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Une forme de réalité sociale qui s’appelle l’erreur / Sous la direction de Bernard Troude / Vol.19 N.3 2021

Erreur et mémoire

Bernard Troude

magma@analisiqualitativa.com

Collaborateur associé de l’Observatoire Processus communications, fait partie du comité éditorial de la revue M@GM@. Chercheur en neurosciences et sciences cognitives - Chercheur en sciences des fins de vie (inscrit à “Espace éthique Île-de-France” Université Paris-Sud) - Laboratoire LEM: Laboratoire d’Éthique Médicale et de Médecine légale: EA 4569 Descartes Paris V. Chercheur en sociologie compréhensive - C E A Q: Centre d’étude sur l’Actuel et le Quotidien (UFR Sciences Sociales) Descartes Paris V. Professeur en sciences de l’art (Tunisie & Maroc). Professeur en sciences du Design et Esthétique industrielle.

 

Abstract

Imaginons ce schéma de l’erreur devenant cet outil précieux pour une démarche compréhensive en introduisant que tout raisonnement didactique sera limité selon trois principes : dimensionnel, culturel et cognitif. Certains humains semblent surtout actifs pour insérer dans leur comportement habituel le sujet des biais cognitifs ou plutôt des tentations de fausses références. Il est donc des phénoménologies mentales - comme toutes les erreurs - qui échappent à nos consciences directes. Cependant ignorer les neurosciences serait une erreur pour l’avenir en sciences sociales de nos compréhensions. En ce sens, la sociologie cognitive se conçoit sur une identité et les programmes de travaux de psychologues qui, sur les questions de cette erreur, permettra un point de vue sans pour autant en accepter toutes les conclusions. Ce sont les moindres différences de chacune des images mémorielles qui déterminent les débuts puis amplifient une autre lecture engendrant d’autres souvenirs. D’où l’erreur annoncée sur une situation vécue par plusieurs individus au même moment et au même endroit : conception humaine à laquelle nous ne pouvons que permettre l’état. Dans l’erreur, l’approche n’est que différence entre les parties faisant naître les motifs d’une supposition mettant l’ensemble relationnel dans une nébuleuse psychologique et psychotique. Une dernière erreur entretenue par toute société : il s’agit de la Mort. Les poètes et certains scientifiques ont cette analyse sur l’état de nos éternités qui peuvent être très différents ou même paraître soit un bonheur soit une erreur. C’est un autre sujet social.

 

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L’erreur : éthique d’une reconfiguration

 

« Qu’il y ait des types de problèmes qui suscitent des réponses erronées de façon quasi mécanique, prévisible et rémanente a de quoi fasciner tout esprit curieux des phénomènes de la cognition, mais cela relève-t-il d’une interrogation sociologique ? » (Bronner, 2007).

 

Imaginons ce schéma de l’erreur [1] qui devient cet outil précieux pour une démarche compréhensive au sens weberien si nous introduisons que tout raisonnement didactique va être limité selon trois principes : dimensionnel, culturel et cognitif. Certains spécimens semblent particulièrement actifs pour insérer dans leur comportement habituel le sujet des biais cognitifs ou plutôt des tentations inférentielles. Cela démontre combien certaines solutions fausses exercent une forte attraction laborieusement répressible sur les esprits. Cela démontre aussi, et enfin, que même des esprits ingénieux peuvent se soumettre aux envoûtements des arguments captieux. Ne conviendrait-il pas de remettre ces sujets aux neurosciences ou encore à la psychologie ? Par dénaturation, les plus audacieux d’entre eux (les esprits ingénieux) commencent à considérer que le caractère unitaire de toute pensée, constituant le plus petit dénominateur commun de tout passage par la sociologie, devient un axiome pesant et superflu. Il est donc des phénoménologies mentales – comme toutes les erreurs - qui échappent à nos consciences directes (Weber, 1971, p.19, G. Simmel 1984) Cependant ignorer les potentialités des neurosciences serait une erreur pour l’avenir en sciences sociales de nos compréhensions en renonçant ou pas à l’acteur social.

 

J.P. Changeux en 2002 explique que « toute théorie sérieuse de la conscience devrait se donner tâche d’expliquer l’orchestration de flux cohérent d’objets mentaux donnant accès à la validation rationnelle d’une proposition » tout en sachant qu’une « élaboration de modèles plausibles n’est pas encore (en 2002) à l’ordre du jour des neurosciences » (Changeux, 2004). Sauf que 20 années après, les projets d’évaluation et de concentration de processus neurologiques sont maintenant étudiés. La recherche a pris en compte ces options afin de comprendre les cas de fausses vérités ou erreurs fomentées, cas devenant des hypothèses de travaux. En ce sens, la sociologie cognitive doit pouvoir concevoir une identité et les programmes de travaux des contributions passionnantes de psychologues sur les questions de cette erreur sans pour autant en accepter toutes leurs conclusions.

 

L’inclination, centre de l’argumentation proposée, va s’agencer dans les interférences entre les éthiques et la morale et les éthiques en chacune des parties connues. En conséquence, une redéfinition introductive de ces aperçus doit se coordonner. Une émergence de normes pour ces définitions obtient un consensus aux fins d’interprétation d’une morale comme étant le lieu d’un périmètre fictionnaliste proposé, par toute société, signifiant des jugements sur des intolérances, des injustices et des injustifiables (Bruni, 2013). Il nous faut interagir, pour et par ces normes, en adoptant la grammaire fondant un rôle des interdépendances sociales. Existerait-il une éthique globale pour tout ?

 

« Le paradoxe de la condition humaine, c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres » (Cyrulnik, 2000).

 

Mon pari à tenir est donc celui de percevoir dans toute éthique, non pas un espace pour des conditions et des limites du respect d’une soi-disant morale unique établie avec une liste déterminée de préceptes moraux, mais l’espace de la conciliation et du consentement entre une pluralité des moralités déterminant par-là des systèmes d’erreur et des espaces d’erreur possibles ou déjà engendrées. Les comportements et les pratiques sociales, ciblés par des interventions, ne sont pas le fait d’un citoyen moderne désorienté par une hypothétique perte des repères, mais d’individus exposés à une pluralité de moralités proposant chacune leur propre registre de balises morales qu’ils vont acclimater à leurs besoins personnels. Là commence une erreur.

 

Cette éthique de reconfiguration d’une justice ayant engendré cette phénoménologie sociétale de non-droit, prévoit des mutations sur ce droit dictatorial à juger et à apporter une conclusion sur des faits, y compris celle d’une erreur (Foucault, 1975). Toute jurisprudence accrédite des faits entérinés à ceci près qu’aucune vérification à postériori ne se prononce sur cette jurisprudence, espaces d’erreurs. Les éthiques sont développées comme étant une problématique fondamentale. Paul Ricœur estime dans « le Juste » qu’il est temps de faire retour au juridique abandonné – c’est son avis – « par les philosophes de notre horrible XXe siècle » (Ricœur, 1995). J’ajouterai y compris juristes et avocats voire les politiques et dirigeants du moment. Dans toute coïncidence mémorielle, les compositions des images augmentées aux sons des paroles n’empêchent pas la personne de se connecter aux affiliations collectives progressant avec des espace-temps où vont se situer les erreurs ou les histoires d’erreur. Pour le chercheur et l’historien de l’erreur, chaque détail d’une réalité compte pour faire sens. L’approche interprétative serait-elle ainsi interdite par cette contrainte du dire associé ? En d’autres termes, le silence des auteurs d’erreur concernant les productions de la vie courante empêche-t-elle la communication de l’erreur dévoilée ?

 

Évitant les opportunismes, il faut quand même signaler une erreur devenue flagrante en ces temps peu communs lors d’une crise sanitaire. C’est la révélation que toute continuité stagnante d’une action sans aucune modification retenue malgré des préceptes avancés depuis fort longtemps, conduit à un changement brutal de la vie ordinaire d’une manière arrogante et d’une rare violence, surtout encore une fois s’il s’agit d’enrichissement. Depuis 1975, il est annoncé que la notion de méthode – méthodologie structuraliste - bien établie pour tout et en tout va changer avec l’intrusion du numérique. Cinquante années plus tard, des têtus contre toutes mutations, des réfractaires à tout abandon d’un classicisme soi-disant patrimonial, des récalcitrants à toute évolution – je ne dis pas encore révolution – des indociles et rebelles à tous changements d’attitude et aux comportements et aux conduites à tenir se voient dans l’obligation d’apporter des bouleversements express et sans délai à leur façon de gérer, de vendre, d’apprendre et faire école. Les adeptes du changement étaient tenus pour des hasardeux, des néophytes en tout genre, menant leur destinée dans l’erreur la plus totale. Bilan : avec les vérités de la situation survenue, l’erreur a changé de camp. Les belles situations – professionnelles, intellectuelles et spécialisées (castes dont font partie les complotistes) – sont devenues aléatoires réclamant pour leurs survies dans leur quête de soi un nouveau modelage de la société et en France, aidé par un exécutif omniprésent qui, lui, avait tout envisagé dans cette révolution obligée sauf par le cas d’une pandémie grave. Claude Allègre dénonce très souvent le manque de lisibilité de telle ou telle fonction, voire de telle ou telle administration, détaillant ce qui sera erreur et vérité, notamment en justice ou en relations afin de conserver les pouvoirs (Allegre, 2001). Je reviens à cette idée de questions bien comprises par David Le Breton : « Dans la quête de soi, comme l’atteste l’étymologie même du terme [2] le pavé de la route ne peut être fait que de questions inlassables se renvoyant les unes et les autres » (Le Breton, 2015).

 

Nous nous souvenons à priori que du ‘‘beau’’ et par incidence ne nous reviennent en nos mémoires (de travail, à court ou long terme) que les éléments discutables devenus une ou des erreurs dont une pas si lointaine : l’erreur, démontrée après coup pendant la forte chaleur de 2003, n’aura pas servie de leçon. Cela peut arriver en repensant aux différentes manières de voir et d’apprécier par les images neuronales ce qui aurait dû être fait [3]. Tout un chacun ne perçoit pas les mêmes ‘‘beautés’’ surtout quand une surface souvenue apparaît dans sa brillance, celle-ci devenue même éclatante … de vérité pour l’objet en question. J’ai à me référer à ce document (situé en sciences de l’art) : « Car un laque décoré à la poudre d’or n’est pas fait pour être embrassé d’un seul coup d’œil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l’un ou l’autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l’ombre, il suscite des résonances inexprimables » (Tanizaki, 2011). Cette citation est en rapport à toute vérité dissimulée dans l’ombre, submergée par l’erreur éclatante et bruyante qui aujourd’hui pose question.

 

Dans toute éthique et en premier lieu ce que les neurosciences peuvent nous traduire ou nous énoncer sur la possibilité d’un forfait à découvrir ou à constater ? Exemple : la pratique de l’inspection scientifique (services de Police) ou une personne ayant autorité, consiste pour nos concitoyens à « faire parler les soupçons » pesant sur la scène comportant le mensonge ou la forme de crime, devinant la notion de lèse-majesté. Une autre voie s’ouvre avec les neurosciences : faire parler le cerveau d’un individu sur sa participation à un écart intentionnel prémédité. Il nous faut considérer alors le mensonge comme étant un supplément d’efforts en rapport au fait d’énoncer une vérité. De nombreuses zones du cerveau seront en activation et les manifestations seront visibles sur les écrans. Face à cette réalité, la question à formuler est de savoir si ces techniques (policières) ont des compétences véritables face aux détections d’une erreur amenant l’imposture ? Et auront-elles ce pouvoir de détection du stress de la personne interrogée fautive ou innocente ; cela fait réfléchir au fond qu’il existe un grand nombre de ‘‘faux positifs’’.  Les souvenances de toutes vies conservent dans les cerveaux des évènements éprouvants laissant proférer des exhortations de ressentiment entre vérité et l’erreur, le vrai et le faux, entre la question de lecture d’un propos et de l’image immédiatement soumise.

 

La sagesse rappelle cette primauté de la connaissance de l’injuste sur le juste ou de l’erreur sur la vérité dans des ouvrages spécifiques qui viennent s’ajouter à toute une bibliographie éducative et documentaire dont ‘‘le Juste et Réflexion faite’’ nommé en référence. L’humain, le Juste à priori, face à l’erreur est à l’image d’un bon nombre de thèmes où Gaston Bachelard, Paul Ricœur, Junichirô Tanizaki vont s’ordonnant autour de notre thème au point de faire système, et de présenter l’unité discursive d’une « expérience » au plein sens du dispositif. Les recentrations de l’éthique d’un arbitrage (procédurier, judiciaire, processif) sont les antagonismes entre les rivalités d’individualités humaines. C’est ce conflit entre les personnes humaines qui renvoie à la nécessité de décrocher la pratique d’un jugement féodal dont la cause finale (telos) est dans une perspective courte afin de trancher le litige et mettre fin à l’incertitude. Résultant de ces tensions par le prononcé d’une sentence, d’une décision, dans une perspective longue doit se formuler une expression d’impartialité pour rétablir et réconforter l’humain vers un apaisement social. Et, c’est important, pouvoir inclure dans la norme envisagée au début le résultat de ces confrontations.

 

Les attentions dans cette recherche sur l’éthique du jugement – entre autres philosophiques, religiosité, sociologiques, phénoménologiques et judiciaire - présentent des soucis complexes et des utilités confuses. À ce point de vue partant d’une hypothèse philosophique, l’analyse proposée de cette éthique appliquée spécifique s’inscrit dans une réflexion plus générale sur l’éthique et la morale où il faut s’attacher à résoudre multiples tensions dont deux principales : d’une part, la tension « traditionnelle entre une visée téléologique, celle de l’héritage aristotélicien, ( …) une éthique de l’accomplissement personnel et des vertus en vue d’une finalité (telos), ( …) et le point de vue déontologique, celui de l’héritage kantien ( …) et d’autre part, une morale d’obligation, qui insiste sur le caractère de contrainte de la norme déontologique (une déontologie engage le devoir) et qui doit faire passer les règles d’action par l’épreuve de l’universalisation » (Thomasse, 1996).

 

J’ai toutefois un commentaire à émettre sur ces successions d’intervalles entre ce que nous appellerons ‘‘la morale de principe’’ et ‘‘la morale de situation’’ : ces morales vont impliquer les ‘‘images neurologiques’’ invoquées dans le cas d’une réflexion théorique concernant la morale (mémoires familiales) et reviennent chacune distinctive avec une même historicité car ayant le même fondement passé, mais comptant plusieurs singularités très proches les unes des autres.

 

Pour vouloir rétablir une vérité, une accommodation due à une longue tradition juridico-philosophique ou politico-philosophique depuis la République de Platon [4], ‘‘vient à la surface’’ alors que nous savons qu’elle se définira tôt ou tard. G. Bachelard confirmera qu’au-delà de toutes habitudes « la vérité n’est que la rectification d’une longue suite d’erreurs » (Bachelard, 2012). Plusieurs philosophies ou phénoménologies sociales ont été souvent définies comme des hantises de penseurs sur cette question « éthico-politique » du « mal et de l’erreur », même s’il est à déplorer du peu de cas qui est fait dans nos disciplines de ces questions relevant du plan juridique ( j’ajoute mais pas que celles-là) comparé à ce qui se fait avec nos circonspections dont font l’objet les questions touchant à l’éthique d’une morale ou à celle de la politique, de la médecine ou de la socialisation ainsi que dans les sciences dures. Concéder qu’en somme, ces questions ne font qu’appartenir à un temps donné dans un espace-temps relativement large, en respectant cette valorisation la jugeant désormais excessive, sinon exclusive de l’éthique, de la morale et de la négociation d’un gouvernement de l’aspect erreur et la diagnostiquant comme étant le contrecoup du « choc produit par le déchaînement de la violence durant l’horrible XXe siècle » (Bachelard, ibid.).

 

L’observation mémorielle et la mémoire d’une vision photographique (Leyoudec, 2017)

 

Cet espace-temps qui ouvre à l’erreur.

 

Toute éthique de l’intervention dans cette phase d’appréciation – le vrai ou le faux - est clairvoyante du fait que le poids des valeurs et des règles morales subordonnées à l’engagement de l’intervenant dépend moins de leur estimation intrinsèque que de la maîtrise de ceux qui en font la notification. Elle résulte également du développement sociohistorique de moralisation des habitudes de vie : celles qui emmènent parfois à la stigmatisation des masses précaires, ou parfois à des croisades morales. L’une des grandes implications de toute éthique est donc d’opérer un examen crucial « du poids accordé aux divers discours moraux inscrits dans ces rapports de force au sein des moralités et entre chacune d’elles ». Il en est pareillement, même notamment, pour les consciences ethniques et la discussion à l’égard des coutumes, mythes et légendes.

 

Observer, voir, pour transmettre une réalité et une interprétation factuelle et personnelle de chacun de nos quotidiens, ou bien d’un évènement (familial ou extra-familial) comme celui d’un décès attendu ou pire inattendu, d’un fait social tangible ou imaginaire. Tout cela se fait en plusieurs images répétitives chacune étant insensiblement différente en avançant dans le temps et l’espace. Ce qui pourrait correspondre à une interprétation précise d’une réalité et d’une perception que nous pourrions avoir sur cet environnement social, dont celui au plus près familial, amical ou en groupe spécifique. C’est pourquoi, avoir le sens de l’observation immédiate, permet de mettre en valeur, de travailler, d’écrire, de décrire, avec la ‘‘lumière du présent’’. L’observation se fait, non seulement par la vision directe et aussi en visionnant le support choisi au moment de l’acte, mais surtout par l’analyse d’une situation, d’un fait, d’un évènement, pouvant donner comme résultat, une synthèse du sujet ou de la personnalité d’Être de tout un chacun en fonction du duo corps/cerveau et la sonorité du corps. Duo que j’ai traité : « (…) C’est d’abord la recherche médicale et des mécanismes thérapeutiques par lesquels le groupe façonne les individus à son image qui les a conduits à s’intéresser aux usages sociaux du corps : la socialisation corporelle joue un rôle fondamental dans la pédagogie (...) De fait, s’imaginer son corps et son cerveau, c’est avant tout imaginer la représentation d’un tout invisible, agent global de l’individu qui oscille entre deux attitudes pour faire face à l’être : réalité ou déformation (…) » (Troude, 2020).

 

Ce sont les mini différences de chacune des images mémorielles qui vont déterminer les débuts puis amplifier une autre lecture et engendrer d’autres souvenirs partant des mêmes faits. D’où l’erreur annoncée sur une situation vécue par plusieurs individus au même moment et au même endroit. Je ne vous précise pas l’erreur vraie quand toute personne - juge, médecin, professeur, avocat pour exemples - s’immiscera dans le processus et qui amplifiera les suites d’images incluant d’autres erreurs (involontairement parfois) souvent pour établir une défense de droit en fonction d’allégations de procédures préexistantes. Heureusement que maintenant sans le besoin spécifique de tout humain et sans l’obligation hiérarchique d’une professionnalité, les Intelligences Artificielles vont réguler ces problèmes de rapport entre les sujets avec les fonctionnalités d’historicité. Ce sera une vraie évolution quand s’ajoutera l’aspect psychologique des parties en présence devenant le seul moyen d’établir ou découvrir un dysfonctionnement du sujet et subséquemment déterminer le début de l’histoire de l’erreur. Autre antécédent, une erreur évidente de ce XXème siècle aura été de mettre ‘‘l’argent’’ [5] comme point de départ d’une action avant ‘‘l’humain’’. Erreur fondamentale d’une civilisation quand l’improductif se fait plus de rentrée d’argent au détriment du productif : ne faudrait-il pas continuer à nommer cela du vol faisant naître des ‘‘milliardaires’’ ? Observer, l’enrichissement situe le sujet, le thème, permettant une certaine maîtrise de l’instant pour un meilleur rendu d’image imaginée qui peut être immédiat ou non afin d’en favoriser toute la compréhension. C’est pourquoi, un nouveau rationalisme me paraît nécessaire : c’est à dire permettre une mise en place et mettre en valeur le regard porté au sujet en faisant tout autant intervenir le corps et son fond sonore, qui sera le reflet de ce que l’on perçoit de la réalité de l’action rapportée en image virtuelle. Nous avaliserons ainsi une meilleure instauration puis restauration de la turbulence et des pressions entre éthique de la morale et éthique de la réponse psychique.

 

Vous aurez compris la différence entre l’erreur au-devant de la scène et la vérité cachée (enrichissement). Mais tout regard reste subjectif, car c’est la perception de sa réalité dans l’immédiateté, qui peut être transformée si ce n’est transcendée, tandis que l’interrogation par l’examen qui suit est souvent objective et plus proche de la réalité sincère. Grâce au recul et à l’analyse, afin de mettre en valeur le thème, avec l’intelligence appropriée – biologique ou virtuelle - se recréent les séquences parfois oubliées, dissimulées.

 

Voilà pourquoi, le regard et la sensation du regard appuyé fait partie de toute observation, afin d’appréhender les réalités et leurs dessous, de transcrire la réalité en image-mémoire convenant à chacune des parties spécifiant le faux du vrai. Faut-il pour autant se poser la question de la vigilance ? Exactement la bonne question : dans la mesure où nous apprécierons le fait que tout être dans l’erreur aperçue se croit dans la vérité à défendre et tous les moyens lui seront bons, dans un premier temps. Évidemment, la découverte par l’humain que la fin de son verbe le mettant dans l’erreur accomplie est et reste toujours un moment de désappointement. À ce moment, se définit un style de morale dont l’ensemble du diktat va de nos jours se préciser pour chaque partie de population et qui se nommera ‘‘Éthique’’. En cela, l’éthique s’opposera-t-elle à la morale en cours ? Dans les rédactions et les formulations, cette éthique ne pourra que dénoncer les mises en valeur erronée en n’importe quels sujets ; y compris en ces communications imagées issues des souvenirs plus ou moins lointains, souvenirs ayant laissé trace plus ou moins mouvante (Leyoudec, 2017). L’éthique se veut au contraire une réflexion en mouvement [6] puis une démonstration d’un état de connivence et de consentement logique entre des parties.

 

Un commentaire tiré d’un livre (André, Jollien, Ricard, 2018)

 

À une époque maintenant lointaine en reprenant mes études et en multipliant les secteurs nouveaux pour moi, j’ai compris qu’en nos sociétés, le système ‘‘caste’’ existait toujours. Système qui me conduit vers des préférences hors de mes habitudes de formations pluridisciplinaires : métamorphose parfaite à cette sociologie et phénoménologie de la globalité de l’Autrui, d’une interdisciplinarité de ce nouveau ‘‘rationalisme qui vient’’ (cf : Bertrand Saint Sernin, Tel, 2007). L’interactivité corps/cerveau qui n’est pas tout à fait considéré comme utile et réalité incarne parfaitement cette société très sectorisée, ‘‘castée’’. Cela dit, la modernité actuelle a permis de grand progrès montrant ses limites car nous sommes en train de repenser un ordinaire des assemblées comme étant une totalité subtile avec une intelligence alors que les influences de toutes les fictions humaines dialoguent entre elles, suggérant des capacités d’auto-examen et parfois d’auto-jugement pour une auto-réinsertion grâce au E-Learning.

 

Je reviens à cette comparaison entre humain et Nature, puisque désormais, nous voyons la Nature comme un ensemble intelligent qu’il faut observer, respecter et écouter. Je compile les faits entre Nature – le fait d’évoluer corporellement, le physique - et l’Esprit de la domination et de la maltraitance et de la sagesse (le psychique et le psychologique). Pour cette pensée, je me réfère à la publication de Jacques Blamont qui soutient que les éminences religieuses et étatiques ont fortement freiné tous les élans scientifiques qui dépassaient les us et coutumes et qui se permettaient de mettre en doute les vérités établies (Blamont, 1993). La nouveauté provient que, précédemment, le factuel et l’empathie ne furent jamais considérées ensemble comprenant l’évolution des actes visibles avec ce rejet permanent des instances d’une discipline intellectuelle fondée sur le concept et le verbe et les sciences.

 

« The reason why the world bath not many Aristotles is because it bath so few Alexanders » [7] (John Wilkins, Mathematical Magic, 1648).

 

C’est de manière ‘‘autoritaire’’ qu’un politique anglais de renom (Bacon) fit paraître un document épais sur l’instauration des sciences et des idées neuves par un langage nouveau, exprimant une poétique attrayante. Nous percevons bien que les erreurs d’appréciations, commises pendant longtemps par certains et dans de grandes écoles (HEC, ENA, ESSEC, EMag), se retrouvent un jour ou l’autre bafouées puis abandonnées, modifiées. L’incidence en société se fait appréciable sur tous les ‘‘cerveaux’’ du moment. Sans vouloir entrer dans les débats sur le caractère récupérable ou non de certains individus, la nature de certains désordres cérébraux est telle que la détection des comportements futurs ou des probabilités de récidive au moyen de l’imagerie cérébrale serait une solution en incluant la notion de sciences et techniques. En fait, pourquoi s’exclure d’en faire une application à l’aide d’algorithmes ? C’est là une belle conception humaine et efficace à laquelle nous ne pourrions que consentir [8]. Cette théorie de préexistence d’erreur amenait à exclure certains individus de la société en fonction, non pas de ce qu’ils ont (aurait) fait mais de ce qu’ils sont, a été écartée à la fin de la seconde guerre mondiale (1945/1946). La raison en était de son antagonisme avec l’atmosphère humaniste de ces temps de liberté retrouvée. Cependant, force est de constater que depuis les vingt premières années du XXIème siècle, le droit pénal dans sa cohérence subit des correctifs continus apportant des réponses toujours plus efficaces aux différents types de délinquance contemporaine et au problème de la récidive du délit d’erreur et du mensonge avéré (Debove, 2004). Un appui fondamental reste le texte lacanien qui prévoit une séparation entre le psychologue et la psychiatrie. Je m’en remets à cet opus (Lacan, 1968). Dans cet ordre de vie ordinaire, je m’aperçois qu’après une enfance ayant comporté un désordre neurologique – pas important en soi telle que celle des erreurs répétées - les adultes offrent souvent une idée imaginée de leurs enfances et au gré des avancements en âge ; la même idée se transforme toujours sur la base des mémoires inconscientes.

 

Évidence d’un trouble créé par la sollicitude

 

Dans l’erreur, l’approche ne pourra être que différente entre les parties faisant apparaître les motifs d’une supposition mettant l’ensemble relationnel dans une nébuleuse psychologique et psychotique.

 

D’un point de vue ordinaire, à la différence de la capacité d’impartialité qui fait nous intéresser aux relations objectives, à l’autre sans visage - vient cette sollicitude qui, à l’inverse, s’exprime à l’intersubjectivité des relations et fait nous tourner vers autrui : en principe l’être assez proche ou l’autrui proche, l’autre avec une physionomie, le prochain en contact imaginé. Paul Ricœur définit la sollicitude comme « la structure commune à toutes ces dispositions favorables à autrui qui sous-tendent les relations courtes d’intersubjectivité »[9]. Cette attitude est une performance de l’esprit, une ouverture à autrui manifestant que « le chemin d’effectuation de la vie bonne passe par son (le) prochain »[10]. En tout raisonnement, la préoccupation première pour une bonne vie pour soi-même est le devoir supérieur d’une intention éthique afin de s’estimer soi-même en nous reconnaissant principalement la propension (Ricœur, 1990) à l’action intentionnelle [11].

 

Dès lors, dans l’esprit de l’éthique fondamentale, s’engagent une réciprocité et une reconnaissance entre les prochains et cette relation de permutations entre les mêmes prochains. Toutefois, il est important de noter que ces corrélations - physique, psychique et psychologique - entre autrui demeurent toujours une relation entre deux individus originaux non amalgamables l’un vers l’autre, deux personnes distinctives et uniques. Si l’une est méritante de l’empathie comme l’autre peut l’être, cela reste saisissant et consubstantiel comme l’un et l’autre d’où cette allégation émise par Paul Ricœur que « la réciprocité des insubstituables est le secret de la sollicitude »[12]. L’erreur devient alors le support de la vérité de l’un ou de l’autre, seul ou en groupe.

 

Terme de cet examen

 

La question première vient à l’entrée de chaque univers de tout Être humain dans ses synesthésies : l’erreur serait-elle tout le temps une erreur ou parfois un ‘‘accident de parcours’’ ? Tant d’erreurs ont été la porte ouverte à des énergies ne ressemblant à rien d’existant. Tant d’erreurs soumises à autrui ont été l’étincelle pour d’autres permettant ainsi l’octroi de solutions à des problèmes initialement insurmontables (cf : l’erreur d’Aristote qui a fourni à Kepler le fondement de la loi dite loi de Kepler). Reste que toute erreur mensongère est un vilain défaut dont s’accaparent volontiers les usurpateurs de fonction, les imitateurs de vie d’autrui, les faux créateurs, tous des pirates entrant par effraction mentales dans la vie intime de leurs congénères dont l’argent est un moteur essentiel pour toutes les jalousies, je dois compléter pour toutes les énergies.

 

Une dernière erreur entretenue car elle engage non seulement les familles mais le religieux et le politique : il s’agit de la Mort. Depuis quelques années avec les médecins, eux-mêmes en conflit entre ce savoir et leur serment d’Hippocrate, nous connaissons des voies de recherches sur les dates de fin de vie quel que soit l’âge de la personne ; et ce, en fonction de critères numériques – Big Data - très précis, avec une spécialité en intelligence artificielle et traitement des données de masse. Les questions d’éthique interviennent pour le pourquoi cette connaissance ainsi que pour le comment transmettre cette connaissance. L’erreur du moment, c’est-à-dire le report de la réalité de la Mort datée, confirme que toutes les sociétés ne veulent pas entendre ce message de durée de vie souvent exprimé par beaucoup de personnes en état de douleurs, de dépression et de maladie incurable … ou simplement avec leur envie de quitter la vie sur terre. Les poètes et certains scientifiques font cette analyse sur l’état de nos éternités qui peuvent être très différents ou même paraître soit un bonheur soit une erreur : « (…) de cette éternité, puisque notre durée humaine est de même substance. N’est-elle pas faite également d’instants saillants ou la vie s’élance vers l’ouvert ? en ce cas, nous faisons déjà partie de l’éternité, nous sommes dans l’éternité ! D’aucun trouveront peut-être cette vision trop angélique ? Réservons-là aux âmes naïves ! (…) » [13] (François Cheng, 2006).

 

C’est un autre sujet social.

 

Bibliographie

 

Claude Allegre, Les audaces de la vérité, Paris, Robert Laffon, 2001, p. 126.

Christophe André, Alexandre Jollien, Matthieu Ricard, Trois amis en quête de sagesse, Paris, J’ai Lu, coll. Bien-être, 2018, p. 182.

Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, Paris, P.U.F, 11ème édition, 2012.

Jacques Blamont, Le chiffre et le songe, Histoire politique de la découverte, Paris, Odile Jacob, 1993.

Gerald Bronner, L’Empire de l’erreur : Éléments de sociologie cognitive, Paris, P.U.F, coll. Sociologies, 2007.

Ciro Giordano Bruni, Le Présent de l’Art, L’hypothèse fictionnaliste, Sammeron, GERMS, 2013, p. 44.

Jean-Pierre Changeux, L’Homme de vérité, Paris, Odile Jacob, 2004, p. 166.

François Cheng, Cinq méditations sur la beauté, Paris, Albin Michel, 2006, § Deuxième méditation, p. 50.

Boris Cyrulnik, Les Nourritures affectives, Paris, Odile Jacob, 2000.

Frédéric Debove, L’Overdose législative, Droit pénal, 2004, Études n° 12.

David Le Breton, Du silence, Paris, Métailié, coll. Suites / Essais, 2015, p. 243.

Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.

Jacques Lacan, Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École, Scilicet n° 1, Le Seuil, 1968, p. 26. Url : www.jura.uni-wuerzburg.de.

 

Notes

 

[1] Schéma de l’erreur : cartographie ou établissement d’un schéma de fonctionnement, description graphique d’une réalité non géographique.

[2] David Le Breton : Bas de la page 243 : ‘‘Quête’’ et ‘‘question’’ sont des termes issus de la même racine latine ‘‘quaestio’’ qui signifie ‘‘recherche’’.

[3] Il faut penser : mémoire implicite ou mémoire déclarative, cette dernière souvent appelée mémoire ‘‘procédurale’’. Quant aux questions, elles comportent obligatoirement des informations organisées selon un réseau sémantique ; le temps nécessaire pour retrouver une information dépend de la distance entre le nœud “objet de la question” et le nœud où se trouve ‘‘l’information recherchée’’.

[4] Ouvrages que l’on n’hésita pas à sous-titrer De la justice jusqu’à Hegel et ses Principes de la philosophie du droit, en passant par Hobbes, Machiavel, Leibniz, Kant ou Adam Smith.

[5] En langage trivial et très courant : ‘‘FRIC’’.

[6] En effet, si nous distinguons par morale un affirmation logique et codifié sur ce qu’il est admis d’accomplir ou non, nous aurons à parler de morale stoïcienne, de morale chrétienne, de morale kantienne, etc. et ensuite lacanienne…

[7] Citation : « La raison pour laquelle le monde n’a pas beaucoup d’Aristote est qu’il a peu d’Alexandre » John Wilkins, Magie mathématique, 1648 Il s’agit des deux époques grecques.

[8] Cependant, la multiplication des dispositions à finalité préventive au nom de la sécurité se révèle dangereuse pour les droits de la personne humaine. Lorsque la prévention est trop précoce, elle se confond avec la précaution, qui se caractérise par une moindre probabilité de survenance du risque. Dans ces conditions, les principes fondamentaux du droit pénal sont écornés. En théorie, on est - ou on n’est pas - délinquant. Mais il n’existe pas de catégorie de délinquant en puissance !

[9] Paul Ricœur, Le Juste 2, supra, note 2, p. 64. Url : www.cairn.info. Url : www.erudit.org.

[10] Paul Ricœur Le Juste 2, supra, note 2, p. 72.

[11] Agir intentionnel : capacité de favoriser pour des raisons de préférer ceci à cela, et compétence d’initiative : prédisposition d’introduction de changements dans le cours des évènements. Ce souci d’une vie bonne pour soi se perdrait dans la nébuleuse des figures variables du bonheur sans la médiation à l’autre cachant ainsi vérité et erreur ou erreur et vérité.

[12] Paul Ricœur Le Juste 2De la morale à l’éthique et aux éthiques, (1990) supra, note 2, p. 8. Url : www.erudit.org.

[13] F. Cheng utilise dans ses pages un terme autre pour la ‘‘durée humaine’’ en expliquant qu’à dessein durée = temps, où les composantes de cette durée demeurent dans une ‘‘contemporanéité’’ en se jouant de la chronologie convergeant toujours vers un présent. Opus cité pp. 50-51.

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