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Regards, imaginaires et représentations du silence / Sous la direction de Bernard Troude / Vol.18 N.1 2020

Se taire, pour mieux parler ? : et si le silence pouvait compléter les mots...

Jacob Laugier-Claude

jlaugierclaude@gmail.com

Élève collégien (Paris) il pratique l’écriture depuis ses huit ans : « j’ai débuté en écrivant des poèmes, j’aimais et j’aime toujours beaucoup l’idée de n’avoir aucune limite au niveau de l’imagination lorsque l’on écrit. Aujourd’hui, je compose aussi discours et autres textes variés, et écris un livre et une pièce de théâtre, à mon rythme, c’est-à-dire lentement et avec réflexion ».


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« Dès que nous avons vraiment quelque chose à nous dire, nous sommes obligés de nous taire… » (Maeterlinck, 2008) .

 

Le silence [1], voilà un terme si vague, si générique, si léger et à la fois si pesant, si vide et à la fois si complet, une nouvelle façon de communiquer... parce que, quelque part, on n’a jamais vraiment terminé de parler. Il y a toujours quelque chose à dire, reste à savoir si les mots sont suffisamment puissants pour exprimer la bonne formule.... De nouveau Maeterlinck pour être au plus précis : « le silence est l’élément dans lequel se forment les grandes choses, pour qu’enfin elles puissent émerger, parfaites et majestueuses, à la lumière de la vie qu’elles vont dominer » (Maeterlinck, 2008, 1er chapitre).

 

Le silence, c’est cela, au fond, c’est le meilleur moyen de faire comprendre qu’on n’a plus les mots. C’est devenu un langage. Un langage pour le moins spécial, certes, mais qui ressemble presque à un langage universel, que tous peuvent comprendre, puisqu’il ne nécessite ni capacité à reconnaître des sons et les affecter à des significations, ni formuler des mots en utilisant ces sons, pour former des phrases.  De manière générale, l’utilisation du silence représente une barrière pour notre espèce, il nous renferme sur nous-même, nous protège de l’animation continuelle de notre société, nous empêche d’échanger entre nous, mais il développe aussi un nouveau moyen de se comprendre. Il en appelle à notre regard, notre expression faciale, nos gestes (sûrement pas notre ouïe, néanmoins), pour interagir, faire ressortir ce que nous n’avons pas forcément ni la force ni l’envie de dire ; et si c’était ce qui rendait le silence plus beau ? Et si le fait de ne plus recourir à la parole constituait une avancée pour l’Humanité ? Au fond, en tirer un avis général, voilà chose bien dure. Parce que la meilleure réponse, c’est que rien n’est véritablement sûr. Si l’objectif premier du silence est de se couper des autres, il est vrai qu’il éveille tous les sens de notre interlocuteur pour rester en lien avec nous. Me faudrait-il, alors, opposer silence et bruit si le silence semble être l’absence de bruit extérieur.

 

Tout monologue se poursuit à l’intérieur et dès cet instant, existe cette politesse de ne pas se dévoiler à tout autre. Ce dialogue soutiendra sa détermination dans son intimité pour être délivré en son temps. De ‘’l’ecclésiaste’’, j’ai ressorti cette citation :« Il y a un moment pour tout et un temps pour toutes choses sous le ciel. […] un temps pour se taire et un temps pour parler » [2]. Au début du XXème siècle, en psychologie, l’utilité du silence a été découverte dans la relation à autrui. Il est rendu compte qu’au cours d’une conversation, ou d’un exposé qu’un mutisme – fermeture volontaire à toute révélation ou à tout texte lu - permet à un public, un écoutant de s’exprimer et de favoriser la compréhension de ce qui s’est dit. Pour celui qui parle ou celui qui écoute, apprendre à faire silence constitue un véritable apprentissage. Savoir se taire ne sera pas le seul effet. Car le silence est bien plus que cela ; c’est entrer en communion avec un autrui. C’est entendre l’autre, c’est devenir témoin de la parole qui s’entend. Celle-ci a besoin d’une certaine qualité de silence pour oser se dire. Parallèlement au comportement silencieux, la personne durant un dialogue se doit d’accueillir l’Autre et soi-même par une parole engageante et contenante afin de le placer dans une situation de confiance où il pourra s’exprimer plus aisément.

 

Mais n’est-ce pas là un acte défendu que de tenter de s'immiscer dans l’intimité d’autrui ? C’est en cela que notre société actuelle représente un danger pour chacun d’entre nous. Que ce soit à travers les réseaux sociaux, les télévisions et radios, ou autre, les interventions en direct, les rediffusions par centaines, ces technologies diverses ont pour but de nous mettre en lumière, de retranscrire nos actes, nos mots, et par la suite il est possible que ces mots soient archivés ou retranscrits. Très peu de gens ont la possibilité, aujourd’hui, de s’échapper de cette boucle pour le moins assez spéciale et finalement préjudiciable, et c’est là que le droit de réserve, nous protège le mieux. Une protection qui peut s’avérer ou nocive, ou intelligente [3].

 

Dans le premier cas, se taire, c’est refuser une intégration presque instinctive chez l’Homme dans un milieu. Notre espèce a pour la plupart d’entre nous besoin de s’entourer solidement, de recevoir des conseils, de partager des moments à plusieurs, entre amis ou en famille. S’éloigner de ces idéaux solides à travers toutes les époques ressemble véritablement à une mise à l’écart volontaire. Évoluer à travers différents espaces par soi-même constitue quelque chose de remarquable, mais de très difficile. Empêcher la communication avec les autres de son propre chef se ramène à s’isoler de notre environnement. C’est d’autant plus compliqué que l’on est systématiquement jugé dans notre société, de nos jours. Le regard extérieur compte beaucoup, et se base sur notre typologie (caractère, physique, et préférences). Un regard qui pèse beaucoup, puisque l’on a tendance à vous “classer” dans une catégorie, par rapport à laquelle vous serez sûrement plus ou moins proche. La complication lorsqu’on est de tendance à se taire est que votre classement est moins précis, et n’a pas la possibilité de se baser sur les faits qui constituent votre personne, puisque vous ne les dévoilerez pas. Alors, la mise à l’écart est l’option la plus simple pour votre type.

 

Au contraire, il arrive que se taire soit une option bien plus intelligente ; ne pas systématiquement donner son opinion sur tout permet de prendre du recul par rapport à ce que les autres pensent de l’avis d’un homme qui l’exprime. C’est aussi se protéger des mauvais regards, en général. Or, ce qui différencie la façon dont on vous jugera dans le premier ou le deuxième cas, c’est que ce qui fait l’homme sage, c’est sa capacité à se taire quand l’occasion n’est pas adéquate pour la parole. Une sagesse qui distingue l’intelligence à la bêtise dont l’Homme peut parfois faire preuve. Un signe aigu de compréhension dans son environnement, loué bien entendu, par beaucoup, puisqu’il démontre à merveille que les mots ne sont pas toujours utiles pour s’exprimer, et que s’abstenir peut en dire long sur notre philosophie.  Le théâtre du XVIIème siècle a fourni quelques exemples dont le silence de Jean Racine. Et pourquoi ce silence ? Sans doute parce que les paroles de cette pièce sont des inhabituels expressions d’une réalité dans la société verrouillée sous Louis XIV. Phèdre (Racine, 2009) où l’auteur fait faire cette déclamation au sujet des silences possibles et lui-même gardera longtemps un silence forcé : 

 

Oenone

Ah ! s’il vous faut rougir, rougissez d’un silence

Qui de vos maux encore aigrit la violence.

Rebelle à tous nos soins ; sourde à tous nos discours,

Voulez−vous sans pitié laisser finir vos jours ?

E la réponse quelques vers plus loin :

Phèdre

Quel fruit espères-tu de tant de violence ?

Tu frémiras d’horreur si je romps le silence.

 

Et qu’en est-il du silence forcé ? Il arrive bien entendu que l’Homme soit “contraint” au silence. Une obligation qui l’empêche de donner son avis, d’user de son droit fondamental, la liberté d’expression. Dans ce sens-ci, le choix du silence est le plus souvent poussé par la terreur, la peur, des sentiments qui parfois prennent le dessus sur la nature humaine, si puissante qu’elle soit. Il est bien entendu impossible de contrôler pleinement nos émotions, et parfois certaines prennent le dessus sur d’autres. Alors le silence devient une prison qui renferme tout ce qu’on aimerait dire...mais qu’on ne peut. Les raisons ? Elles sont bien entendu multiples, dans le monde des enfants comme des adultes. Le harcèlement parfois, l’argent d’autres fois. Le régime politique, ou bien les menaces. Mais comme je le disais, le silence constitue une bulle dans laquelle l’humain cherche parfois un refuge, une porte de sortie. Et si, au contraire, il se retrouvait enfermé dans cette bulle ? Alors il est bien difficile de s’enfuir, et cela demande du courage. Parce que notre espèce est de nature à renfermer en elle beaucoup, certes, et cela rend chacun de nous complexe, ce que l’on enferme en notre for intérieur forge notre caractère, nos pensées...rester silencieux signifie se plier face à notre adversaire, se mettre en sécurité, et parler, se confier, cela devient bien dur à mesure que l’on intériorise de plus en plus en nous. Le silence, voilà ce qui nous maintient, ce qui nous sauve, comme ce qui nous torture.

 

Et c’est là que l’on est capable de découvrir les multiples facettes du silence. Il peut s’avérer plein de sagesse, plein de secrets, plein de bêtise… Tout comme l’Homme et ses époques, le silence évolue de même, il se mute, il suit notre espèce fidèlement. Mais parfois, il arrive que notre seul rêve soit de s’en échapper…

 

Ce rêve d’envol, de départ, cette envie de sortir de ce cercle silencieux, cela s’inspire peut-être de ce qu’il ajoute à l’atmosphère (le plus “à proprement parler” possible : un vide. Un creux. Un arrêt dans le temps et l’espace, presque, tant il pèse en et autour de nous. C’en est presque effrayant, tant c’est incomplet. Ce manque d’activité, de son, de présence, qui rappelle presque qu’on ne peut reposer sur personne, qui nous chuchote à quel point la solitude nous envahit, qui en devient un ennemi, invincible pour peu. Si invisible, et si présent. Et qui risque de nous dépasser, si nous n’en faisons rien. Ce n’est pas une torture physique certes, mais qu’en est-il pour l’esprit ? C’est où bénéfique, ou inconcevable. Le silence, c’est presque une torture, oui, et en tout.  Parce qu’il inspire tant de choses à la fois, ces choses que l’on s’efforce de retranscrire sur papier tel que je le fais à présent, mais qu’il ne représente rien. Rien qu’un effort, presque vain, pour s’exprimer, faire ressortir ce qui nous envahit, mais qui pèse sur notre gorge, nous étouffe, au point de ne plus rien pouvoir dire. À mes yeux, la meilleure manière de résumer cette situation, c’est l’extrait suivant, tiré du livre “Le meilleur des mondes” de Aldous Huxley :

 

« - Ma foi… - Le Sauvage hésita. Il eût voulu dire quelques mots de la solitude ; de la nuit ; de la mesa, s’étendant pâle sous la lune ; du précipice ; du plongeon dans les ténèbres pleines d’ombre ; de la mort. Il eût voulu parler ; mais il n’y avait pas de mots. Pas même dans Shakespeare » (Huxley, 2002).

 

Ce passage illustre le silence comme notre ennemi. Mais qui ne rêve pas, pourtant, malgré ce qu’il nous fait endurer, malgré ce qu’il nous rappelle, telle une corde qui nous tire vers la réalité, qui ne rêve pas d’en faire un allié ? Une aide, voilà aussi ce que peut être le silence, après tout, lui qui n’a ni forme, ni aspect, ni pensée. Un conseiller, il se peut tout à fait qu’il le soit. Après tout, le silence n’aide-t-il pas le mieux à la concentration ? Si. Il nous en tire presque vers le haut, en repoussant toute distraction de notre personne. Il est capable de nous faire faire tant de choses, nous, qui nous sommes à ses côtés impossibles d’être dérangés, que ce soit pour se recentrer, se remettre en question, ou s’appliquer à une tâche quelconque. Et c’est en cela qu’il s’avère vital pour nous autres. Il est vrai, et a déjà été maintes fois répété, que nous vivons dans une époque spéciale, où toutes nos paroles sont entendues, puis répétés. Mais pas seulement. Nous vivons aussi dans un monde à la recherche de continuelle progression, certes, mais qui ne sait évoluer que par la vitesse. L’économie du temps. Et quelque part, n’est-ce pas magnifique ? Tant la vie est courte, n’est-pas une bonne chose que de tenter d’aller grappiller le plus de secondes, minutes, heures possibles, comme si ces dernières étaient matérielles ? Chaque instant compte, voilà les trois mots qui résument le mieux à mes yeux la philosophie de notre époque. Et pour cause. Tout doit donc être réalisé en vitesse. Et au mieux possible, bien entendu - ou plutôt, pour être plus précis, et selon ce que nous dit l’ego humain – on ne cherche pas à faire du mieux possible, on recherche la perfection, l’impossible en un temps record.

 

Toutefois, cette activité ambulante à la recherche du parfait n’a qu’un défaut, ou du moins celui apparaissant comme le plus évident : elle est incroyablement exhaustive. Une fatigue qui semble impossible à rattraper, ce qui paraît logique, comme l’heure n’est plus au rattrapage mais à l’avancée. Or, la fatigue mène au retour en arrière, à la mauvaise qualité. Alors, pour éviter tous ces soucis, il suffit de savoir s’arrêter par moments, histoire de se calmer. Ce qui nous en ramène au silence. Celui-ci nous permet de ralentir, comme je vous l’ai expliqué, et c’est sûrement là ce que toute personne recherche afin de se calmer, de passer à autre chose...et de faire des activités, de se focaliser pour soi-même, ou autre, par exemple.

 

En effet, si on analyse le type humain en général, on note que beaucoup ont tendance, lorsqu’ils travaillent sur quelque chose, à se taire subitement et demander le silence le plus complet. Ceci n’a rien d’anormal, et prouve la véracité donc de mes mots. De même, si l’entraide, le partage, et le fait de donner du temps à soi pour d’autres personnes représentent des valeurs importantes en vue de l’évolution de notre personne, il est important de consacrer du temps à son moi, comme j’aime l’appeler. Le silence permet d’en faire autant mieux que toute autre chose.

 

À présent, on s’aperçoit que le silence peut prendre plusieurs formes. Il est donc assez indéfini. Un temps allié, l’autre ennemi. Un autre tout à fait sage, l’autre des plus stupides. Il est à noter qu’il sait aussi inspirer des émotions assez spéciales chez l’Homme (la gêne, la honte, la perplexité, l’hésitation), puisqu’il a pour habitude de tenter de le combler au mieux, habitude des plus intrigantes, mais aussi spéciales et intéressantes. Pour en revenir à notre sujet, je dirai que sa nature est certes contestable, mais que, et selon les mots du très grand Victor Hugo, cette citation : « il n’y a incontesté que le silence ». À analyser ces mots, on se rend compte de leur clairvoyance. Comment peut-on s’opposer au vide le plus total ? Comment peut-on penser pouvoir voir en le silence de la bêtise, comme pourrait-on en voir dans la parole ? C’est impossible. Parce que les discours qu’une personne saurait modeler à partir de mots, de sons, ne viennent que de son opinion. Et comment voulez-vous que chaque être sur Terre puisse avoir le même avis ? Vous ne le pouvez. Et fort heureusement, d’ailleurs. Imaginez-vous bien, d’un coup d’un seul, un monde où tous partageraient les mêmes idéaux. L’ennui règnerait partout. Puisqu’on serait d’accord sur tout, comment discuter sans être sûr d’être interrompu par nombre d’hommes et de femmes qui vous donneraient de suite leur accord quant à vos paroles. C’est justement là ce qui fait la beauté de notre espèce : la variation en continu, le changement, les divergences d’opinion.

 

Mais malgré cela, ce sont les mots qui changent. Lorsqu’ils n’existent pas, comment peut-on les entrevoir, les remodeler ? C’est toujours vers la même idée que l’on se tourne. Le silence n’est rien qu’un vide, immatériel, et dans le même temps, on se dit que si le silence représentait des mots, nous les répéterions sans cesse. Or, si l’on y pense, nous les avons sans cesse répété, ces mots immatériels, au début de notre existence, quand bien même nous pourrions définir un commencement propre, loin des dates, qui certes définissent un temps qui passe, qui s’écoule, mais qui ne sont que des chiffres sans réel début. Enfin, pour revenir à ce début, cela semble clair ; nous ne parlions pas. Nous nous taisions.  Il n’y avait pas de verbes, pas de mots, pas de lettre, que du silence. Alors, communiquaient-ils par le silence, comme a déjà été énoncée ce langage dans le texte, sans rien d’autres que tous leurs sens, hormis l’ouïe et les gestes ? Ce n’est pas tout à fait sûr, certes, mais possible : comme quoi le silence est bien un langage universel.

 

Le silence est donc peut-être le premier langage inventé. Mais il représente beaucoup plus, c’est certain. Pour moi, le silence, c’est aussi une fin. C’est aussi le synonyme de la mort. En effet, lorsqu’un bébé naît, il ne sait que crier, bruyant comme il sait l’être tout-à-fait. Toute la journée, il pleure, crie, rigole, prononce des syllabes, incompréhensibles souvent, mais qui prouvent qu’il découvre l’usage de la parole. Or la nuit, il semble oublier ce don qu’il possède. Il se tait. Des heures durant, il ne semble plus que savoir se taire. Il ne prononce plus rien tout à coup. Cet arrêt soudain, ce silence inattendu, cela ressemble en quelques points à la mort. Le jour, ce silence-même n’a pas sa place. La nuit, il règne en maître. Shakespeare résume parfaitement cette situation, en écrivant l’extrait ci-dessous, apparaissant dans le livre “William Shakespeare” : « (…) Deux problèmes, en effet, sont en présence : en pleine lumière, le problème bruyant, tumultueux, orageux, tapageur, le vaste carrefour vital, (...) les bouches contestantes, les querelles, les passions avec leurs pourquoi ? (...) dans l’ombre, le problème muet, l’immense silence, d’un sens inexprimable et terrible. Et la poésie a deux oreilles : l’une qui écoute la vie, l’autre qui écoute la mort. (…) » (Shakespeare, 2013).

 

Et si le silence, lui, n'inspirait pas que la mort, pas que le vide, mais aussi, et entre autres, le rêve et le cauchemar ? J’ai certes évoqué la situation du silencieux, mais si celui-ci avait horreur du réel. Il est vrai que le songe fait partie des plus belles choses qui existe, mais peut-être est-il compliqué pour le silencieux de le rejeter, de s’éveiller. Toute rêverie dans laquelle on s’est réellement plongé, au mieux possible, a attiré sur elle toute son attention, certainement. Alors qu’est-ce que le songe inspire, en général, aux hommes et aux femmes ? Peut-être nous permet-il de nous créer un cocon, où tout est possible. Et si ce cocon ressemblait en tous points à la bulle dans laquelle le taiseux s’enferme ? C’est le cas. Maupassant et Zola écrivaient même au sujet de ces rêves, de ce cocon, en prenant pour exemple les fous : « C’est gens-là vivent dans un pays mystérieux de songes bizarres, dans ce nuage impénétrable de la démence où tout (...) recommence pour eux (..) en dehors de toutes les lois qui gouvernent les choses et régissent la pensée humaine » (Maupassant, 1967).

 

Si eux tiennent pour sujet les Hommes atteints de démence, les silencieux vivent, peut-être, dans le même esprit, le même monde. Monde n’étant dicté par aucune loi, jugé par aucun regard, où tous les moyens sont bons pour rêver, pour interagir, pour développer l’imagination, pour aller au ralenti. Un monde où le réel maître n’est plus la pensée générale, appuyée sur les réseaux sociaux et moyens de communication, appuyée sur le physique et la typologie, appuyée sur l’argent, appuyée sur l’avancée, la vitesse à tout prix, mais l’Homme en lui-même, libre de tout, libre de parler...comme libre de se taire...un monde d’harmonie et de calme, un monde de repos, de concentration, en tout et pour tout l’inverse de notre société. C’est cela à tout hasard que le silencieux recherche : la paix. Le calme. Parce que son opinion et son renfermement sont peut-être des réponses à tous ceux qui recherchent sans cesse des réponses concrètes. Le silence, c’est aussi cela. C’est le mystère. C’est l’envie d’être soi-même, de ne connaître que sa propre personne, de n’être dérangé.

 

Enfin, le silence, encore une fois, c’est tant de choses pour ne rien être. Si je voulais vite le résumer, je dirais qu’il fait partie du cycle de notre existence. Le silencieux recherche la paix, le calme, l’harmonie et le droit d’être lui-même, un taiseux. Le silence, c’est le calme à toute épreuve. C’est la mort, le sommeil, c’est le rêve ou le cauchemar, la bulle saine ou la prison, l’esprit ou la bêtise, la communication ou le renfermement, la solitude ou la concentration, la simplicité ou la complexité, le recentrage sur soi-même, l’incontesté, l’injustice, la variation de tout et de rien, la tranquillité, le ralenti, l’ennemi, ou l’allié, un langage, bien plus que tout, universel.

 

Le silence, finalement, c’est la meilleure image de l’Homme.

 

Bibliographie

 

Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes (1894) (1958, Film) Paris, Pocket, Poche, coll. S.F., 2002.

Maurice Maeterlinck, Le Trésor des humbles (1896), Paris, Grasset, coll. Les cahiers rouges, 2008.

Guy de Maupassant, Madame Hermet (1887), Éditions Albin Michel, Poche, n°2156 (1967).

Jean Racine, Phèdre, Acte 1 scène 3 Paris, Flammarion, Coll. G.F, 2009.

William Shakespeare, Œuvres Complètes, traduit par François-Victor Hugo, Arvensa Édition (en version papier, 2013).

 

Notes

 

[1] Silence, du latin silentium, il est attesté en 1121 comme un état de celui qui s’abstient de parler, le fait de ne pas parler, de ne pas se plaindre… En 1755, il devient aussi une interruption du bruit, Pour le Littré, c’est une suspension que fait celui qui parle dans la déclamation.

[2] Louis Segond ‘LSG L’Ecclésiaste 3 :1-7 : www.biblegateway.com.

[3] L’utilisation d’internet bouleverse l’éthique (dans l’action publique, entre autres). Bien sûr, l’article 40 du Code de procédure pénale impose aux agents de dénoncer tout crime ou délit dont ils auraient connaissance dans l’exercice de leurs fonctions : www.lagazettedescommunes.com.

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