se privent les chercheurs-experts qui prônent la méfiance systématique vis-à-vis des praticiens forcément immergés dans leurs routines, leur auto-justification, leur corporatisme conservateur? Qui est le plus conservateur et intéressé à préserver les privilèges accolés à son expertise?

    Heureusement, se lèvent toujours, parmi les "vrais" savants, des chercheurs passionnés qui avouent la modestie de leur savoir, qui se soucient de tous les points de vue, qui mobilisent et associent tous les acteurs, partagent leurs doutes et hypothèses, leurs techniques et leur savoir-faire.

    Je ne serai jamais assez reconnaissant à mes maîtres à penser et à chercher qui m'ont appris patiemment et sur le terrain l'oscillation permanente entre le près et le loin, le microscope et le panoramique, le juste équilibre et la bonne distance. J'étais encore animateur en milieu maritime quand mon organisation employeur décide de commanditer une vaste étude sur "l'univers du marin français". Le directeur de recherche, parisien mais d'origine haïtienne, au lieu d'embaucher une armée de sondeurs plus ou moins formés et polyvalents a eu l'idée de mobiliser et de former le plus possible de personnes, praticiens ou en proximité avec les marins de la pêche ou du commerce; de les associer à l'ensemble du processus de recherche: monographies préalables, - soit de villages côtiers, de ports, de bateaux, de biographies ou généalogies - interviews en profondeur de différents types et grades; analyses en groupe, construction d'hypothèses, élaboration de questionnaires sur l'ensemble des thèmes intéressants, passation, dépouillement; seule, la rédaction a été confiée à une équipe restreinte dont les membres (j'en étais) s'étaient formés sur le tas en participant à l'ensemble. Je n'avais pas fait d'études en sociologie et comme beaucoup à cette époque dans le secteur du travail social (les années 60), j'étais plutôt attiré par le psychologique, le relationnel.

    Ces trois années de travail sur le terrain m'ont appris le métier de sociologue et de psycho-sociologue. Les 3années de faculté ensuite ont seulement mis en place les concepts déjà manipulés et ouverts d'autres horizons. Je n'ai jamais oublié la double leçon tirée de cette expérience: la primauté de la pratique, de l'immersion dans l'objet et la continuité entre l'action et la recherche. La pensée naît de l'action, de la manipulation des objets et cette évidence pour le bébé demeure pour l'adulte. Dans mon métier d'enseignant ou de formateur, j'ai toujours associé et alterné terrain et théorisation; conçu un dispositif de formation par la recherche; rapproché consignes et mises en application; fait choisir des thèmes motivants et implicants, promu une recherche "en pratiques", en soins infirmiers, en travail social, en formation, ... .

    3) POURQUOI ET COMMENT DES PRATICIENS-CHERCHEURS-DIFFUSEURS?

    Affirmer que tout praticien de quelque chose - et qui ne le serait pas? - peut et doit accéder à la recherche et à la transmission de ses savoirs apparaît à la plupart des gens sérieux comme une galéjade. Même après l'invention de la VAE, validation des acquis de l'expérience par l'université. Comment un béotien, englué dans l'action quotidienne pourrait entrer en concurrence avec un savant qui consacre sa vie à s'informer, à observer, à écrire?

    Pourtant de grands penseurs comme Marx, Bachelard [2], Paul Valéry ont rêvé que chacun puisse apporter sa pierre au savoir universel, à partir de sa position vitale, famille, habitat, profession, engagements divers. Oui, l'expérience apprend, l'expérience construit du savoir et du faire-savoir. Quel genre d'apport spécifique et essentiel? Et à quelles conditions?

    Les mêmes qui vont dénoncer les technocrates qui prennent des décisions souvent forcées, inadaptées à la complexité de la situation parce qu'ils ne connaissent rien au terrain, n'ont pas la compréhension intime des réalités, refusent justement aux praticiens le droit d'apporter cet éclairage de l'intérieur, forcément multi-référentiel et transdisciplinaire, nécessaire à l'action. Quand un praticien (par exemple un travailleur social) se fait étudiant, et propose un objet par trop enraciné dans sa pratique et orienté vers une transformation de celle-ci, son directeur de recherche va le tirer vers l'orthodoxie mono-disciplinaire que lui maîtrise. Qu'il soit le pédagogue du détour théorique, de la multiplicité des points de vue, de la mise en distance temporaire, soit! c'est son travail! Mais qu'il arrive à persuader l'étudiant qu'il faut faire table rase de son passé, de son implication, de son expérience, de son souci de l'action à améliorer, n'est-ce pas un assassinat? Un crime contre des professions qui ont, toutes, besoin de chercheurs "endogènes" (issus des rangs professionnels) pour progresser, se faire reconnaître, défendre leur utilité sociale.

    Au niveau de la diffusion et surtout de la vulgarisation dont on sait qu'elle manque cruellement parce que les savants n'ont besoin que de publier dans les revues scientifiques et qu'ils savent rarement traduire en langage accessible au tout-venant les résultats de leur recherche, les praticiens-chercheurs sont bien placés - s'ils refusent de jouer au nouvel abscons! - pour expliquer simplement leur démarche et leurs conclusions. C'est à eux de lancer et d'alimenter les revues de vulgarisation. Paradoxalement, ces dernières semblent peu rentables et peu prestigieuses. Nous n'avons l'expérience que du secteur social.

    Nous avions lancé une revue régionale "Action Sociale en Auvergne" qui permettait de valoriser les recherches faites par nos étudiants, dans le cadre de leur initiation; ou celles faites par les praticiens sur leur terrain, à l'occasion de formations continues ou de nécessité de leurs services. Chaque groupe de recherche ou chaque auteur apprenait ainsi à rédiger une note de synthèse ou un article de vulgarisation destiné à leurs collègues ou à la population concernée par l'étude. Les impératifs financiers et surtout l'investissement demandé au rédacteur en chef, le manque de foi en cette action de longue durée chez les financeurs ont eu raison, au bout de 5 ans, de cette tentative, au moment où je partais en retraite.

    La revue FORUM [3], de dimension nationale et de parution trimestrielle, lancée, il y a trente ans par le Comité de liaison des centres de formations supérieures ou continues en travail social et qui s'était donné progressivement les mêmes objectifs survit toujours avec difficulté. Elle vient de fêter son centième numéro intitulé "Construire les savoirs professionnels du travail social". Bien qu'il soit difficile de mesurer son lectorat: elle aboutit surtout dans les centres de formation ou les organismes où elle peut être consultée par de nombreux étudiants et praticiens, sa rentabilité a du mal à être assurée et les gestionnaires ne semblent pas avoir le feu sacré pour chercher et trouver les solutions satisfaisantes.

    Pourtant si l'on se réfère aux dernières orientations du CNRS, il semble que les choses sont en train de bouger dans le sens que nous préconisions depuis longtemps, et sur de nombreux points relevés ici: enjeux de la recherche, liaisons avec les acteurs, transdisciplinarité - en écho aux différentes sortes de "constructivistes" qui prônent une approche holistique et non atomistique. On nous pardonnera donc en guise de conclusion et de prospective de citer longuement des extraits de ce document et de souligner quelques passages.

    EXTRAITS DU SCHEMA STRATEGIQUE DU CNRS 2002 [4]
    (Texte complet à: http://www.cnrs.fr/Strategie/DocPDF/Projetetab.pdf.
    Sélection faite par J.L.Le Moigne, 30 juin 2002, extraite des 14 premières pages du document.)


    "Les distinctions classiques méritent d'être repensées."

    "Le premier registre est celui de la distinction entre 'recherche fondamentale' et 'recherche finalisée' ".

    "Voir la recherche non comme un espace distribué en différents secteurs, plus ou moins étanches les uns aux autres, mais comme un espace intégré d'activités.

    Les différents champs de savoir ne se développent pas 'hors contexte': ils entretiennent des relations étroites avec des savoir-faire, des moyens de production, des lieux et des intérêts multiples qui contribuent à les modeler et à orienter leur développement qui résulte ainsi du croisement de plusieurs logiques de production et d'appropriation du savoir, dont les logiques instrumentales font partie.

    Les scientifiques ne sont ni les seuls intervenants, ni les seuls juges dans ce champ de pratiques. Ils savent par exemple que leur activité est de plus en plus tenue de se développer dans des directions et selon des temporalités qui sont influencées, sinon prescrites, par des exigences sociales, politiques et économiques.

    La démarche de recherche se trouve ainsi conduite à incorporer, de façon délibérée et explicite, la prise en charge de ses propres débouchés sur le terrain de l'action, et elle en accompagne les effets 'retour' sur le terrain de la connaissance.

    Mais, il est essentiel, réciproquement, de prendre en compte les attentes et réponses de l'environnement dans la construction des objets du travail de connaissance.

    Cette situation ne change pas la nature du processus d'élaboration des connaissances en tant que tel, mais elle déplace les repères traditionnels permettant de distinguer entre une recherche soucieuse en principe exclusivement d'avancée théorique et une recherche orientée vers des implications plus directement pratiques: en fait, il faut voir la recherche non comme un espace distribué en différents secteurs, plus ou moins étanches les uns aux autres, mais comme un espace intégré d'activités.

    Le second registre, est celui de la distinction entre les 'priorités théoriques' de la connaissance et les 'outils de la recherche'. En ouvrant le champ des possibles, se renouvellent les méthodologies, et donc les problématiques de la recherche.

    La définition des thématiques de recherche est désormais de plus en plus dépendante des choix faits en matière d'infrastructures de recherche.

    Il n'est plus possible de penser celles-ci comme le domaine de l'intendance, par nature seconde et subordonné par rapport aux choix qui engagent l'avancée de la connaissance.

    Les sciences du vivant, les sciences et technologies de l'information, les sciences de l'environnement, la physique et l'astrophysique aussi bien que les sciences de l'homme et de la société vont se construire de plus en plus à partir des données nouvelles que les plates-formes technologiques leur permettent de constituer. Celles-ci, en ouvrant le champ des possibles, renouvellent les méthodologies, et donc les problématiques de la recherche autant que ses modes d'organisation, à l'échelle nationale et internationale.

    Le troisième registre, et probablement le plus fondamental, est celui de la distinction entre des disciplines distinctes, assignées à des 'champs' et à des 'méthodes' spécifiques et disjoints, au moins relativement, les uns des autres.

    Une série de repères fondateurs de la pensée et de l'action se trouvent au aujourd'hui bousculés par l'avancée des connaissances.

    Les grands secteurs de l'innovation scientifique se situent définitivement à l'intersection de plusieurs espaces disciplinaires dont ils font, du même coup, voler en éclats les frontières traditionnelles.

    Ainsi le champ des sciences et technologies de l'information et de la communication, qui se constitue non seulement dans une dynamique des sciences de l'information et des systèmes, mais aussi dans l'association des sciences humaines et sociales, des sciences du vivant, des sciences cognitives ou des nanosciences, illustre parfaitement ce mouvement de transdisciplinarité (on pourrait dire la même chose du secteur de l'éducation ou du secteur social).

    De façon plus générale, le développement de nouveaux secteurs de connaissance à l'interface des disciplines ne laisse désormais de côté aucun département scientifique.

    La construction coopérative d'objets transdisciplinaires doit notamment permettre de redonner toute leur place aux sciences humaines et sociales, au-delà d'une simple contribution aux autres secteurs de la recherche en termes d'humanisation de la science.

    En effet, l'intervention de ces sciences dans le processus interdisciplinaire ne concerne pas seulement les 'enjeux sociaux' de la science, ni les 'implications des nouvelles technologies'. Elle entre de plain-pied dans la construction des objets de recherche eux-mêmes, dès lors qu'une série de repères fondateurs de la pensée et de l'action se trouvent aujourd'hui bousculés par l'avancée des connaissances".


    NOTES

    [1] Genèse 2,5 - On rappellera que le verbe 'connaître' en hébreu veut dire aussi bien nommer les choses, pénétrer leur intimité (coucher avec sa femme), s'en emparer et en jouir.
    [2] Bachelard G. - 1935, le nouvel esprit scientifique.
    [3] Forum, Revue de la recherche en travail social, aforts@aforts.fr.
    [4] Nous renvoyons au Compte rendu de l'Université d'été de Nantes, septembre 2002 qui rassemblait Edgar Morin, Jean-Louis Le Moigne, Jacques Ardoino, Marcel Jollivet et alii.


    REPERES BIBLIOGRAPHIQUES

    Outre ces grands noms et leurs nombreux ouvrages et articles, nous ajoutons quelques repères bibliographiques sur les éléments que nous avons traités.

    BOUQUET B., DROUARD H., DUCHAMP M., 1989 La recherche en travail social, Centurion.
    DROUARD H., LEGROS M., PASCAL H., 1991, Sociologie et intervention sociale, Centurion.
    Collectif, 1999, Praxéologie et recherche en travail social, contribution à un débat, édit. ONFTS; article de H.Drouard "Pourquoi une praxéologie?" pp 11 à 20.
    MACKIEWICZ MP., (sous la direction de), 2OOO, Praticiens et chercheurs, parcours dans le champ social, (préface de H.Drouard), L'Harmattan.

    Participation au "Manuel d'initiation à la recherche en travail social", 1997, ENSP.

    Recueil de poèmes: "N'empêche pas la musique" Editions St Germain des Près.
    - "Chansons d'amour et d'insomnie", La Nouvelle Proue.

    Romans: "Le Galopeur", éditions Odyssée.
    - "Les Chercheurs" (en cours d'édition).

    Articles parus dans de nombreuses revues scientifiques ou de vulgarisation.
    "Stratégie de développement régional de la recherche en travail social", Produire les savoirs du travail social, actes du 3ème colloque de la recherche en travail social, Comité de liaison des centres de formation permanente et supérieure en travail social, 1987.
    "Vers un doctorat en travail social", Prospective et travail social, actes du colloque de Toulon, Université du Var, 7 & 8 oct. 1993.
    "Problèmes de discipline professionnelle", Agora, débats/jeunesse n.5, L'Harmattan, 1996.
    "Construction des savoirs par les praticiens-chercheurs", Programa intensivo Erasmus E-4071 "La construccion y transmision de los saberes en el trabajo social", Universidad de valencia, Juin 1997.

    Recensions régulières des livres ou recherches portant sur le social dans "Bulletin du livre en français" e.net (BCLF) et Journal de l'Action Sociale http://lejas.com.


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    M@gm@ ISSN 1721-9809
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