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Una forma di realtà sociale che si chiama errore / A cura di Bernard Troude / Vol.19 N.3 2021

L’erreur de Descartes ou la renaissance de la plastique en Occident

Marc-Williams Debono

magma@analisiqualitativa.com

Universités Paris-Saclay.

 

Abstract

En science comme en poésie, une forme de transculture est à l’œuvre qui intègre et dépasse l’erreur de Descartes, montrant le rôle prépondérant des émotions et de la non dualité entre un corps agissant et un esprit apprenant dans tous les actes et non-dits humains. Elle lutte contre le flux permanent d’informations sémantiques tronquées délivré par une société sourde aux cris des artistes, des veilleurs et des sensitifs au détriment d’une aseptisation de la langue et d’un certain degré d’homocratie. Nous montrons ici, sans nommément citer cette erreur, la nécessité d’un langage commun et les conséquences désastreuses que ces dénis ont sur la construction de nos équilibres. À l’image d’une société technologue et cybersémiotique ne mesurant pas l’urgence de plastir la langue au lieu de la plastiquer, de ne pas systématiquement occulter la valeur du sacré ou de l’émotion pure, de refuser les nouvelles écritures et le tiers inclus, il est temps de prendre en compte les nœuds gordiens comme les rapports d’architectures dans leur globalité. Ils concernent autant les archétypes, l’oubli des langues que les biais cognitifs ou la pensée sans langage ; autant la poétique que la logique ; autant l’épistémè que la nature humaine, autrement dit tous ces processus d’essai-erreur, tous ces paliers qui construisent l’identité humaine. Plus largement, c’est de la valeur intrinsèque d’une véritable poét(h)ique d’action et de la mise en place de nouveaux apprentissages transdisciplinaires qu’il s’agit. D’une plasticité de pensée en marche ou de ce qu’on peut assimiler à une renaissance de la plastique en Occident. À nous de combler à la fois l’erreur de Descartes et celle consistant à opposer art et science, sociétés tribales et sociétés émancipées, fondements et hybridités. C’est le grand défi à relever en ce troisième millénaire naissant !

 

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L’appel des Lumières [1]

 

L’esprit occidental contemporain a, entre autres "pouvoirs", celui de confiner, d’étiqueter, d’individualiser et pire, d’hypnotiser littéralement sa sphère, ne lui autorisant qu’un droit de regard sur le mystère. Ce droit de fascination, ne gommant pas l’inquiétude, la curiosité, la spontanéité propres à la nature humaine, est ainsi frustré. Pourtant ce refoulement collectif de l’imaginal comme de la mort caractéristique du drame que nous vivons au quotidien, tient d’une prise de conscience. On commence à s’interroger fondamentalement sur des notions telles que l’authenticité, l’intuition ou le paradoxe natif de l’être. Et on ne trouve des ébauches de réponse que dans le mythe, les approches jungiennes d’une réalité archétypale ou l’orientalisme, c’est à dire des terrains de prédilection. Qu’ils soient féconds, porteurs d’un élan que nos égocentrismes occidentaux ont du mal à digérer, cela ne fait pas de doute. Cependant, pour s’extraire du moule, pour renouer avec la Plastique en Occident, il faut frapper plus fort, ébranler l’âme non signifiante d’un Occident érodé par l’empirisme logique, en le soumettant à une sorte d’électrochoc.

 

Je m’explique : il y a trois grands axes à poursuivre puis à recouper. Le premier est une réhabilitation de ce dont nous pouvons être fiers, à savoir : 1) une propension à l’auto-analyse que n’ont pas les autres cultures ; 2) un potentiel de création puissant ayant des racines médiévales encore vivantes ; 3) un dynamisme d’ouverture.

 

Actuellement 1 est timide, 2 est stagnant, 3 est obscurci. Le second est une conduite à tenir, parfaitement résumée par Sh D.Cousineau (1985) : 1 - assumer le paradoxe ; 2 - ré-enraciner la réalité dans l’imaginaire, à laquelle j’ajouterai : 3 - suggérer les rapports d’architectures. Et ce, aussi sournoisement que l’on fait nos pères, mais avec "notre mythologie" (audiovisuelle, poétique au énième degré) et sur un terrain fécond et meuble qui est celui de la crise d’identité que nous connaissons bien. Voici le point d’orgue où s’annonce le rôle prépondérant des mythologistes des temps modernes, qui couvent depuis longtemps, sous l’aile - ou l’œil (malveillant) - des papes de la logistique, leur percée. Il s’agit des poètes contemporains bien sûr, à qui Kant, Baudelaire, Rimbaud, Artaud, Hölderlin, Michaux, Perse, Heidegger, Nietzsche... ont donné des tâches précises à accomplir. Kant ne parlait-il pas de faculté transcendante et Heidegger d’ontologie de l’art à titre d’exemples ? Ces tâches sont, qu’outre leur rôle classique, primordial et humble de transcripteurs d’un espace-temps intérieur, ils se doivent à présent que la parole va leur être donnée, de définir une poét(h)ique de la vie. Et cette fois en tant que plasticiens (Debono, 1996) [2], qu’acteurs du débat parce qu’en son cœur. Ils ne doivent plus se contenter de préfigurer, mais sortir un tant soit peu de leurs gonds, afin que la méditation profite à tous.

 

« La poésie cherche l’instant. Elle n’a besoin que de l’instant. Elle crée l’instant » disait Bachelard en 1966. Oui, elle le crée. Et si elle n’était qu’une fin en soi, ne cherchait qu’à illuminer, elle serait bannie depuis longtemps au lieu d’être étouffée ; ce qui est une reconnaissance implicite de la peur qu’elle dissimule et du champ d’action qu’elle couvre. Toutefois, il faut être prudent et ne tenir compte intrinsèquement dans cette démarche que des poètes ayant dépassé les mots, dont la perversité n’est pas à rappeler. C’est à dire des poètes ayant intégré puis inversé l’entropie du langage. Entropie qui selon le Larousse signifie « dans la théorie de la communication, le nombre qui mesure l’incertitude de la nature d’un message donné à partir de celui qui le précède (l’entropie est nulle quand il n’existe pas d’incertitude) ». Autrement dit, il s’agit d’une phénoménologie conduisant spontanément au désordre.

 

Je veux être clair dans cet énoncé et qu’il n’y ait pas d’interprétations fallacieuses à son sujet. Tout acte poétique est comme le disait Bachelard un "engagement de l’âme". Pour authentique qu’il soit, il draine spontanément une assomption du monde dans sa globalité, appréhendant d’emblée l’univers comme un tout en y faisant figurer l’homme de l’intérieur. Le mot, le ton, la couleur, expressions se devait d’être les plus dénuées possible et s’épandant dans le poème, méritent donc en soi notre profond respect. Et ceux qui portent ces poèmes en eux et les offrent aux autres aussi, car ils sont les artisans du merveilleux et du mystère qui font si cruellement défaut en Occident aujourd’hui. Encore que Sartre (1964) fasse une distinction entre la poésie et les autres arts (musique, sculpture, peinture), qu’il qualifie sèchement de "non signifiants" et de "relatifs", tant qu’ils ne sont pas finis, dans le sens où ils n’utilisent pas comme matière brute des mots, donc des concepts, et qu’ils ne peuvent signifier leur objet qu’en référence à des mots. Je modulerai nettement cette opinion, à la lumière de ce qui est rapporté ici, car le travail dans la matière brute peut être beaucoup plus porteur et signifiant qu’il n’y paraît à condition d’y puiser directement (dans l’espace temp imaginaire) un substrat, et élévation suprême, outrepasser les mots. Rappelons aussi que la poétique se distingue de la littérature et de la philosophie en cela qu’elle fait appel au premier degré, à un matériau aussi brut que la pierre du sculpteur. Elle a depuis l’origine des temps toujours eu pour fonction de travailler les archétypes. Ce furent le rite où la gestuelle, la forme primaient, puis l’ode incantatoire, avant que la pollution ne s’installe avec les mots conjoncturels (afférents aux commandes, célébrations : [3] ou pire, les mots pour les mots.

 

Aussi, est-il nécessaire de comprendre que le mouvement salutaire auquel nous assistons aujourd’hui, « curieusement » par le biais des révélations de la science - ce qui n’est toutefois que logique, dans la mesure où c’est une machine rouillée depuis le Moyen âge sur le plan des rénovations contrairement aux arts qui se renouvellent sans cesse par essence -, cette complicité naissante entre penseurs au sens large du terme et hommes de science concerne bien entendu les poètes ! Quelle que soit la distance qui les sépare, on a et on aura toujours besoin de ces magiciens-là, car ils comprennent d’instinct les lois de la nature comme sa propension innée au paradoxe (le poète est par essence un paradoxal insurgé dixit Artaud), sa circularité conceptuelle et déplore la "dénaturation homocrate" des relations sujet-objet, conscience-inconscience, entrée-sortie....

 

En outre, il y a une distinction à faire entre écrivain et "écrivant" comme le souligne Barthes, le premier exécutant une fonction, le second une activité. En effet, Barthes dit en substance que l’écrivain souscrit "existentiellement" aux deux modes de la parole que sont la doctrine « il n’est jamais qu’un inducteur d’ambiguïté », et le témoignage où il n’a plus « sa conscience naïve » (Barthes, 1973). Ainsi, rapporte-t-il, « on ne peut travailler un cri, sans que le message porte finalement plus sur le travail que sur le cri... », et si l’écrivain perd « tout droit de reprise sur la vérité » à cause de l’ambivalence ontologique (Izutsu, 1983) du langage, il gagne en revanche « le pouvoir d’ébranler le monde en lui donnant le spectacle vertigineux d’une praxis sans sanction ». Ainsi, dès lors qu’on atteint l’expression orale, l’interprétation, la théâtralisation, on déforme le percept originel. Là-dessus nous ne pouvons qu’être d’accord, le cri prime, les magiciens sont rois et toute ramification entrave le jet initial. Cependant, il faut être aussi dans l’action, sous peine de ne pas participer "au grand mime", et de ne pas comprendre le monde, de s’en exclure. Merleau-Ponty disait : « ... il n’y pas d’homme intérieur, l’homme est au monde, c’est dans le monde qu’il se connaît » (Merleau-Ponty, 1941, 1964). Comme l’a initié Popper, délivrons la pensée (occidentale) de son monothéisme, et faisons correspondre les faits et leur description afin que jaillisse la "vérité".

 

Change de forme et systémologie

 

C’est par l’ensemble de ces nivellements que je justifie notre démarche systémologique. Autrement dit : 1 - elle distingue formellement le cri de l’analyse du cri ; 2 - elle tente de vivre sa réalité duelle, et donc s’inscrit d’emblée dans ce mouvement partant à la conquête d’un imaginal flétri par Newton, Pascal, Euclide et les autres ; 3 - elle est dans le contexte de l’actuel, actuel dans lequel il se trouve [4]. Qu’il est possible d’envisager ce transfert, d’outrepasser les mots en tant que symboles référentiels du langage. Que l’imaginaire entre dans la réalité (en se plaçant précisément dans le contexte du nivellement). Que des notions renforcées et orientées d’éthique se font jour ; iv) que nous sommes en passe de surmonter une dualité de fond (+/- ; orient/occident, matière/esprit...). 4 Elle accepte comme enjeu le recoupement des axes. Ce recoupement des axes, cette intrication, féconde dès lors qu’elle n’est pas ressentie comme une ingérence, a depuis l’aube des temps engendrer des découvertes ou des prophéties marquantes. Je n’emploie d’ailleurs pas ce dernier terme à la légère, puisque les conceptions platoniciennes sont encore vivantes aujourd’hui, puisque l’onde de probabilité de Schrödinger baptisée du grec psi devint le symbole de la science du mental par un processus que l’on dirait "de clôture opérationnelle" si l’on se réfère à Varela (1989), issu "d’un bassin sémantique" propice si on emploie les termes de l’anthropologue Durand (1960), ou encore parce que dix-sept siècles après, on perçoit Aristote comme le père d’une certaine notion de la circularité causale.

 

Les philosophes ne sont du reste pas en manque puisque Nietzsche parlait déjà "d’une transmutation des valeurs". Or, nous nous trouvons dans un contexte socio-historique favorable à une telle (r)évolution. Sans entrer dans le détail, car c’est aux sociologues de le faire, notre époque hypertechnologique, en prise aux derniers sursauts du cartésianisme, a besoin de merveilleux sans se l’avouer ouvertement. Elle perçoit pleinement cette dualité, ce qui est très important, et donc tâtonne pour l’instant, hagarde, angoissée, avant de trouver la voie, l’Articulation. L’état de crise s’accentue sous de fortes poussées orientales, entraînant son cortège d’atrocités, mais le ferment est en passe de lever. Cet état critique absolument général touche de plein fouet la science engluée dans ses principes déterministes depuis la Renaissance, et les arts qui sont les reflets nets de la rébellion sous-jacente. D’où ce regard posé sur la symbolique profonde des choses qui élargit.

 

Et, c’est précisément de cet élargissement, de la transdisciplinarité et d’une transformation du langage naturel en langage plastique et sensé que naîtront l’articulation, la transformation tant attendues, ce que je suggère comme répondant à une translation de l’axe imaginaire. Translation qui, toutes acceptions confondues (mathématique, biologique ou philosophique), va du feu croisé entre science et art, faire naître de nouvelles voies de recherche (ce sera une de ses missions, car ne perdons pas de vue que la principale infère au hors-texte). À titre d’exemple, après les prémisses du mouvement Change sur le transformationnisme introduit par Jean-Pierre Faye, où les bases syntaxiques, métriques, rythmiques de la poésie et du langage, "le change de forme", sont examinés sous toutes les coutures (colloque de Cerisy, 1973 - Faye, Roubaud, 1975) on assiste maintenant à l’essor d’une nouvelle épistémè, d’une autre perspective cognitive, ou à un besoin recentré de bioéthique (Folscheid, 1991).

 

Nous nous sommes étendus sur ce nouvel enjeu de l’épistémologie, donnons donc les grands traits du constat que Folscheid relève à propos de l’éthique. L’auteur dit : « un débat sous anesthésie générale ne rendrait service à personne, sinon à la barbarie aux aguets ». De même souligne-t-il la prise de conscience actuelle d’hommes de tout bord « qu’il y va dans cette affaire de l’humanité même de l’homme, qu’ils la prononcent comme "dignité", "être", "nature", "âme", "personne" ou "esprit" ». Aussi l’idée est-elle de précéder l’inéluctable crise de valeurs en gestation face à cette croissance du pouvoir de l’homme sur le vivant (se faisant à son détriment), en créant une cellule pluridisciplinaire de réflexion autonome autour du concept de la bioéthique. Cette attitude qui veut défendre l’homme contre lui-même, est saine et absolument nécessaire. Il suffit de se référer au précédent écologique. Ce n’est bien entendu pas un hasard si cette nécessité - sans vouloir parodier Monod (1970) - se ressent de façon aussi aiguë dans le contexte général que nous décrivons. D’un point de vue plus théorique, des psychologues ou des philosophes avancent des notions de pensée interactive (Skolimowski, 1985) voire paradoxale ou de "seconde révolution copernicienne" (Harman, 1985) Les uns (Skolimowski) voyant là de façon cosmogonique la fin du cycle mécaniciste et l’ouverture vers un langage universel neuf, tandis que les autres (Harman) parlent de science complémentaire au sens que Bohr [5] donnait à ce terme (à savoir que « la réalité est trop riche pour être comprise dans un seul système de référence conceptuel »). Science attachée à la subjectivité, aux valeurs et à la téléologie, nous faisant prendre conscience de "l’hypnose culturelle" dans laquelle nous baignons, et du fait que le mouvement culturel soit dans un certain sens exceptionnellement en avance au regard du parcours scientifique. Ainsi, pour Harman, la seconde révolution copernicienne correspond à la "dé-hypnotisation", au réveil (au sens strict de la sortie du rêve) "qui va transformer notre vision de l’espace intérieur", comme la première concernait notre espace extérieur.

 

St John Perse : de la poétique à la logique

 

Revenons à présent un tout petit peu en arrière, en citant Saint-John Perse qui dans sa magistrale allocution au Nobel de 1960 (Perse, 1961) tentait une fois de plus de rétrécir le fossé ontologique entre le savant et le poète en signifiant leur interrogation initiale commune, et leur divergence méthodologique. Plus précisément, il souligne que « toute création de l’esprit est d’abord "poétique" au sens propre du mot », et en faisant référence à Einstein, déclare : « ... Quand on a entendu le plus grand novateur scientifique de ce siècle, initiateur de la cosmologie moderne et répondant de la plus vaste synthèse intellectuelle en termes d’équations, invoquer l’intuition au secours de la raison et proclamer que "l’imagination est le vrai terrain de la germination scientifique", allant même jusqu’à réclamer pour le savant le bénéfice d’une véritable "vision artistique", n’est-on pas en droit de tenir l’instrument poétique pour aussi légitime que l’instrument logique ? ».

 

Saint-John Perse situe la poétique comme la discipline la plus à même d’arrimer "le réel absolu", et comme inhérente, "irréductible" à l’homme. Il lui assigne une mission exploratoire et une expression aussi exigeante que celle de la science, tenant pour substrat « le mystère où baigne l’humain" et garante pour nous de "la liaison avec la permanence et l’unité de l’être ». Il conclura son discours par ces invitations à une relativisation et à une sagesse dont nous ne pouvons que nous abreuver : « Au poète indivis d’attester parmi nous la double vocation de l’homme. Et c’est hausser devant l’esprit un miroir sensible à ses chances spirituelles. C’est évoquer dans le siècle une condition humaine plus digne de l’homme originel. C’est associer enfin plus hardiment l’âme collective à la circulation de l’énergie spirituelle dans le monde... Face à l’énergie nucléaire, la lampe d’argile du poète suffira-t-elle à son propos ? - oui, si d’argile se souvient l’homme". Et St John Perse d’ajouter : « Et c’est assez pour le poète d’être la mauvaise conscience de son temps ».

 

Nous tenons modestement à le rassurer. Nous allons rompre le silence, relever le défi et tenter de réhabiliter le poète dans sa fonction (lui en donner peut-être d’autres). Car une sorte de consensus existe réellement aujourd’hui (ne serait-ce que conjoncturel) qui ne pourra manquer de rassembler sur un certain plan les énergéticiens et les poét(h)iciens, quoiqu’en pense certains poètes. Ce consensus s’articule sur la notion de réalité, comme redécouverte en science depuis l’avènement de la physique quantique et l’aube de la révolution biologique. Bien sûr, les poètes sont aujourd’hui encore peu expansifs, frileux, se cachent derrière le poêle des philosophes ou invoquent à juste titre leur rôle de magicien et non de penseur. On entre en poésie, on ne se destine pas à elle. Certes, mais encore bien souvent par la porte de derrière. Celle de la surabondance des fruits mûrs (les mots) dont certains attendent des années avant d’être mâchés, alors que d’autres semblent mystérieusement neufs. L’âge des hommes, c’est l’âge des mots. À chaque étape de croissance, un mot peut suffire. Une vie peut se résumer en une phrase si chaque mot y est pesé, y a pleinement son sens. La règle d’or : « ne jamais vivre un mot avant son heure ». Mais peut-on souvent la suivre ?

 

La langue plastie [6]

 

« Le songe m’est car il m’a préexisté. Il éveille des orbites, une géométrie, des racines de vie et, tapie, en transparence avec l’univers, une extraordinaire plasticité. Une dimension où s’imposera l’idée que l’esprit a une existence propre hormis nous, et qu’il enfante des mots à poétiser. Alors que je voulais embrasser la lumière, contentons-nous du sceau : un vestige transposé. D’ici nous partîmes à l’assaut des culminants, de la chaleur des contresignes de l’intérieur, partageant chaque harmonique, la présence translucide des mots... ».

 

Comme l’illustre à merveille le palimpseste ou cet extrait de « La Joute » [7], la plasticité de l’argile intellectuel n’aurait pu s’émanciper sans ces préfigurations, sans un taraudage de la langue. De même que dans le berceau africain se développait une langue des signes très élaborée permettant de communiquer et de véhiculer des idées neuves à partir de gestes primitifs, de même que s’égrainait dans les générations asiatiques une idéographie extrême-orientale millénaire, le langage humain élaboré s’est construit à partir de préconcepts (Corballis, 2004) [8]. Comment cette gestuelle a-t-elle abouti à une véritable sémantique ? Une amorce de réponse réside dans l’observation du fait que la plasticité cérébrale et l’interaction bébé-mère inscrivent conjointement et définitivement la structure linguistique choisie. Cela indique d’une part une attrition du langage acquis pendant le développement [9], et d’autre part une concordance parfaite entre le développement de l’enfant et la plasticité de la langue [10]. Les conséquences sont que les concepts semblent préexister à la langue [11], ce qui irait dans le sens l’hypothèse étayée d’une pensée sans langage (Laplane, 2005) [12].

 

Cette pensée non verbale serait parfaitement consciente et de nature intuitive comparée à la pensée discursive. Elle agirait dans une sphère pré-langagière, et ce n’est que la combinaison des deux types de pensée (pensée avec et sans langage) qui constituerait la pensée dans son entièreté. Autrement dit, le langage naturel, essentiellement autoréférentiel, ne fait, au même titre que la culture, que participer à la genèse de la pensée. Il la formalise, la codifie, mais elle a déjà une existence propre dans notre conscience. La généralisation de la pensée sans langage, dont on explore aujourd’hui intensément la présence chez les animaux [13] serait donc importante pour notre approche, car, non seulement les rapports plastiques entre le langage intérieur de l’écrivain et son œuvre seraient revus ou différemment éclairés, mais surtout le rapport métaplastique [14] entre le cerveau, la conscience et cette plage de la langue que j’ai déjà décrite comme pulsée ou inhérente à la forme décortiquée nue serait réévaluée. En effet, on s’adresse ici au lien direct unissant un champ informé et une potentialité d’existence que le poète crie depuis toujours. Un champ où le créateur puise à volonté, mêlant pêle-mêle affects bruts, travail dans la langue et pensée incarnée. L’être pensant ne peut ainsi plus s’exclure du moule de la pensée, mais il peut la plastir à volonté [15].

 

Ce champ informé si cher au poète n’est autre que le berceau des langues qui créent nos pensées les plus profondes, qui préside à cette explosion de sonorités et d’expressions absolument inédites, qui, comme le montre de façon magistrale Daniel Heller-Roazen (2007), sont vouées à s’étioler, disparaître, être totalement refoulées, oubliées. Tel est, à l’instar des écholalies, le sort des langues elles-mêmes. Ainsi va la démonstration de l’auteur, qui, comme je le disais en exergue de l’essai du logicien Joseph Brenner abordant ce sujet sous l’angle du plasticien, allie la sémantique de l’oubli à la plasticité de la langue, donnant une acception nouvelle à l’écholalie : il ne s’agit plus d’une répétition maladive, mais de la traduction du fait que chaque langue est l’écho d’une autre, l’écho du babil enfantin dont l’effacement ou l’oubli a engendré la parole. Outre cette allusion aux travaux de Jakobson sur le stade pré-linguistique, Heller-Roazen cite maints exemples philologiques, mythiques, littéraires, mystiques, psychanalytiques de ces écholalies, de ces dialectes oubliés, en appelant à Freud, aux textes sacrés de l’Islam et du Judaïsme, à Dante ou à Poe sans omettre la tour de Babel… Il en ressort clairement qu’une forme d’oubli est au centre du changement dans les langages, leurs constituants et leurs poésies. Oubli, qui, fait marquant, est invoqué en neurosciences comme un constituant essentiel de désaturation des systèmes neuraux encombrés par tant de souvenirs ou mémoires fossiles, le sommeil et la période des rêves favorisant sans doute cet effacement salutaire, ce passage obligé vers l’acquisition de nouveaux apprentissages, notamment chez l’adulte (reverse learning), vers de nouveaux champs exploratoires (Debono, 2009).

 

Oubli encore très récemment indirectement invoqué comme un accès privilégié au subconscient, le cerveau des bilingues étant semble-t-il capable d’accéder à leur langue maternelle alors qu’ils lisent dans leur seconde langue, ce qui signifierait une rétention d’information inconsciente à certaines formes d’apprentissage ou de connaissance (Wu, Thierry, 2012). Dans ce cas, ce sont les émotions provoquées par les mots qui priment sur le choix du langage des bilingues ; les mots à connotation négative n’activant pas la langue maternelle, contrairement aux mots à connotation positive. Il s’agirait donc bien d’un système de protection cérébrale, au même titre que l’oubli, qui permettrait aux affects d’accéder au langage natif à un niveau inconscient afin d’empêcher toute anxiété du sujet et de favoriser son expression linguistique. Oubli qui est également prégnant dans la phénoménologie de Derrida, dans la dialectique essentielle du « le même et pas le même » exemplifiée par Lupasco, dans notre propre approche et dans la logique de la réalité de Brenner. Il le souligne clairement en indiquant que la notion de plasticité est implicite dans « Echolalies », alors qu’elle est explicite dans « La plastique des mots » de Debono (1996). Oubli enfin, qui fait aujourd’hui appel à de nouveaux palimpsestes, de nouveaux phrasés, de nouvelles formes de plasticités émergentes dans la mémoire, l’écriture et l’art, cyberspatiales, cybersémiotiques, qui pourront compenser les processus d’oubli ou d’attrition délétères du savoir parler et du savoir écrire liés aux pratiques textuelles à vertu purement utilitaires qui prolifèrent aujourd’hui.

 

Cette plasticité de la pensée, sous-jacente à tout ce que nous décrivons ici par le biais de l’écriture, mais plus généralement attachée au déploiement de l’esprit lui-même, ne peut que s’épanouir dans un tel système dynamique ouvert de quanta d’information, laissant libre cours à tous les courants entrants, qu’ils soient ou non formalisés, les facilitant ou les réprimant selon le cas, les amenant à délivrer le sujet de toute emprise matérielle pour laisser cours au déroulement de son libre-penser. Ainsi, la plasticité de l’écriture n’est pas seulement véhiculée par le flot canalisé de la pensée et le surgissement anarchique du langage, mais relève du piochage à la fois conscient et inconscient de l’univers qui nous entoure.

 

Ce piochage, codé en aval par le flux verbal, admet cependant en amont un degré de liberté non négligeable. Ce degré est lié au sens intuitif, à une perception globale plutôt qu’analytique de l’évènementiel. D’où une langue parlée, et surtout écrite, qui stigmatise le moment présent en même temps que l’histoire qui a conduit à accoucher ces mots. Une langue plastie, véritable « épissure des mots » (Debono, 2008). Le porteur ou l’écrivant étant vecteur d’expression en même temps que créateur, mesurant, si besoin était, la singularité et la non gratuité de l’acte d’écriture. L’intelligence - en tant qu’aptitude proprement humaine à penser - ne suffit donc pas. C’est sa rencontre avec un vécu et une temporalité immédiate qui fonde le propos, l’ancre dans un rébus autant contextuel qu’étranger - inspiré. Et si on revient aux origines de l’écriture, on voit bien qu’elle a suivi ce même trajet s’exprimant d’abord par image-concept, idéographiquement, devenant transitoirement cunéiforme ou hiéroglyphique, puis phonétique avec l’alphabétisation. Cette évolution a permis d’émanciper la sémantique, puis de remplacer avantageusement la labilité de la trace mnésique cérébrale par un écrit qui se perpétue de génération en génération, acquérant un statut quasi-universel lorsqu’il est reconnu comme un fait culturel majeur par nos sociétés. Projeté sur la toile, le phénomène s’amplifie, se ramifie, se conjugue au pluriel, interagit avec le reste du monde. Une transculture naît qui inscrit dans une réalité meuble, éminemment plastique, tout vécu singulier cherchant à communiquer. Un ‘‘Je’’ multiple, co-naturalisé, une écriture commune se rencontrent et l’invention d’un seul devient intemporelle.

 

Vers une poét(h)ique d’action 

 

La poésie est donc vivante en l’individu, ne demande pas de travail mais à être travaillée, coule en ses veines jusqu’à l’appendice menant à l’encrier sans aucune discontinuité (sauf celle quantique peut-être...). Et ce, qu’il soit d’Orient ou d’Occident. Par ces redites, clichés ou vérités criantes, je veux montrer d’une part qu’il n’est désormais plus nécessaire d’emprunter la porte de service pour déclamer, et d’autre part que ceux qui ne comprendraient pas la brûlante actualité dans laquelle s’inscrit cette démarche, prêcheraient un convaincu quant à l’engagement sacerdotal du poète mais pas du tout tel qu’on l’entend couramment.

 

Je romps donc modestement ce silence, disais-je, à titre expérimental et selon l’éthique que j’ai définie plus haut. Une éthique d’action. Une poéthique où le h aspiré s’inspire du non-dit et du à-dire ici et maintenant, non plus assujettie, mais vivant l’autonomie qu’elle a sue commencé à construire en digérant le rite puis en disséquant le vide. Autonomie précoce si on la compare à l’endormissement touchant globalement notre civilisation, mais néanmoins encore altérée. J’ai donc pour ambition de la sortir de la demeure d’Hypnos comme mes contemporains le font pour les autres disciplines dont nous parlons, en l’inscrivant solennellement dans ce courant de l’Actuel (qui constitue sa vocation première, en sus d’une projection -où ce seront des "moèmes" qui articuleront. En effet, elle peut être à part cet "œil" qui regarde l’homme tituber et se redresser ou être de celles qui contribuent à le redresser. Car il est enchevêtré l’homme dans un nœud Gordien, ou comme le disait prémonitoirement Artaud, dans « un noeud d’asphyxie centrale » (Artaud, 1996). C’est là qu’à mon avis apparaît la fonction du poète aujourd’hui, sans intervention du hasard, puisqu’historiquement et scientifiquement il ne se justifie jamais, et encore moins dans cette ère de l’ordinateur où un dialogue nouveau s’installe peu à peu, va transformer de toute évidence fondamentalement le langage, notre rapport à la langue.

 

De fait, il n’est plus actuel, plus valide dirai-je même comme nous l’ont inculqué les générations du début du siècle, et encore récemment certains penseurs, de définir l’état de passivité maximale comme un mal nécessaire pour atteindre les hauts sommets de l’inspiration méditative. Et ce, afin de tout englober, sans transcription humaine possible, car pervertie par les mots, voire le contact humain ! Ces visions de poètes maudits ou en dehors de leur temps sont à présent totalement désuètes. En sus, nombre de philosophes contemporains s’enlisent dans ce néant que leur père Nietzschéen a pourtant su si bien décrire (mais ne frôlait-il pas la poésie ?). Ils ne sont plus d’un courant et pas du courant ! Dans l’ensemble, il s’agit, vous l’aurez compris, d’une vision et d’une raison incidentes, concernant ce que je perçois comme un déclin de la philosophie moderne [16], car il y en a bien d’autres, touchant notamment à une certaine science montante, et au fait que l’on à présent beaucoup plus besoin d’intuitif, de déductif que de réflexif circulaire.

 

Pour en revenir aux poètes qui sont en prise directe avec la nature, si certaines opinions les concernant demeurent vraies, notamment quant à l’acte poétique et à une certaine acception du mystique, la société ne veut plus entendre ce genre d’affirmation de Diéguez en 1970 (Diéguez, 1964) : « ...Car un certain degré de dépouillement poétique n’est accessible que par la décision de faire de la poésie l’acte même de vivre. Mais vivre ainsi la poésie, c’est "mourir" en vue d’une certaine écoute ...la poésie, c’est l’action de s’engager à fond dans ce "néant" où le poète devient la seule bête donnante de l’univers, parce que vouée à l’offrande du chant qui se substitue à lui... Le possible dans cette dialectique (référence à Empédocle), c’est d’aller vers la lisière, vers l’écoute poétique totale ; l’impossible, c’est d’y recevoir autre chose qu’une clarté déchue, puisque pervertie en vocables. L’écoute la plus haute demeure "crucifiante" parce que le poète y met le temps, le mouvement donc le pouvoir sitôt qu’il ouvre une bouche toujours humaine ».

 

La société d’aujourd’hui tend comme par le passé à bannir cet homme-là, bien que de toute évidence de fortes poussées de fièvre l’incline à aller timidement au-devant d’une certaine poésie (à vertu encore quasi-thérapeutique.). Preuve en est, le fleurissement discret, le chuchotement de ci de là du mot poésie (notamment dans certaines publicités : signe clair, même s’il est galvaudé, d’un début de prise de conscience collective). Tout ce qui est rapporté ici montre qu’il est désormais possible de vivre cette poésie de manière sinon totale, au moins ouverte, en touchant et faisant toucher du doigt à ses contemporains la véritable nature de cet art (ou le véritable art de cette nature), les potentialités de chaque être à distinguer en lui les ramifications poétiques qui y sont inscrites. Il faut porter dans la transparence et l’évocation. Évoluer vers une plasticité de fond propice au surgissement. Ce n’est pas parce que je m’octroie le droit de nommer qu’un anneau de lumière va m’auréoler et me vouer à la transcendance suprême, "gâchant" ainsi ma vie d’homme ou la mutilant. Ma mission est d’évoquer, d’ouvrir des champs. Si le cycle mort/renaissance, le silence, l’absence m’atteignent plus que les autres, c’est parce que je suis un grand sensitif, mais au fond ce relief épidermique dort au fond de tous mes congénères. À moi de le leur révéler et ce, en langage d’homme, en langage à prise directe sur le réel et qui devra avant tout se vivre. Dans ce but, il ne s’agit pas de hanter quelques nimbes stratifiés, mais de rapporter les architectures d’un tel saisissement de façon à ce qu’elles soient perceptibles au plus grand nombre. Et pour ce faire, il y a des méthodes innées que tout poète, artiste, appréhende d’emblée (que l’on peut définir ou non).

 

En conséquence, d’une part il s’agit de démythifier un certain aspect de la poésie mystificatrice, et d’autre part d’établir humblement mais fermement une autre conception de la poétique, en amont et en aval de tout art. Je m’en fais le détracteur et le messager. Une poét(h)ique remise au "goût du jour" qui avant de gagner les médias - car c’est inévitable ! -, doit s’appuyer non sur une théorie, car elle est exempte de théorisation, et je n’ai pas l’intention de l’injurier sur ce point, mais sur un concept naïf (esthétique au premier degré, abouché au percept) mais strict et clarifié. Un concept garant de sa valeur, de sa fonction et du rôle qui lui est dicté, non pas par la conjoncture (même si elle y est pour quelque chose), mais par le bourgeonnement de la vie.

 

Cette réorientation - il ne s’agit pas là non plus de refaire l’univers - s’identifie naturellement au glissement de terrain ou de plan que nous vivons. Je vais la formuler en réaffirmant que les poètes vont comme tous les sages et les doctes naturellement évoluer vers une activité plus plastique. De grands rhétoriqueurs [17], ils vont devenir des plasticiens (ce qui signifie des créateurs qui naturellement allient sens, exactitude et plastique, unissant les paradoxes au lieu de s’en pâmer. Parce qu’ils sont plus et avant les autres à l’écoute du monde intérieur, en visitation si l’on veut faire un parallèle entre poésie et mystique (Fouchet, 1978). Parce qu’ils sont aujourd’hui plus et avant les autres à même de recentrer les découvertes de la science.  Aussi préfigurent-ils de manière platonique cette incursion de l’imaginaire dans la réalité. Les exemples seraient trop nombreux de poètes, de peintres, de musiciens qui se sont détachés sans s’en abstraire d’une certaine réalité étouffante. Que ce soit De Vinci, Baudelaire, Dali ou Mahler en Occident, Ibn Arabi et beaucoup d’autres islamiques en Orient, où, depuis des millénaires avec le "Shih-Ching" de Confucius en Chine et les "kavyamimansa" de Rajasekhara en Inde se perpétue sans cassure une poésie vivante parce que ramifiée et sans perte d’identité.

 

Conclusion

 

C’est cette plasticité du langage, ce cheminement, qui, polis par les humanités numériques, la création contemporaine et les courants des sciences prenant en compte l’écosensibilité du monde (Debono, 2021), sont en train de déborder le dualisme cartésien. Pris dans un contexte où la pression environnementale et la perte de la biodiversité font écho à celle de repères socioculturels assis depuis des millénaires, l’homme n’a plus qu’à inventer de nouveaux écosystèmes, de nouveaux savoirs ou modi vivendi, autrement dit une façon d’interagir avec le monde qui prenne en compte des réalités sociales intégrant l’erreur, souvent sans pouvoir la nommer. Cela se traduit par la renaissance de pratiques culturelles revendiquant la fécondité de l’hybridité en art et science, des tiers-métissages et la multiplication de transdisciplines annonçant, après une longue césure, le retour inespéré de la plastique en Occident. Retour qui sous la double emprise d’un choc culturel et viral touchant les communs [18], pousse scientifiques, architectes, artistes, penseurs, politologues et anti-séparatistes de tout bord, sinon à réparer l’erreur de Descartes, à casser les mythes et à formuler une réécriture poét(h)ique du monde.

 

Bibliographie

 

Antonin Artaud, L’Ombilic des Limbes, suivi de "Le Pèse-Nerfs", ainsi qu’autres textes et correspondances avec J. Riviere, (NRF, Ed. Originale 1927) Paris, Gallimard, Ed. Complète 1968.

Gaston Bachelard, L’intuition de l’instant, Ed. Stock, 1966.

Roland Barthes, Le plaisir du texte, Paris, Seuil, Points 1973.

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Sharon D. Cousineau, Le paradoxe des valeurs, in "L’Esprit et la Science", Imaginaire et Réalité, Coll. de Washington, 1984, Org. J.E. Charon, Paris, Albin Michel, 1985.

Marc-Williams Debono, Electrome & Cognition Modes in Plants: A Transdisciplinary Approach to the Eco-Sensitiveness of the World, in Conducting Transdisciplinarity Research ATLAS Publishing, USA 2021. Url : www.atlas-tjes.org - www.theatlas.org.

Marc-Williams Debono, La plasticité des mémoires, in Actes du colloque « Jung et les Sciences », Univ. Libre de Bruxelles, Szafran, Baum & Decharneux Eds., Eds EME, 2009.

Marc-Williams Debono, L’épissure des mots, Paris, L’Harmattan, 2008.

Marc-Williams Debono, L’ère des plasticiens, Coll. Science/Épistémologie, Aubin, 1996.

Manuel de Diéguez, Science et Nescience, Paris, Gallimard, 1970.

Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l’Imaginaire, Paris, 1960, re Ed. Bordas, 1981 & L’imagination symbolique, Paris, 1964, Re Ed. PUF, 1984.

Jean-Pierre Faye, Jacques Roubaud, Change de Forme : biologies et prosodies, Coll. de Cerisy 1973, Ed. 10/18, 1975.

Dominique Folsheid in étique - La vie en question, Éditorial (Communication inédite) 1991.

Max-Pol Fouchet (dir.), « De la poésie comme exercice spirituel », Revue Fontaine, n. 19-20, Paris, Le Cherche Midi, 1978.

W. W. Harman, « La conscience en tant que réalité causale », in Jean E. Charon, Imaginaire et réalité : l’esprit et la science II, Colloque de Washington, Paris, Albin Michel, 1985.

Daniel Heller-Roazen, Écholalies - Essai sur l’oubli des langues, traduit par Justine Landau, Seuil, 2007.

Toshihiko Izutsu, L’ambivalence ontologique des choses, in Esprit et Science I, Colloque de Fès, J.E. Charon, Paris, Albin Michel, 1983.

Dominique Laplane, Penser, c’est-à-dire ? Paris, Armand Colin, 2005.

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1941.

Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible, Paris, Gallimard, 1964.

Jacques Monod, Le hasard et la nécessité, Paris, Seuil, 1970.

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Jean-Paul Sartre, Les Mot, Paris, Gallimard, 1964.

Henryk Skolimowski, « La pensée interactive dans un univers de participation », in Jean E. Charon, Imaginaire et réalité : l’esprit et la science II, Colloque de Washington, Paris, Albin Michel, 1985.

Francisco. J. Varela, "Autonomie et Connaissance", Paris, Seuil, 1989.

Yan Jing Wu & Guillaume Thierry, How Reading in a Second Language Protects Your Heart. The Journal of Neuroscience, 2012.

 

Notes

 

[1] Paragraphe issu d’un chapitre de L’ère des plasticiens, Aubin Ed. 1996.

[2] Concept largement développé sur le site officiel de PSA : www.plasticites-sciences-arts.org.

[3] Poésie de circonstance, non émancipée, liée aux célébrations, rituels, etc. où Pindare excellait au temps des grandes festivités d’Olympie ou de Delphes.

[4] L’emploi de cette terminologie « il se trouve qu’il est, que... » se réfère à une orientation délibérée vers une des définitions du hasard de Koestler (tant est-il que cela en soit un bien évidemment) « c’est la rupture de l’enchaînement normal des causes par des coïncidences de nature improbable, non reliées causalement et pourtant, en apparence, très signifiantes ».

[5] Rappelons que Niels Bohr est l’un des grands physiciens à l’origine de la théorie quantique, notamment la découverte primordiale que toute particule est à la fois onde et corpuscule.

[6] Ce paragraphe est issu d’un chapitre de l’ouvrage « Écriture et plasticité de pensée », Anima Viva Publishing House, 2015.

[7] Marc-Williams Debono, « La Joute », Éditions du Soleil Natal. Il comprend "Jeux de moèmes" : notion d’entre-deux et d’interface aux schèmes globaux. Extrait, recueil de l’auteur publié en 1993.

[8] Bref aperçu des travaux où l’auteur précise que les études faites sur la seconde génération d’africains utilisant cette langue des signes montrent clairement que les enfants acquièrent la capacité de « segmenter et de séquencer » des notions distinctes, ce qui est caractéristique du langage humain.

[9] Corroborant des données scientifiques établies indiquant une régression du nombre de synapses pendant le développement post natal du cerveau. Cette régression suit une phase de redondance transitoire (il y a plus de connexions synaptiques que nécessaires) qui disparaît chez l’adulte où certains schèmes acquis pendant le développement seront sélectivement stabilisés.

[10] L’enfant fait un tri dans la gamme sonore puis dans la gamme des mots à sa disposition.

[11] Seraient même spécifiques à la culture linguistique du pays (existant dans une langue et pas dans une autre).

[12] Dominique Laplane, qui est neurologue, se base notamment sur les observations cliniques d’aphasiques montrant une forme de pensée préformée qui s’exprime sans mots.

[13] Un amoncellement de preuves expérimentales prouve que non seulement les animaux communiquent entre eux et les autres espèces de façon efficace, mais qu’ils utilisent des systèmes de codes de type langagier (oiseaux, cétacés, primates) extrêmement sophistiqués (connaissance des symboles, associations d’objets, certains degrés d’interprétation, pas d’abstraction en revanche).

[14] Cette métaplasticité incessante est primordiale. Ici, c’est le pendant cérébral de l’objet-livre. C’est l’objet-pensée qui traduit cet échange direct entre le corps et l’esprit : le support pensé étant projeté sur le support scriptural ou cybernétique en temps réel.

[15] Consulter la revue Plastir dont dérive le nom, notamment les n°22 et 30 qui traitent de la plasticité de la langue sous des angles différents.

[16] D’une certaine philosophie tout du moins, car des mouvances transdisciplinaires incluant de nombreux philosophes contemporains comme Paul Ricœur, Michel Serres ou des philosophes des sciences tels Michel Bitbol ou Bernard D’Espagnat tendent à inverser la tendance.

[17] Les Grands Rhétoriqueurs représentent un groupe poétique marquant dont l’activité s’étale entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe. Bien qu’enfermés dans certains rôles de ménestrels ou d’amuseurs obéissant essentiellement à des commandes, ils ont néanmoins été à l’origine d’un tournant de la poétique en faisant des recherches approfondies et dynamiques sur la langue (allitérations, assonances, jeux sur les syllabes et les sonorités) et son "estrangement". Parmi les plus connus, citons Saint-Gelays ou de la Vigne.

[18] Allusion à la crise sanitaire liée au virus de la COVID 19 et à la crise culturelle lui étant afférente.

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