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Regards, imaginaires et représentations du silence / Sous la direction de Bernard Troude / Vol.18 N.1 2020

Du tag à l’hashtag

Slimène Khebour

slimene.khebour@gmail.com

Docteur en Esthétique et Sciences des arts - Panthéon Sorbonne Paris1 (thèse soutenue en janvier 2013), artiste du street-Art Paris son art est inspiré d’une esthétique résolument urbaine et hip-hop.


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Introduction

 

« Quand une période est difficile, l’adversité doit nous stimuler, et ne doit pas nous faire hésiter à rechercher à réaliser notre vie. Réaliser notre vie, c’est tendre vers ce à quoi aspire notre personnalité et toujours avec amitié vis à vis d’autrui. Être soi-même avec autrui, c’est cela qui est important ! Ainsi, nous pouvons régénérer notre humanisme. Face à un monde inhumain régit par la compétitivité, le profit et les économies drastiques, il faut faire vivre la fraternité à tous les niveaux de la société, au sein de la famille, au sein de son entreprise, au sein d’une Nation, au sein de l’Europe » (Edgar Morin).

 

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Une des criminalités occultes et sans voix... silence de rue

 

La différence des deux énoncés dans ce titre vient d’un silence entre le fait que le tag est une manifestation authentique sur un support réel alors que le second, l’hashtag ne peut être que dans la virtualité numérique. Le silence sur cette ‘’résonnance’’ est lourd d’enchainements. Le premier a besoin de la dextérité, du savoir-faire artistique dans le sens historique de la qualification et le second ne sera que, sans être discriminant, du ressort d’une manipulation numérique. Se servir du second amène à « se servir le premier pour établir des connaissances et obtenir une notoriété rapide pour parler de toutes les langues afin de cesser de vivre avec elles, ne serait-ce pas indéfiniment multiplier sa parole et étendre d’autant son silence ? » [1]. Ce sont des espaces alloués à la volonté d’exposer des vérités tenues absentes des conversations et des projets ambiants. La rectitude ne peut être que profane et toute agression est dans l’ouverture.

 

Quand l'artiste voit l’infraction devant ses yeux et qu'il en soit le témoin, rapporteur ou transgresseur, il se doit de reporter et agir consciemment se mettant en cause pour le dévoilement du sujet. Ce dernier va être ce qui définit la conscience imageante comme un rapport intentionnel à un objet absent qu’il soit existant ou non. Cette conscience de cet objet y compris dans son silence est en rapport direct à ce qui lui est essentiellement instruit. Sartre dirait : transcendant (Sartre, 1986).

 

Voilà la (ma) définition de l'artiste engagé, déchainé par la situation dans laquelle se trouve les affectations et les inconstances contemporaines ; celles des différences sociales et des abjections rhétoriques de la conscience d’une population. Voir les aberrations sans les proclamer haut et fort est devenu inconsciemment le réverbère social d'un individualisme typiquement égoïste.

 

Un vrai parcours du combattant depuis les années 90 jusqu’à aujourd’hui

 

Tous les jours l'artiste est confronté à ce vide très silencieux, à cette peur du néant, ces silences qu'il va rencontrer ou qu'il va recréer : un paradigme de société, œuvre d’artiste ou action de vandalisme. Exprimer ses talents d’être peintre sur les murs fait que plusieurs générations vont découvrir l’émergence du mouvement hip-hop des années 90 de toute part dans l’hexagone. Une jeunesse découvre les premiers tags parisiens, un peu timide et craintive à ses débuts. Les différents tags prennent plus d’énergies sur les murs, s’accrochent à beaucoup plus d’emblèmes sociétaux et font de plus en plus place à l’art du graffiti, art devenu une démarche urbaine bien qu’un peu différente, mais tirant toujours ses sources depuis le mouvement hip-hop. Un mouvement qui englobe à la fois l’influence des origines US mais surtout les préoccupations d’une jeunesse exprimant ses idées au travers de musique tel le rap ou le slam, ainsi que les tags et les graffitis. Aujourd’hui beaucoup aimeraient qu’on cesse de parler des tags et des graffitis en tant que forme artistique reniant de cela des années de labeurs et d’expressions artistiques pour laisser part à un seul mouvement celui du Street Art, autrement l’art urbain ou celui de la rue sous ses différentes forme qui s’engage à être docile et faisant partie prenante de la scène contrôlé reniant ainsi l’apport du tag et du graffiti en le classant sous une image dégradante et plutôt offensante au règles ...

 

Un point qu’il importe de mettre en lumière, c’est que l’escamoté d’une réplication par l’art du tag puis de l’hashtag réside dans la complémentarité stéréotypique d’un complexe non-covalent (inégalité entre eux) que constituent les deux espaces associés dans la liberté d’expression. Il faut y voir le principe fondamental de jonction des deux éléments associatifs qui peut rendre compte des propriétés discriminatives des savoir-faire est également la base des propriétés réplicatives de l’art du tag et des tagueurs, des graffeurs… Mais, dans cet art silencieux une structure topologique du complexe est beaucoup plus simple que dans les autres complexes artistiques avec toiles, peintures matières, vernis etc… Et, c’est ce qui permet à la ‘’mécanique’’ de la réplication de fonctionner. En effet, la structure stéréotypique de cet art d’un des deux espaces est entièrement définie par la succession de certains radicaux (techniques, technologiques mais aussi ‘’neurologiques’’) qui la composent en vertu du fait que chacun de ceux-là ne sera appariable, chacun poussant en avant sa différence. Il en résulte que la structure du complexe (tag/hashtag) peut être entièrement représentée en deux dimensions dont, l’une finie (tag), contient en chaque point des éléments mutuellement complémentaires tandis que l’autre va contenir des séquences partiellement infinie (l’hashtag avec le numérique). Dans des travaux en commun, communs et séparés, les deux espaces, étant donnés, la séquence complémentaire pourra être reconstituée de proche en proche par des additions successives d’éléments (même si l’artiste est seul à officier) chacun d‘eux étant choisis par l’artiste ou les partenaires artistes du groupe (crew), partenaires notoirement choisis. Il importe de souligner que toute séquence est ‘’entièrement libre’’ en ce sens qu’aucune restriction n’y est imposée par la structure d’ensemble qui peut s’accommoder de toutes les séquences possibles.

 

La suite vient par la poursuite

 

La vision de l’artiste est une visite de tous les jours. Un silence intérieur le hante mais, il arrive à s’exprimer sur les murs. La discrétion est de rigueur il ne faut pas ‘’se faire coffrer’’ et le jeu du chat et de la souris est une continuelle répétition. Il faut dire que quand on se permettait d’écrire sur les murs, deux nouvelles se révèlent, nous sommes à la fois repérés par les passants admirateurs/admiratifs, mais rapidement, poursuivis pour dégradation de bien public. Puis mauvaise nouvelle : malheureusement en France la loi n’est pas abrogée : le graffiti est considéré illégal. Jean-Michel Basquiat en aura fait les frais en devenant le premier à être reconnu… mais dans quelles conditions !

 

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Autoportrait de Jean-Michel Basquiat, grand précurseur du street-art (Crédits : Flickr)
i0.wp.com/www.efflorescenceculturelle.com

Chaque jour est antithétique de celui qui le devance. Les secousses sensorielles nous mènent et nous dominent. A ce sujet, René Huyghe impose son discours : « la vie moderne nous assaille par les sens, par les yeux, par les oreilles. (…) L’oisif qui, assis dans son fauteuil, croit se détendre, tourne le bouton qui fera éclater dans le silence de son intérieur la véhémence sonore de sa radio ou dans la pénombre les trépidants fantasmes de la télévision, à moins qu’il ne soit aller chercher dans une salle obscure les spasmes visuels et sonores de cinéma » (Huyghe, 1965). Maintenant, il faut davantage. Toutefois, l’art du tag va représenter d’ici peu une tradition. On voit éclore dans cette âme moderne la curiosité des stades les plus élémentaires de la création proche des référents du dessin d’enfant, balbutiantes ébauches dont nous admirons maintenant les simplifications perceptibles. Des formules sur des initiatives qui ont été résolument prises aucune négligence vers les références infantiles du trait et des aplats. Dès le début il a été possible de mieux percevoir les partis pris tirés d’une équivalence à la vision puérile et à son ingénuité forçant à la rapidité de l’action. Sans négliger de s’y amuser et d’y développer une fantaisie inventive élevant le mode silencieux à un art du graphisme savamment élémentaire : être entre soi et Soi.

 

Le silence est inspiré souvent par des expériences en psychothérapie (voire psychanalytique) méthode excellente pour faire remonter ce qui est subtilisé, recélé et on peut se demander pourquoi les artistes vont au bout de cette démarche. Est-ce pour revendiquer, mais cette formule suffit-elle ? Est-ce pour s’exposer librement de toute leur conscience ? Est-ce pour prétendre sortir la question d’un anonymat ? Tous les tagueurs, graffeur ont-ils ce désespoir possible ? Désespoir qui serait la découverte subite de s’être perdu … mais où, comment et surtout pourquoi ? dans un texte, nous allons retrouver l’essentiel : « Ne dites pas : Le silence. Dites La nuit la mort l’espace. La bouche d’ombre entre les deux abîmes. La coupure de respiration. L’instant qui n’existe pas. L’unique universelle absence. Le point infini du néant. L’instant ne peut exister car nous sommes dans le présent, ni passé, ni futur, La présence se cache dans le silence ».

 

Or, la question est : qu'est-ce que le Silence dans ce texte rapport aux arts du tag et hastag ? La nuit, la mort, l'espace : il est tout, sauf quelques dispositions du perceptible qui n'a rien à se distinguer avec l'oreille et l’œil donc avec les sensations de l’impression sonore ou visuelle. Mais par contre, il a une corrélation avec l'arrêt des fonctions vitales communes : Nuit : on ne voit rien,  Mort : le corps est ôté,  Espace : il est infiniment étendu.

 

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[TAG] Je suis une maman imparfaite www.blog-parents.fr

Silence oublié

 

Et tous les jours, nous rencontrons (ou nous nous exposons à …) un monde et un mode de vie diffèrent de celui que nous vivions. Sortir dans la rue pour s’exprimer ! La rue est l'endroit propice pour comprendre l'influence du monde sur l'art. C'est dans la rue que les discriminations se précisent, se voient et qu’elles existent entre les différentes populations à l’intérieur des quartiers. Rien qu'à Paris entre la rive droite et celle en face de gauche, c’est un aperçu d’un traitement à géométrie variable facile à justifier. Sans aller, plus loin, les mêmes regards portés en Île de France et les banlieues qui entourent la VILLE annoncent les mêmes ségrégations dans les mêmes proportions. La différence est plus que flagrante, elle est quasiment barbare. On peut taguer tranquillement dans certains endroits, dire dans certains quartiers mais on ne peut pas faire tout ce qu'on veut partout à Paris ...Il aura fallu quarante années, « 40 ans ce n’est rien et pourtant… 40 ans, c’est le temps pour qu’un phénomène artistique renié et désapprouvé devienne un réel pouvoir de dénonciation dans notre société. » expliquera Cassandra Rolland (Rolland, 2016). Faisant de ces territoires gagnés où il est possible de taguer, de hashtaguer ou de graffer des lieux de communication silencieuse et ce silence mesuré, dosé, se révèlera être une forme d’agression passive. Cet espace est défini comme un lieu à la gestion calculée de cette communication dans laquelle c’est le silence qui joue le rôle primordial. Il se dit qu’un objectif de contrôle se met en place afin de fragiliser une personne, un groupe de personnes ou tout simplement la position sociale des uns et des autres. Sur les peintures (nous dirions rupestres dans et pour un autre temps préhistorique) les mots aperçus ou attribués vont manipuler les essences d’autrui ; les mots mais aussi les silences issus de la lecture du panneau. Cette tactique comporte de la nocivité car elle fait un sage puissant des agissements d’un dragon. Cela se nomme « silence mesuré » car rien en lui n’est constant comme quand une personne veut vous ignorer ou veut cesser de communiquer avec vous. Pour le parler vrai – entre dessin, tag, écriture, couleurs - dans ce genre de manipulation, vont se combiner accord et désaccord dans une disposition totalement arbitraire. Il faut dire que c’est le manipulateur – le regardeur ou l’artiste – qui va décider du rythme imposé de cette correspondance restant à la recherche des intérêts personnels et dans lesquels l’autre, quel qu’il soit, ne sera plus qu’un accessoire.

 

Pourquoi parle-t-on de vandalisme chez les uns et de l'art chez les autres ? Mais, la liberté n'est-elle pas un libre arbitre : faire un choix, transgresser ses codes, être en conséquence libre d'agir, de déconstruire quand les autres construisent. Pourquoi et comment s'autorise-t-on des actions et sommes rebutés par d'autres. Il faut dire, que la vie sur les trottoirs à gauche n'est pas celles à droite selon Victor Hugo. Le haut du pavé et le bas du pavé. Nous n’avons pas tous le même point de vue et certainement pas le même angle de compréhension. Alors, quand tu viens taguer dans le coin de ma rue, tu le peux certainement mais pas sur le trottoir en face ; et c’est parce que j’ai déjà entamé le travail mais gare à toi si tu essaies de me « toyer » [2].

 

Finalement, que sont les tags ? Des revendications ou des suggestions de tolérance, des jugements sur des actions politiques, gouvernementales ou trop par libéralismes. Un peu des deux et de tout ce qui va dénoncer des silences dans la vie courante ou la vie des médias. Dans les pays où les besoins seront nombreux, existe une passivité qui a laissé la place à un mécontentement genre « goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Il est nécessaire de dénoncer explique les graffeurs, les tagueurs comme Paolo Ito au Brésil.

 

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Paolo Ito, œuvres pour dénoncer la coupe du monde de football au Brésil…2014 www.efflorescenceculturelle.com

Un autre sujet exemple installé chez les artistes-auteurs de tag : celui qui se multiplie pour évoquer la tolérance ou les intolérances

 

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Cette œuvre d’art prônant la tolérance et l’égalité aura valu à son auteur, Combo, de nombreux coups et blessures (Crédits : CultureBox) 2016

Vis à vis du street art, beaucoup d'entre nous restent sceptiques bien que cela reste une référence, les tags reconnus pour leur signification à travers des groupes d'appartenance autrement des crews et des ‘’bandes d’artistes’’ agissent au nom d'un même groupe avec des blazes différents montrant leurs appartenances. La parole est puissante même quand elle est reportée par œuvre d’art (tag-Hashtag) interposée. Les deux silences – manipulateur ou le spontané – qui seront différenciés permettront dans cette stratégie de se réfugier dans l'insuffisance de mots dans le seul but de contrôler générant une forme de confusion perceptible projetant d’engendrer une certaine confusion, de l’insécurité – due je le rappelle au bon vouloir d’une loi qui offre des possibilités ou des interdits – et c’est précisément ce qui est recherché : se dissimuler derrière le silence laisse les autres sans arguments pour agir à formalités équivalentes.

 

Pour conclure ici ce chapitre, de toute manière, le silence se révèle bien dosé quand une forme de sentence ou de sanction s’impose à propos de certains sujets sans que l’artiste n’ait à fournir une explication dans la phénoménologie sociale. La question est que dans le discours à autrui sur un sujet si l’autre personne élude le sujet va refuser de fournir les détails.

 

D'ailleurs, ne dit-on pas aujourd'hui #Hashtag pour la forme de #, ce phénomène qui est apparu sur les réseaux sociaux afin de référencer justement nos appartenances sociétales et selon lesquelles nous pouvons nous regrouper selon un mouvement, un flux, une ville une idée ou autres choses dans laquelle le silence s’abolit pour notre identification ou notre reconnaissance à quelque chose. Et c'est peut-être ainsi que, inconsciemment, ont été déplacées les identités du réseau urbain vers les réseaux sociaux, ceux de la toile, ceux du net et d’Internet vers des dispositions qui sont moins nettes et plutôt virtuelles, manquant d’une certaine matérialité, authenticité. Ce déclenchement (voilement-dévoilement) que vit la toile et qui détient ses préludes depuis les mouvements urbains n'est que l'entrevue d'une nouvelle ascendance, d'une catégorie dans laquelle, aucune discrimination n’intervient par les formes de l'art mais ces mouvements artistiques se classant suivant leurs interdépendances expressives et démonstratives.

 

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Pour se développer face au mur / face à soi - une jeune femme écrit sur le mur de la maison de Juliette à Vérone en Italie, pour la Saint Valentin - Février 2018 © Getty / Tony Anna Mingardi/Awakening www.franceinter.fr

Graffiti autorisé et les tags, un silence imposé : Art ou Vandalisme ?!

 

Dans cette considération où les deux font parties intégrantes du mouvement de l'art de la rue, pourquoi considère-t-on l'un comme étant une forme artistique et l'autre plutôt comme une rébellion mais surtout comme étant du vandalisme ? Face au mur, nous sommes toujours confrontés à soi. La règle est de ne pas se trahir par la surface à peindre. N'oubliez pas : un mur, c'est du dur. Nous faisons silence face à ce mur et si nous franchissons ce mur, pour ne pas se taire on s’affranchit du silence.

 

Comme disait Peter klasen [3] qui répète dans sa biographie : « La peinture me libère de mes angoisses » comme cet aphorisme : « les idées traversent les murs ». Et si cela traverse, ce sera au nom d'une certaine éthique qui va bouleverser les non-dits pour ne pas se dissimuler devant certaines discriminations.

 

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Peter Klasen, Manette verte Peinture 50cm x 70cm. Galerie virtuelle Artsper www.artsper.com

En utilisant les codes de la rue, l'artiste urbain développe inconsciemment les révélations de demain, autrement dit : les valeurs d'une société qui se manifeste avant tout sur ses murs, agissant de la sorte sur son environnement visuel tout en influençant la conscience publique de demain. Une sorte de publicité antinomique agissant en parallèle aux médias publics et aux réseaux sociaux populaires. La présence de ce genre de réactions dans la société contemporaine démontre le rôle important détenu par tout artiste. Révéler, mettre l'accent sur ce qui se cache derrière les signes, réveiller en conséquence la conscience en requérant de réagir au nom d'une certaine éthique.

 

L’exemple du « basalt crew » by banga

« L’esprit d’équipe… C’est des mecs qui sont une équipe, ils ont un esprit ! Alors, ils partagent » (Citation 1980 Coluche).

 

A la base Basalt, c’était Bobo et Shuck et Banga. Ensuite, le crew s’est agrandi avec Vois, Meo, Alves, Psedo, Eros, Hem, Ema, Poison, Seka #sekaphotography qui nous suis depuis 30ans et Jonone comme le membre d’honneur.

 

Il y a 20 ans, nous nous sommes tous séparés pour différentes raisons et chacun a fait sa vie de son côté. Je suis toujours resté connecté avec la rue et le Hiphop par le graffiti en créant ma propre marque ‘Bangastyle’ que j’ai boosté avec l’aide de mon frére JR et Farid, Bobo, Maniak Paco Loic ... et tous les vendeurs et vendeuses de l’époque... Il y a 30 ans mon rêve était de vivre de ma passion, il y a 20 ans c’était de vivre de ma marque, et il y a 10 ans c’était de vivre de mon art en créant ma propre galerie. Je ne pensais pas avoir le potentiel d’exposer d’autres Artistes Urbains mais grâce à la nouvelle équipe le rêve est devenu une réalité.

 

Depuis 3 ans, Basalt s’est réformé ayant cette opportunité d’avoir des boutiques au sein du marché Malik [4], j’ai choisi de les partager comme je l’ai toujours fait depuis l’époque sur des terrains vagues et des squats. Mon ‘’kiff’’ est de faire bouger les choses pour faire évoluer la culture du hip-hop par la discipline du graffiti en essayant d’être le plus connecté possible tout en restant libre, vrai et authentique. Garder cette fibre reste le plus difficile malgré les enjeux économiques et égocentriques de chaque artiste.

 

Depuis nos débuts, la philosophie qui nous relie, qui nous retient, reste inchangée : Peace, Love, Unity ...having Fun !  Et la Street Dream Gallery incarne tout cela. Il n’y qu’à regarder l’ambiance. Je vous invite aux vernissages, aux événements et aux expositions et vous allez comprendre que le rêve que j’ai fait de la rue se passe ici à la Street Dream Gallery, entrevue réalisée avec Banga.

 

Vision futuriste ou actualité : Quand un artiste du graffiti « Banga » reprend la ‘’Mona Lisa’’ :

 

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Qui ne connaît pas La Joconde ! De nos jours, celui qui ne connaît pas l’œuvre de Leonardo Da Vinci est considéré comme un inculte, un illettré de l’art et de la sphère culturelle. Tout le monde, ou presque, (doit connaître) connaît La Joconde, exposée au Louvre, mais certains d’entre nous connaissent une autre Joconde celle de la street, « la Street Dream Gallery ».

 

Cette dernière n’a pas connu le Leonardo Da Vinci et son code, elle n’a pas non plus connu l’euphorie qui tourne autour du mythe et de sa création. Ses codes, ses valeurs ainsi que son éthique sont exclusivement tenues en secret par Banga, l’artiste du graffiti, un nom que ses congénères connaissent bien. Depuis les années 80, ce nom qui a grandi avec le marché Malik, le marché de la sape n’a cessé de se renouveler [5]. Alors, pourquoi revoir La Joconde ?!

 

Au début, j’avais dans la tête ce défi de repeindre le plus beau sourire au monde mais ‘façon Graffiti’ et l’idée s’est décloisonnée au fur et à mesure. Je ne savais pas encore comment me différencier parmi toutes les œuvres qui ont revisité ce monument de la peinture et quelle serait mon apport. Étant invité à faire des performances pour l’événement du ‘Art Shopping’ qui se déroulait au Carrousel du Louvre, j’avais exposé ma version de ‘’la Joconde’’ non aboutie à un stade où elle ressemblait encore un peu à l’original. L’exposer au Carrousel du Louvre marque en quelque sorte mon empreinte ; une sorte de tag différentiel comme je faisais jadis dans la rue mais cette fois-ci du côté du musée le plus renommé au monde. À vrai dire à ce stade je n’étais pas encore convaincu du résultat.

 

Venez la voir, cela se passe à la Street Dream Gallery[6]. Une fois revenu à la Street Dream Gallery, là où j’expose la plupart de mes œuvres, il me paraissait impératif de retravailler ma peinture, de la réanimer - Pourquoi mettre un masque sur Mona Lisa ? La Joconde est une belle œuvre certes, mais je voulais une disposition qui me ressemble, une toile qui me définit d’avantage et qui colle plus à l’esprit du Graffiti, d’où l’idée de lui faire porter un masque de protection de bombes de peintures. La Joconde de Da Vinci exposée au Louvre est intouchable ; mais la mienne respire au milieu du marché avec des graffitis tout autour. Il n’y a pas de vitre pour la protéger (rires), elle subit les agressions de tous les jours : la pollution de l’air, dans une atmosphère reliée à la cacophonie du marché et de l’ambiance du périphérique parisien et bien d’autres choses. Mais voilà on reconnaît tout de suite que c’est La Joconde n’est-ce pas ?!  Maintenant je trouve qu’elle est là où il faut avec l’animation et les couleurs qui font qu’elle est plus street. Elle est actuelle, urbaine, populaire aussi ou je me trompe ? En tous cas, La Joconde, ici vous pouvez l’approcher sans craindre le flash qui va gâcher votre photo (rires).

 

Mais quand on met le masque

 

Il y a une sorte de silence qui s’installe. Entre le mur et le Graffeur une sorte de dialectique s’installe, une discussion entre un être vivant et le mur de brique va voir le jour. Le peintre à la bombe mettant son masque s’apprête à abréger la vie ancienne du mur. Il va le refaire renaître, avec des lettres et des mots. Avec des expressions graphiques, avec des images qui n’étaient pas là auparavant mais qui naîtraient au fur et à mesure que le mur dévoile son côté sombre et fait jaillir une certaine lumière dû à la pigmentation que vaporise le Graffeur sur le mur.

 

Le silence continue et ce n’est que le bruit de l’agitation et du secouement de la bombe aérosol qu’on entend. Le sifflement d’air qui sort de la bombe, le changement des caps, l’index de l’artiste fait de tapotements, de pression, et de jets. Une musicalité que seuls les artistes du graffiti puissent connaître, reconnaître ...

 

Après le silence, il y a une rythmique qui accompagne le geste, il y a la musique et essentiellement la musique Hip-Hop. Un rythme qui brise le silence du mur, dès lors certains talents de danseurs sortent du mur que ce soient par l’expression du geste calligraphique ou que ce soit dans les images même là où reprend des figures de danse hip-hop comme le smurf, l’électrique bougalou ou le break-dance. Des figures qui entremêlent danse et performance. La danse ainsi devient l’autre masque qu’on porte en silence pour désigner son appartenance à un groupe. Ainsi les battles de groupe figurent aussi dans des bagarres de rue de ses rivalités que fait naître la performance du danseur avec la précision du geste, les mouvements de force « les powers mouves » : tout devient sujet et question de mouvement. Le mur n’est plus ce qu’il était et si nous n’avons pas un mur devant soi pourquoi ne pas se faire des Métros, des camions ; le principal étant de pratiquer et à véhiculer son art. Tout devient prétexte et support à la fois. L’art de la rue n’a jamais été juste une question de masque pour se cacher bien au contraire : c’est la preuve que nous existons. Et les bons tagueurs font aussi du vandale comme du légal ou de l’autorisé sauf que vous ne le saurez jamais. Ainsi chaque artiste en possède au minimum deux blases, un pour le formel et l’autre pour l’informel...

 

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Le graffeur Jace réalisera 50 œuvres dans toute la ville du Havre, sur différents spots à découvrir (©Valentine Godquin) actu.fr

Entrevue ludique entre Banga et Slice

 

Banga n’avait pas idée que ce serait peut-être notre mode de vie future : vivre tous avec des masques qui nous protègent des Cornas virus. La couronne encore une autre figure picturale emblématique et très controversée qu’on retrouve souvent chez les Graffeurs. Elle se remarque notamment dans la signature de Jean-Michel Basquiat ...

 

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Coup de cœur pour Jonone, Les Arts de rue, Paris

En conclusion

 

« (…) Entre passé et avenir, comme pesante nuée cheminant (…). Mais progressivement, tandis que le tenaient entre leurs bras les hommes supérieurs, un peu revint à lui et, contre la presse de ceux qui le vénéraient et soignaient avec les mains se défendit ; (…) lors, il mit le doigt sur sa bouche et dit : « Venez ! » Et tout aussitôt se fit alentour silence intime, … » Ainsi écrivait Nietzsche en son Zarathoustra (Nietzsche, 1972). Tout cela pour vous développer ma thèse qu’il y aurait toujours dans ces silences commandés ou obligés, des instants de révolte, des instants de colère, des instants d’espoir que vive un jour plus d’humanité. L’Art en question avec le tag et l’hashtag apporte au moins la liberté de poser la question et les sujets à problème. Victor Hugo en a exposé les mêmes signaux avec son opus important sur ‘’Les Misérables’’ (Hugo, 2013) cherchant et y parvenant à prouver que dans l’ornière et sur le fumier, un nouvel ordre viendra dans le silence des bas-fonds.

 

Pour notre époque, il s’agit de s’exprimer plus par le graffiti, le tag et en virtuel l’hashtag qui remplace les écrits des temps immémoriaux en donnant par les couleurs, les surfaces, les dessins spécifiques une volonté d’agir en se faisant reconnaître… en Silence. Comme cette œuvre voulue communautairement de Jef Aérosol [7] qui en a parlé en ces termes lors de la présentation de ‘’ChuuutttT !!!’’ : « Elle apparaît comme une convocation à faire silence. Ce geste est une façon de dire : Écoutez-vous les uns, les autres et une invitation à se poser cinq minutes, à tendre l'oreille à des choses que vous n'avez pas l'habitude d'entendre. La ville, ce ne sont pas seulement les sirènes de police et le bruit des moteurs. C'est aussi les cris des enfants, le chant des oiseaux et la mélodie des langues des touristes, nombreux aux abords du Centre Pompidou »

 

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Jean-François Perroy dit Jef aérosol, Chuuuttt !!!

Bibliographie

 

Victor Hugo, Les Misérables, Paris, (1859) Paris, POCHE, coll. Pocket Poche, 2013.

René Huyghe, Les puissances de l’image, Paris, Flammarion, Introduction 1965.

Edmond Jabes, Le Livre des marges, Paris, Fata Morgana (1975 et 1984) Le Livre de Poche.

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, § Le Chant du marcheur de nuit, (1883/1885) Paris, Le Livre de Poche, coll. Classique, 1972.

Cassandra Rolland, Le Street-Art, Discipline olympique française, in Efflorescence culturelle, 2016 www.efflorescenceculturelle.com.

Jean-Paul Sartre, L’Imaginaire, Psychologie phénoménologique de l’imagination, (1940) Paris, Gallimard, coll. Folio Essais, 1986.

 

Url liens consultés

 

msmoi.files.wordpress.com

 

www.slave2point0.com

 

www.franceculture.fr

 

www.espace-defis-hiphop-art-atelier-stage-exposition-graffiti-tag.com

 

www.telerama.fr

 

Notes

 

[1] Chapitre « tenir la solitude sans infléchir l’appartenance » Didier Cahen : écrit de Joseph Guglielmi (Jabes, 1975 et 1984).

[2] Toyer : action d'effacer ou de taguer par-dessus un tag existant. Cette pratique est généralement employée par les tagueurs d'une bande pour ridiculiser la bande adverse ou par un tagueur qui s'érige en critique d'art, jugeant l'œuvre médiocre ou pour toute autre raison (désœuvrement, vengeance…) www.dictionnairedelazone.fr.

[3] Peter Klasen, né en Allemagne en 1935. En 1955 il intègre l'École Supérieure de Beaux-Arts de Berlin. En 1959 il s'installe à Paris. Il s'inscrit alors comme le pionnier de la Figuration Narrative.

[4] Marché aux puces de Saint-Ouen sur Seine 93400, #machemali.

[5] Marché Malik.

[6] Galerie au Marché Malik 53, rue Jules Vallès et c’est à Saint Ouen.

[7] Jef Aérosol, de son vrai nom Jean-François Perroy. Cette œuvre est à Paris. Cette peinture a nécessité 200 bombes aérosol et a été réalisée à la demande des habitants du quartier Saint-Merri-Beaubourg qui ne veulent pas laisser les pignons aveugles aux tags sauvages.

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